Les HPI ne sont PAS neuroatypiques
Y’a une confusion que je vois beaucoup très régulièrement, c’est d’inclure les HPI dans les neuroatypiques.
Dire que les HPI sont neuroatypiques c’est comme dire que y’a du racisme antiblanc.
La neurodiversité n’est pas juste un mot cool pour dire « y’a des cerveaux différents », c’est un concept militant qui affirme que certaines personnes sont oppressées de manière systémique en raison de leur neurologie. Ces personnes, les neurodivergentes, sont pensées comme une catégorie similaire à la race sociale, au genre, à la classe sociale.
Ce n’est pas la différence le problème. Tous les cerveaux sont différents. Ça n’existe pas un cerveau neuroconvergent.
D’ailleurs l’abus de langage “les neurotypiques” a amené beaucoup de confusion. À l’origine le terme “neurotypique” était satirique et non pensé comme concept sérieux. Les personnes neurotypiques n’existent pas vraiment : chaque cerveau est différent. En revanche il y a des cerveaux qui s’adaptent plus facilement à la neuronorme.
Les neurodivergents sont celleux qui sont marginalisé·es par la neuronorme. Quand tu es autiste, le monde n’est pas pensé pour toi. Quand tu es TDAH, le monde n’est pas pensé pour toi. Tu es donc handicapé·e.
Ce n’est pas non plus une histoire de minorité. De la même manière que, sur Terre, les hommes sont en minorité et les blancs ne sont que 10% environ mais sont bien les privilégiés.
Le concept clé ici est l’oppression systémique.
Or, qu’est-ce qu’un·e HPI ? Une personne avec un QI supérieur à 130.
Note : comme le mot “quotient” l’indique, le QI est une notion relative. Quand on dit que y’a 2,3% de personnes au QI de 130 c’est pas une observation c’est la définition. De la même manière, un QI de 100 signifie qu’on a pile l’intelligence moyenne. Ce qui veut dire que si demain toute l’humanité divise ses résultats cognitifs par deux… ça va pas donner une foule de petits QI… la moyenne s’appellera toujours 100 mais ça sera représentera pas la même performance.
Et qu’est-ce que le QI ? Une mesure de la performance dans 4 sous-catégories :
La compréhension verbale
Le raisonnement visuospatial
La mémoire de travail
La vitesse de traitement
En d’autres termes, les trucs qui font réussir à l’école et dans la plupart des jobs. Ce n’est pas un hasard : le concept même de QI est issu du milieu scolaire. Avoir un QI n’est pas un handicap, c’est même l’inverse : c’est un privilège.
Le monde a été construit POUR les haut QI.
D’ailleurs, historiquement quand Francis Galton crée les prémisses de ce qui deviendra le QI il est obsédé par la notion d’héridité et il « a émis l’hypothèse, alors qu’il étudiait à Cambridge, que le fait que Cambridge soit remplie d’hommes blancs de classe moyenne pouvait indiquer que ce groupe démographique était constitutionnellement supérieur à tous les autres. Dans cette perspective, il ne voyait pas les hiérarchies de l’Empire britannique comme contingentes et fondées sur des facteurs historiques spécifiques, mais plutôt comme l’expression d’une supériorité naturelle pouvant être scientifiquement vérifiée. »1
On est au milieu des années 1800 et donc le QI va être créé de manière à valider la supériorité naturelle des hommes blancs qui vont à l’université. Les haut QI sont les privilégiés de ce monde car ce sont eux qui en ont construit les règles.
Dire que les HPI seraient neurodivergents car ils sont minoritaires et différents ce serait comme dire que les blancs sont racisés parce qu’ils sont minoritaires.
Le QI n’a pas été créé pour valoriser les haut QI, il a été créé pour stériliser les bas QI.
Ce sont donc les petits QI qui appartiennent à la neurodivergence, pas les hauts QI. Neurodivergence c’est pas juste un mot cool pour dire « on est différents », c’est un mouvement politique qui affirme que certaines personnes subissent des oppressions en raison de leur cerveau.
Or, en ce qui concerne le QI, qui sont les personnes opprimées ? Les bas QI, évidemment.
