L'oubli dans mon article

Avant de parler de cet oubli, parlons d’un autre oubli. Ai-je oublié le live ? Non. MAIS j’ai eu un petit imprévu. Donc je ne peux le faire que vendredi. Comme vous étiez en majorité sur jeudi 12h30 plutôt que mercredi 19h00… je vais vous proposer vendredi 12h30 pour tester.


Hier je vous ai envoyé un article qui explique pourquoi il ne faut pas débattre avec l’extrême-droite. L’un de vous m’a répondu ça :

Salut Nicolas,

D’une part, ce genre d’article m’avait manqué, merciii !!! 😊 D’autre part, je suis d’accord à 99%

Le 1% étant que dans la stratégie de victimisation de l’extrême droite, de ses représentants/sympathisants/électeurs, le refus du débat et/ou le bannissement leur donne du grain à moudre. « voyez comme on nous marginalise, nous censure, bla bla bla… alors que nous sommes la voix de X millions de Français »

Malheureusement on ne peut pas tous les faire taire, et donc un tel message de «victime » aura forcément un impact (favorable à l’extrême droite selon moi) sur l’électorat

Encore merci pour ton travail et cet article hyper intéressant (et pas uniquement car je partage ton avis 😉)

Bonne journée

Alors, déjà un grand merci pour tous vos retours chaleureux que vous écrivez. Je les lis TOUS. Même si je réponds rarement parce que je n’arrive pas à tout gérer.

Cet email tombe à pic car il me permet d’approfondir une notion que j’avais décidé d’alléger dans mon article.

Je veux lire l'article

#1 | “Le refus du débat leur donne du grain à moudre”

Je comprends qu’on croit ça. Mais non. C’est ce qu’ils aimeraient nous faire croire. En privé, ils reconnaissent spontanément que c’est l’inverse.

Empêcher quelqu’un de parler ne l’aide pas à gagner une élection.

Si on suit cette logique, alors la bonne stratégie pour un parti serait de boycotter les médias. Si c’était vrai alors ce graphique1 n’existerait pas :

On observe une corrélation quasiment parfaite entre le temps de parole dans les médias et le résultat à l’élection. Certes, corrélation n’est pas causalité mais quand même… on imagine mal un parti remporter une élection sans passer à la télévision.

Vous savez qui d’autre se plaint de ne pas avoir accès aux médias ? François Asselineau, de l’UPR.

Ce choix biaisé porte ouvertement préjudice à l’UPR en feignant d’ignorer que notre mouvement, aujourd’hui le troisième parti politique de France en nombre d’adhérents payants, milite avec constance depuis plus de douze ans pour la libération de la France de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN et que sa tête de liste, François Asselineau, ancien candidat à l’élection présidentielle, est connu nationalement comme étant le principal promoteur du Frexit en France.

En excluant François Asselineau de son débat, BFMTV adopte une position politique hostile à l’UPR, à ses adhérents, à ses sympathisants et à ses électeurs2

Vous savez combien l’UPR a fait à la présidentielle de 2017 ? Alors qu’ils ont énormément d’adhérents et qu’un mec dans un café m’a dit qu’il pensait qu’ils pouvaient finir troisième, voir passer au second tour ?

0,9%.

La citation que je viens de te mettre date de 2019. Deux ans après. Ils continuent à se plaindre d’être exclus des médias. Est-ce que quelqu’un pense sincèrement que ça va leur permettre de faire un meilleur score en 2022 ?

Non. Parce que justement, si les partis se plaignent aussi violemment quand ils sont exclus des débats, c’est parce qu’ils comprennent bien que la simple présence à un débat est un jackpot.

Ne pas être dans les grands médias c’est la mort politique pour une idéologie.

On a le choix entre “une petite partie se radicalise dans son coin en disant qu’on la censure” et “on leur donne de quoi recruter chaque jour de nouvelles personnes, à tour de bras”.

#2 | “nous sommes la voix de X millions de Français”

Plus délicat. C’est probablement le plus grand angle mort de mon article. Je n’ai pas distingué la simple extrême-droite, du fascisme. Toute l’extrême-droite n’est pas fasciste.

Voici les 3 critères de l’historien Robert Paxton3 pour qualifier un mouvement de fasciste :

A) La renaissance d’une nation décadente

B) La xénophobie

C) Un penchant pour la violence en politique, la manière forte

Il rajoute un critère de différenciation avec une dictature classique qui ne passe pas par le lien avec le peuple. Le dirigeant fasciste s’appuie sur les masses pour sa légitimité. Le verbe “appuyer” est important : il ne partage pas le pouvoir avec le peuple pour autant.

Donc… Trump par exemple, coche facilement la case A et B, depuis le début. Mais ce n’est que depuis l’incident du Capitole, qu’on a commencé à se demander s’il cochait la case C.

