Sortir du burnout autistique
On a déjà étudié la différence entre un burnout “autistique” et une dépression :
https://www.ateliergalita.com/p/la-difference-entre-un-burn-out-autistique
Mais, aujourd’hui, je veux me concentrer sur comment on en sort.
Qu’est-ce qu’un burnout autistique ?
C’est un mécanisme de survie qui s’enclenche quand une personne autiste a dépassé ses capacités d’encaissement des stresseurs. Quand la surcharge atteint un niveau tel que le système nerveux “réagit” en déconnectant.
Ça ressemble à un long shutdown.
D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore trouvé d’élément qui permettrait de différencier facilement un long shutdown d’un court burnout. À part la durée :
Les shutdowns peuvent imiter les caractéristiques du burnout, mais les shutdowns sont passagers et durent de quelques minutes à quelques jours ; tandis que le burnout est chronique et dure de plusieurs mois à plusieurs années.
Ce n’est pas un diagnostic reconnu par les classifications internationales (DSM et CIM). Mais c’est pareil pour le burnout “classique”. Pour autant le burnout “classique” est assez bien reconnu et accepté par les médecins. Si tu vas voir un médecin en décrivant les symptômes d’un burnout classique, y’a de grandes chances qu’il te fasse immédiatement un arrêt de travail.
Mais les gens qui poussent pour que le burnout autistique intègre les manuels diagnostics proposent ces 5 critères :
En français ⬇️
Le burnout autistique est caractérisé par :
Un épuisement mental et physique significatif souvent décrit comme une fatigue extrême
Un retrait social accru (par rapport à l’état de base)
Et au moins un des critères suivants :
Une réduction significative du fonctionnement dans plusieurs domaines (ex : travail, études, gestion du foyer, relations sociales, etc)
Des difficultés accrues liées aux fonctions exécutives (ex : s’organiser, planifier, se concentrer, prioriser, gérer le temps, contrôler ses impulsions, initier des tâches, la mémoire de court terme, etc)
Une “intensification” des traits autistiques (ex : réduction de la tolérance sensorielle, difficultés accrues à donner le change dans les situations sociales, etc)
Le tout pendant une durée d’au moins 3 mois (mais après les auteurs posent le concept de burnout autistique intermittent qui est en version plus courte mais récurrente).
Comment on en sort ?
Bon, tu te doutes bien que je n’ai pas de solution miracle. En revanche, 98% des personnes remplissant les critères du burnout autistique remplissent également les critères du trouble dépressif caractérisé.
Pour rappel, voici les critères principaux du DSM 5 :
A. Au moins 5 des symptômes suivants doivent être présents pendant une même période d’une durée de 2 semaines et avoir représenté un changement par rapport au fonctionnement antérieur ; au moins un des symptômes est soit (1) une humeur dépressive, soit (2) une perte d’intérêt ou de plaisir. NB : Ne pas inclure les symptômes manifestement attribuables à une autre affection médicale.
En gros, il faut obligatoirement un parmi les deux premiers, puis au moins 4 parmi les 7 suivants.
(1) Humeur dépressive présente pratiquement toute la journée, presque tous les jours, signalée par le sujet (ex. : se sent vide ou triste ou désespéré) ou observée par les autres (ex. : pleure ou est au bord des larmes). NB : Éventuellement irritabilité chez l’enfant ou l’adolescent.
(2) Diminution marquée du plaisir pour toutes ou presque toutes les activités pratiquement toute la journée, presque tous les jours (signalée par le sujet ou observée par les autres).
(3) Perte ou gain de poids significatif en absence de régime (ex. : modification du poids corporel en 1 mois excédant 5 %) ou diminution ou augmentation de l’appétit presque tous les jours. NB : Chez l’enfant, prendre en compte l’absence de l’augmentation de poids attendue.
(4) Insomnie ou hypersomnie presque tous les jours.
(5) Agitation ou ralentissement psychomoteur presque tous les jours (constatés par les autres, non limités à un sentiment subjectif de fébrilité ou de ralentissement intérieur).
(6) Fatigue ou perte d’énergie presque tous les jours.
(7) Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée presque tous les jours (pas seulement se faire grief ou se sentir coupable d’être malade).
(8) Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision presque tous les jours (signalée par le sujet ou observée par les autres).
(9) Pensées de mort récurrentes (pas seulement une peur de mourir) : idées suicidaires récurrentes sans plan précis OU tentative de suicide OU plan précis pour se suicider.
Y’a d’autres critères pour différencier d’un problème physique ou d’autres troubles psychiques mais connaître ceux-ci te permettent déjà de te faire une idée pour toi ou un·e proche.