Tu penses que le système scolaire valorise qui ? Les haut QI ou les personnes avec un « retard intellectuel » ?
Tu penses que le monde du travail valorise qui ?
C’est quoi l’insulte : débile, imbécile, idiot ou intello ? Est-ce que tu savais que débile, imbécile et idiot, à la base ce sont des termes MEDICAUX pour désigner les bas QI ?
Si je te dis « handicapé mental » tu penses à un haut QI ou un bas QI ? Aux USA, 600 000 personnes ont été stérilisées de force. Comme le rappelle le vidéaste de la chaîne e-penser :
En 1927 la Cour suprême dans l’arrêt Buck versus Bell a confirmé que non c’est bon la stérilisation c’est constitutionnel, c’est bon, il y a pas de problème.
Pour vous dire le process de stérilisation contrainte était si efficace en Californie que les nazisont pris contact avec le gouvernement pour prendre conseil sur comment mettre en place un tel système et empêcher la naissance des inaptes.
Vous avez bien entendu avant la guerre avant la solution finale tout ça les nazis avaient déjà commencé à vouloir se débarrasser des handicapés mentaux2
Quand Francis Galton propose le concept de l’eugénisme en 1869, dans son livre Le Génie Héréditaire, il fouille les archives historiques et il en déduit qu’on trouve davantage de génies chez les blancs et les grecs anciens. Puis il déduit qu’on en trouve le moins et qu’on en trouve le moins chez les noirs et les aborigènes australiens.
En 1883 il écrit que l’énergie est la mesure de la plénitude de la vie ; plus il y a d’énergie, plus cette plénitude est abondante ; l’absence totale d’énergie, c’est la mort ; les idiots sont faibles et apathiques.3
Rappel : idiot ici c’est pas l’insulte, c’est le mot pour dire les personnes avec un retard intellectuel.
Comme le rappelle Robert Chapman, dans The empire of normality, le but de Galton est alors de hiérarchiser les humains en fonction de leurs aptitudes cognitives. Et c’est intimement lié à la race puisqu’il ajoute que l’eugénisme est “la science d’améloration du matériel humain, pour donner de meilleures chances de l’emporter aux races ou familles les plus aptes.”
C’était une idée extrêmement populaire, jusuqu’à ce que les nazis mettent l’eugénisme au coeur de leur idéologie et que ça la fasse tomber en disgrâce.
Mais ça n’a pas disparu pour autant. Les gens continuent à proposer d’avorter les personnes avec un handicap mental. Tu ne peux pas ressentir de handicap en raison d’un haut QI.
Il faut arrêter de renverser l’oppression car c’est insultant pour les personnes réellement stigmatisées en raison de leur QI : les bas QI.
Ceci étant dit… tu peux avoir un haut QI et ressentir, par ailleurs, un autre handicap comme l’autisme ou le TDAH.
Dans ce cas tu es bien neuroatypique mais ça n’a rien à voir avec ton QI.
Mais… y’a une raison pour laquelle Jeanne Siaud-Facchin décrit des autistes dans son livre trop intelligent pour être heureux.
Car… qui ressent le besoin de mesurer son QI à l’âge adulte ?
Bah oui… au final ça sert pas à grand chose.
Les autistes et TDAH mesurent leur QI parce qu’iels ressentent un décalage
Quand on est enfant, avoir la mesure de son QI peut-être un enjeu stratégique. D’ailleurs, à la base, le premier concept du QI est un quotient, donc une division. Et cette division c’est celle entre l’âge mental d’un enfant et son âge réel. L’âge mental c’était grosso modo la performance moyenne des enfants d’un âge donné.
Imagine un enfant de 10 ans. On lui fait passer le test et ses résultats sont égaux au résultat moyen des enfants de 12 ans. Cet enfant se voyait alors attribuer un âge mental de 12 ans. Et ça donne un QUOTIENT de 120 : 12/10 multiplié par 100.
Voilà pourquoi, à la base, on parlait d’enfant précoce. Y’avait cette idée d’avance sur les autres enfants.
