Les haut QI sont heureux, les HPI sont malheureux
Les personnes « diagnostiquées » HPI sont plus malheureuses que les autres. C’est vrai. Mais attention, cette phrase est à comprendre très finement pour ne pas faire de contresens.
Faisons-le pas-à-pas. Dans une étude de 20231, Jeroen Lavrijsen et Karine Verschueren ont observé des élèves « diagnostiqués » HPI.
Et il s’est passé exactement ce que les vendeurs de HPI prétendent :
« Les adolescent·es qui se savent HPI ont déclaré une estime de soi globale plus faible et des niveaux plus élevés de problèmes émotionnels, d’inquiétude et de TDAH » 2
C’est donc exact : les ados qui se savent HPI vont moins bien que les autres.
Et ce n’est pas la première étude à le dire. On a plein d’études dans ce sens et ce sont celles-ci qui sont affichées par les vendeurs de HPI.
Sauf que... cette étude de 2023 était spéciale : le but n’était PAS de mesurer le niveau de bonheur des ados qui se savent HPI. Le but c’était de mesurer le niveau de bonheur de tous les ados HPI, qu’ils le sachent ou non.
Et c’est là que la cloche change de son
On a donc sélectionné des élèves à qui on a fait passer les tests de QI. La plupart des élèves avec un QI supérieur à 130 l’ignoraient.
Et c’est fondamental : la plupart des HPI ne le savent pas.
Or, quand on étudie l’ensemble de la population avec un haut QI on tombe sur l’inverse :
« Les adolescent·es ayant une capacité cognitive élevée ou très élevée ont déclaré des niveaux significativement plus élevés d’estime de soi globale. Concernant les problèmes intériorisés (problèmes émotionnels et inquiétude), les niveaux n’étaient pas statistiquement distinguables entre, d’un côté, le groupe à « intelligence » moyenne et, de l’autre, les groupes à capacité cognitive élevée et très élevée. »
Et surtout :
« Les adolescent·es ayant une capacité cognitive élevée ont rapporté moins de problèmes de conduite et moins d’hyperactivité et de problèmes d’inattention que leurs pairs à capacité moyenne, tandis que les adolescent·es ayant une capacité cognitive très élevée ont rapporté moins de problèmes de conduite que leurs pairs à capacité moyenne. »
Voilà.
Cette étude vient renforcer ce qu’on savait déjà : un haut QI est un avantage dans la vie.
Une autre étude de 20233 (décidément) a creusé le même axe. Décortiquons les résultats. En rouge tu as les HPI (QI supérieur à 130), en bleu tu as les bas QI (inférieur à 70).
Une personne ayant un QI inférieur à 70 c’est ce qu’on appelle en français avec l’horrible expression retard intellectuel. En anglais on dit handicap d’apprentissage ce qui est plus représentatif de cette réalité.
En noir tu as la moyenne.
Pour comprendre le graphique des résultats, tu ne vas regarder que les triangles. Car ce sont les rubriques ou on observe une différence avec la moyenne :
Sans surprise, avoir un QI inférieur à 70 est source de troubles psychiques, de solitude et de bien être réduit (notamment à cause de la discrimination qu’on subit, il ne faut pas l’oublier c’est pas JUSTE à cause du bas QI en soi).
Alors qu’avoir un QI supérieur à 130 est corrélé à :
Moins d’anxiété générale
Moins de PTSD (syndrome du stress post traumatique)
Moins d’abus enfant
Une vie d’enfant moins stressante
Une vie d’adulte moins stressante
Moins d’isolation sociale
Une personnalité plus résistante aux émotions négatives
Mais aussi, de manière qui peuvent davantage surprendre à :
Plus de consommation de cannabis
Plus d’allergies
Plus d’eczéma
Plus de myopie
Être un·e couche-tard (chronotype du soir)
Avoir des expériences homosexuelles
Est-ce que connaître son QI rend malheureux ?
Tu comprends bien que c’est plutôt l’inverse :
« Les biais de sélection d’échantillon — comme le fait de recruter des participant·es « HPI » à partir d’une population déjà présélectionnée (par exemple parmi des élèves « HPI » cherchant de l’aide auprès d’un·e conseiller·e) — ont été jugées susceptibles de biaiser les résultats de recherche »
Ce n’est pas savoir qu’on est HPI quand on est HPI qui rend malheureux ou malheureuse, ce sont les personnes HPI malheureuses qui savent qu’elles sont HPI.
D’ailleurs dans Trop Intelligent pour être heureux, l’autrice a un éclair de lucidité. Elle se pose explicitement la question des surdoués qui ne le savent pas :
« Enfin, le groupe de ceux n’ayant jamais été dépistés et qui ne le seront probablement jamais. Ceux-là échappent à notre perspective et apportent sûrement un biais dans la compréhension des surdoués : qui sont-ils ? Comment vont-ils ?
À quoi ressemble leur vie ? Parmi eux, ceux qui ont franchi au mieux tous les obstacles et ont réussi, en tout cas en regard des critères habituels. Car eux, au fond d’eux, que ressentent-ils ? Sont-ils satisfaits de cette réussite affichée ? Qu’ont-ils fait, comment ont-ils ménagé leur sensibilité, leur affectivité, leur insondable besoin d’amour ? Nul ne le sait !
En tout cas pas scientifiquement ni cliniquement, mais, regardez autour de vous : malgré le rêve que certains d’entre eux représentent à nos yeux, ne percevez-vous pas une petite flamme vacillante derrière ces sourires satisfaits ?
Pour moi, c’est l’idée de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et de leur vie au moment du coucher qui me taraude parfois : dans l’intimité de leur chambre, de l’obscurité qui s’installe à l’intérieur comme à l’extérieur, comment vont-ils vraiment ? » »
Sauf que si : ON SAIT. Y’a pas besoin de faire des projections délirantes. On sait que le groupe des HPI qui ne le savent pas est plus heureux en moyenne que tout le reste de la population.
Parce que, flash news, un haut QI est un avantage dans la vie.
Bon... je crois que je te l’ai assez répété. Mais si tu veux encore me l’entendre marteler, j’organise une conférence en ligne gratuite aujourd’hui à 12h15, c’est par ici pour t’inscrire et accéder au replay :
https://event.webinarjam.com/9y032/register/3pkgyf5
LAVRIJSEN, Jeroen et VERSCHUEREN, Karine. High cognitive ability and mental health: Findings from a large community sample of adolescents. Journal of Intelligence, 2023, vol. 11, no 2, p. 38.
Idem
Williams, C. M., Peyre, H., Labouret, G., Fassaya, J., García, A. G., Gauvrit, N., & Ramus, F. (2023). High intelligence is not associated with a greater propensity for mental health disorders. European Psychiatry