On peut encore en débattre et il a été suffisamment flou pour laisser la place au doute. Mais il est au moins permis de penser que Trump a au moins mis le pied sur ce chemin.

Ce qui explique d’ailleurs pourquoi Twitter, Facebook et YouTube l’ont banni précisément ce jour-là. C’est ce qui explique la sortie d’un article dont le titre était : J’ai toujours hésité à qualifier Trump de fasciste, jusqu’à aujourd’hui.

À l’inverse, Marine Le Pen ne semble pas cocher la case C. Ou en tout cas elle le cache encore.

Alors que quand Zemmour dit : “vouloir la remigration, ce n’est pas être raciste” pour défendre Génération Identitaire… il essaie encore d’étendre la fenêtre d’Overton.

La remigration est un euphémisme de l’extrême-droite pour dire “épuration ethnique”.

Car… que faire des personnes qui refusent de quitter la France ?

Le régime nazi aussi a commencé comme ça. Ils n’ont pas commencé par un projet d’extermination. Il a fallu des années avant d’en arriver là. Au début ils se sont dit qu’ils suffisaient de les inciter à partir :

Avant-guerre, le but est d'abord de chasser les Juifs par une persécution sans cesse plus radicale. La liste des métiers interdits s'allonge sans fin, celle des brimades et des interdictions aussi : toute vie normale leur est rendue impossible, afin de les contraindre à l'émigration hors du Reich. Mais beaucoup refusent de quitter leur pays, et à partir de 1938, la volonté nazie d'expansion territoriale met cette politique dans une impasse : à chaque agrandissement, le Reich absorbe plus de Juifs qu'il n'en sort de ses frontières4

Heureusement, le fascisme ne représente pas des millions de français. Pas encore. Il y a donc forcément un traitement différent à avoir entre une Marine Le Pen et Génération identitaire. Ce n’est pas pareil.

Je n’ai pas encore arrêté mon avis. Mais je ne sais pas quoi répondre quand on me demande :

Pourquoi on censure Dieudonné mais on laisse parler Eric Zemmour ?

Zemmour a été condamné trois fois par la justice pour ses propos. Une fois définitivement. Une fois en première instance, puis en appel puis refus de la Cour de Cassation. Il en appelle aujourd’hui à la Cour européenne des Droits de l’Homme. Et une dernière fois en première instance pour un discours dont Marion-Maréchal Le Pen a dit en off “c’était trop sombre”.

#3 | Personne n’a le même raisonnement sur Daesh

Plusieurs des sources que j’ai consultées font ce parallèle. Daesh est un mouvement d’extrême-droite. C’est même un mouvement fasciste puisqu’il coche allègrement les trois cases. On a bien un mouvement qui prétend qu’il faut faire renaître un califat, avec une pureté ethnique et par la manière forte.

Pourtant… personne ne se demande est-ce qu’il faut débattre avec Daesh.

Oui, mais c’est parce que Daesh est meurtrier

On est encore épargné en France mais ce n’est pas pareil partout. En 2019, 82 personnes sont mortes dans des attentats fascistes. Parmi elles, 51 victimes des attentats de Christchurch.

Brenton Tarrant, un Australien croyant aux théories du « grand remplacement » et du « génocide blanc », attaque deux mosquées en se filmant en direct5

La première fois que j’ai entendu la théorie du grand remplacement c’était dans la bouche de… Zemmour. C’est un livre d’un écrivain français que Zemmour a contribué à populariser.

Mais revenons à Daesh. Il y a eu une campagne active pour bannir ses membres de Twitter. Alors que l’organisation avait une intense activité sur les réseaux sociaux, qui lui servaient de base de recrutement.

Personne ne s’en est offusqué.

C’est bien la preuve que nous sommes parfaitement capables de comprendre que certaines idées sont trop dangereuses pour les laisser s’exprimer. Personne ne dit “mais il faut les combattre en débattant sur France 2 devant des millions de personnes”.

Donc quand on dit “je ne sais pas s’il faut refuser le débat avec la porte-parole de Génération Identitaire”, ce qu’on dit réellement c’est “je ne sais pas si Génération Identitaire est si dangereux que ça”.

Et ça…c’est un tout autre débat. Ma réponse à moi est, sans aucun doute : oui. Quelle est la tienne ?

PS : si tu n’as pas encore lu mon article, le voici ci-dessous…

Il ne faut jamais débattre avec l’extrême-droite

1

Mediapart : L'incroyable corrélation entre temps de parole et résultats aux élections

2

Sur le site de l’UPR : François Asselineau, exclu du débat de BFMTV de ce jeudi, dénonce une prise de position politique de la chaîne à son encontre

3

Patchwork : Un phénomène Trump en France? Réponse à Tatiana Ventôse

4

Article Wikipédia : Shoah

5

Article Wikipédia : Liste d'attaques terroristes d'extrême droite