J’ai moi-même fait un test de QI à 6 ans, quand j’étais au CP. Je venais de passer 3 semaines à avoir 20/20 à chaque contrôle, je savais déjà lire. J’ai donc vu un psy qui m’a fait passer un test de QI et le test de Rorschach que déjà enfant je trouvais stupide, tu sais c’est le truc avec une tâche d’encre que tu dois interpréter.
Résultat : il a été proposé que je saute 1 ou 2 classes. Mes parents ont choisi une classe.
Et moi, enfant, je comprenais très bien que j’avais gagné une sorte de médaille. J’étais désormais « surdoué ».
Les parents le comprennent d’ailleurs très bien puisque 60% des enfants HPI formellement mesurés ont un père cadre et seulement 3% des enfants HPI formellement identifiés ont un père ouvrier.4
Les parents comprennent que la mesure du QI est une arme pour que leur enfant ait un privilège à l’école. Une arme mobilisée par les personnes qui comprennent les rouages de l’école. Et mes parents sont totalement dans cette catégorie puisque mon père est professeur de philosophie.
D’ailleurs la quasi totalité des parents d’enfants formellement mesurés HPI déclarent que leur enfant n’a aucune difficulté scolaire.
En revanche, le tableau des adultes qui se mesurent HPI est très différent.
Réfléchis-y… à quoi sert de mesurer son QI à l’âge adulte ? Je dis pas que ça sert strictement à rien car ça sert jamais totalement à rien de mieux se connaître. Mais je veux dire… vu le prix que ça coûte (300€ en moyenne) il faut un intérêt plus grand que la curiosité.
Et c’est là que le piège du biais d’échantillonnage commence : les personnes qui font la démarche d’aller mesurer leur QI sont massivement des personnes qui souffrent.
Ce qui est paradoxal puisqu’un haut QI est au contraire corrélé à un plus grand bonheur.
Mais en réalité ça se comprend car c’est la nature de la souffrance qui les interpellent. Elles souffrent d’un décalage.
Tu rajoutes à ça que les traits des HPI décrits par les médias sont en réalité les traits de l’autisme… et tu vois où ça mène forcément…
Ces personnes en souffrance vont mesurer leur QI et une partie se voit confirmer un QI supérieur à 130. Et là c’est la catastrophe : elles confondent causalité et coïncidence. Elles croient qu’elle souffrent à cause de leur haut QI alors qu’en réalité ce sont des personnes avec un haut QI qui souffrent pour une autre raison.
Elles sont bien en décalage mais parce qu’elles sont autistes. On peut toujours camoufler un haut QI. Le QI ça mesure une quantité et donc qui peut le plus, peut le moins. Si t’as une voiture qui peut rouler à 200 km/h alors que les autres roulent à 150 km/h maximum ça veut dire que tu peux aussi rouler à 90 km/h si tu veux.
En revanche on ne peut jamais totalement camoufler l’autisme. Je t’ai déjà partagé les études qui montrent que les autres sentent qu’un truc cloche et nous trouvent bizarres quand on fait ça.
Parce que précisément l’autisme n’est pas une quantité. Quand t’es autiste t’es pas genre un·e alliste plus intense. Donc c’est quasiment impossible d’imiter parfaitement les allistes (les non autistes).
Le QI c’est comme la taille, une quantité, je peux donc faire semblant d’être plus grand (en portant des talonnettes). L’autisme c’est comme la culture c’est une essence, on ne peut pas faire semblant d’être plus ou moins français par exemple.
Morale de de l’histoire ? Si tu ressens le besoin de mesurer ton QI à l’âge adulte, demande-toi plutôt si tu es autiste et/ou TDAH.
Je t’en parle lors d’une conférence en ligne gratuite
Rappel : jeudi 22 janvier à 12h15 j’organise une conférence gratuite sur le concept.
Pour t’inscrire et avoir accès au replay c’est par ici : https://event.webinarjam.com/9y032/register/3pkgyf5
Empire of Normality: Neurodiversity and Capitalism - Robert Chapman
Empire of Normality: Neurodiversity and Capitalism - Robert Chapman