Et donc, je te disais que 98% des personnes en burnout autistique remplissent ces critères de la dépression caractérisée. Y’a plusieurs manières de lire ce chiffre :
Le burnout autistique n’existe pas, c’est une dépression
Le burnout autistique est mal nommé, c’est une variante de la dépression mais chez les autistes
Le burnout autistique est fondamentalement différent de la dépression. En revanche, il est confondu avec la dépression car cette dernière n’est pas assez bien définie. D’ailleurs dans les critères que je t’ai pas mis y’en a un qui est “ça n’est pas mieux expliqué par…” avec une liste de plein de troubles psychiques et donc on pourrait juste rajouter “n’est pas mieux expliquée par le burnout autistique”
Le burnout autistique est la cause de la dépression associée
Je sais que y’a pas mal d’autistes qui affirment fortement que ça n’est pas de la dépression. Ce n’est pas leur vécu. Il faut le respecter. Dans mon cas personnel et dans d’autres récits on est plutôt sur la dernière option : je sens que ce sont deux choses différentes et que c’est le burnout autistique qui a créé la dépression.
Si tu envisages ce cas alors obtenir de l’aide d’un psychiatre ou d’un médecin généraliste est généralement salutaire. Bien sûr, avec tous les enjeux que ça pose : la difficulté à prendre un RDV sans aide et les violences médicales qu’on subit de la part des psychiatres.
Y’a quand même deux points qui font que dès que j’ai un·e proche dans ce cas je la pousse et l’aide à voir un·e psychiatre :
Contrairement à l’autisme, la dépression est reconnue par la quasi totalité des psychiatres. C’est un des diagnostics les plus donnés de la médecine psychiatrique occidentale. Si tu vas voir un·e psychiatre en lui disant je sais pas ce que j’ai, je me sens super fatigué·e, mon estime de moi a diminué… y’a des chances qu’il te diagnostique immédiatement une dépression. Et alors si tu as des pensées suicidaires et que tu lui dis ça sera quasiment à tous les coups. Parce que c’est vraiment le symptôme caractéristique.
Contrairement à l’autisme, la psychiatrie a une réponse médicamenteuse efficace : les antidépresseurs. Et notamment une famille qui est la plus prescrite car c’est la moins dangereuse : les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). Prozac, Sertraline, etc.
Alors… ça ne te protège pas des violences psychiatriques : j’ai une proche à qui un psychiatre lui a dit qu’elle était hystérique et non pas dépressive. Mais c’est rare. Quasiment à chaque fois, dans mon entourage, les psychiatres reconnaissent la dépression.
Les médecins généralistes c’est un peu plus une loterie. Mais sache qu’iels peuvent diagnostiquer une dépression et prescrire des antidépresseurs. Le souci c’est que beaucoup refusent par peur de manquer de compétence. Donc c’est davantage la loterie.
Tout ça pour dire qu’un médecin peut t’aider à traiter la dépression, ce qui va te retirer une énorme épine du pied pour traiter le burnout autistique.
Les 5 étapes de sortie de burnout autistique
Voici le protocole de traitement proposé dans The ultimate guide to autistic burnout :
1. Identifier les éléments de surcharge
Quelles sont les situations de ta vie qui drainent ton énergie, te surchargent ? Dans les situations fréquentes non exhaustivecs tu as :
les exigences de la “vie d’adulte”,
les transitions de vie (déménager, se mettre en couple, avoir un enfant, changer de carrière, etc)
la parentalité
le milieu professionnel
le milieu scolaire
2. Se mettre en retrait de ces situations autant que possible.
Ça peut prendre plein de formes :
Arrêt de travail
Aménagement du travail (mi-temps, télétravail, etc)
Diminuer les exigences en expliquant aux proches la situation
Plus le retrait intervient tôt et plus on empêche le burnout de durer longtemps. Car un burnout autistique peut durer très très longtemps. Certaines personnes mettent des années à récupérer.
3. Apporter des changements structurels dans sa vie.
Sans réforme de l’environnement de vie, on retombera dans le burnout si on en sort. Y’a donc une réflexion à mener sur ce qu’on va changer. L’idée c’est d’éliminer/réduire les causes du burnout :
Cherche ce que tu peux aménager par toi-même
Demande de l’aide le plus possible à tes proches voire ton/ta manager (si c’est safe)
Trouves d’autres autistes dans la communauté autistiques qui sont passés par là et peuvent te partager leur vécu
4. Se ré-énergiser
Ici on lister les activités qui nous font plaisir puis les faire. Si on a des intérêts intenses qu’on arrive à faire avec notre énergie c’est une bonne piste. Ne pas hésiter à planifier ces moments de loisirs.
5. Revenir graduellement à une vie « normale »
Uniquement quand on observe qu’on ne remplit plus les critères du burnout.
On commence par faire la moitié de ce qu’on pense être capable de faire
On revient graduellement aux activités quotidiennes (ça ne veut pas dire faire comme avant puisqu’en étape 3 on a changé des choses)
Pendant une période on continue à évaluer régulièrement si on fait une rechute ou non. Si c’est le cas, on retourne à l’étape 2 sans tarder.
On en parle jeudi 25 juin à 12h15
J’ai enfin eu le temps de faire une page propre de présentation :
Je te laisse découvrir le sommaire et réserver ta place gratuite (qui t’ouvrira l’accès au replay) : https://event.webinarjam.com/9y032/register/pv1k8hxo?utm_source=substack


