Le texte danse avec les photos #5

Dernier épisode...

Nous voici arrivés au dernier épisode de cette série.

Si tu as raté les épisodes précédents ou que tu veux les relire avant ou après, voici le sommaire :

Épisode #1 - Comme tous les enfants, comme tous les parents

Épisode #2 - Le dernier Galita

Épisode #3 - Les maternités sont un manège fade

Épisode #4 - L’alcool est doux comme la mort

Je suis presque stressé à l’idée de finir…

C’est parti !

La gloire ne soigne pas les blessures

Lisboa est une de mes villes préférées. D’ailleurs, pourquoi on dit Lisbonne ? C’est bizarre comme traduction. Un peu comme si les anglais traduisaient Lille en « TheIsland ».

Pris dans mes pensées, je heurte un géant.

Je ne suis pas fou. Je viens de rentrer dans un double humain : un enfant juché sur les épaules de son père. Comme tous les enfants, non ?

Je m’excuse par automatisme. Dans ma tête je me dis que c’est à lui de faire attention avec son gosse. Si les gens connaissaient le quart de mes pensées ils ne m’approcheraient pas à moins de dix mètres.

J’erre dans cette ville à la vaine recherche d’une inspiration. J’habite dans une colocation un peu sale avec d’autres Erasmus de toutes les nationalités.

Oui j’ai honteusement pompé le scénario de l’Auberge Espagnole… tu vas faire quoi ?

Depuis ma rupture avec Clément, je ne m’en sors plus. Je sais que j’ai mérité ce qui m’arrive. Ça ne le rend pas moins douloureux. Je me réveille chaque jour avec plus de douleur que la veille. Le jour même j’étais triste. Mais pas à ce point. Je ne réalisais pas encore. C’est pas censé être l’inverse ?

Il faut que je fasse quelque chose de cette douleur. Cliché. Je veux faire un roman sombre pour l’expurger. Double cliché. Personne ne peut comprendre de toutes façons. Triple cliché.

Je suis de retour dans ma chambre. Devant ma feuille blanche. Clément adorait la mer, la plongée, les scaphandres. Je l’aime ... mais est-ce qu’on peut faire plus chiant comme passion ? En revanche c’est pratique : il saura forcément que le texte lui rend hommage.

Et si je commençais par là ? Ce serait l’histoire d’un homme qui aime les scaphandres et qui tuait pour en avoir.

Trop plat.

Ce serait l’histoire d’un scaphandrier qui doit arrêter son métier suite à une blessure et qui finira par la surmonter en devenant père. Car en fait, la blessure physique est devenue la représentation de sa blessure morale. Sa nouvelle peur de l’eau est une métaphore de sa peur de la paternité.

Trop film américain.

Ce serait l’histoire d’un scaphandrier ... dans l’espace. Dans une galaxie où le scaphandre est un vaisseau de guerre. Guerre que se livre deux grandes civilisations galactiques depuis un millénaire.

Trop.

Je n’avance à rien ... et si j’intégrais juste le scaphandre comme élément scénaristique discret plutôt que de vouloir faire un lien grossier, à la hache ?


Quelques années plus tard.

J’en reviens pas que ce truc ce soit vendu ? Ils me prennent tous pour un génie. Je dois expliquer à des journalistes toute la profondeur de mon oeuvre alors que j’en ai pas la moindre idée. D’ailleurs ça confirme ce que je pensais au lycée : en fait les commentaires littéraires sont une vaste escroquerie. Ce sont des délires des professeurs et des critiques qui vous prêtent un de ces génies ...

Ils vont analyser vos mots. Trouver un lien entre le scaphandre et la notion d’étouffement qui en fait va revenir quand le personnage va en noyer un autre. Alors que moi, à la base, j’ai juste écrit comme ça venait.

Mais ne leur répondez jamais « j’ai écrit comme ça venait ». Ils vous diront « justement, c’est ton inconscient qui a parlé ». J’ai lâché l’affaire. Maintenant je fais semblant de rentrer dans leur délire et ils sont contents.

- Avant de commencer, monsieur Galita, que pensez-vous de cette horrible histoire qui déchaîne les passions françaises ?

Qu’est-ce que je déteste le journalisme. Pourquoi on demande toujours aux artistes leur avis sur la société ? Comme s’ils savaient mieux que d’autres citoyens...

- Je crois que personne ne peut rester indifférent...

Et pourtant si vous saviez comment je m’en fous.

- Mais, de quel côté vous situez-vous ? On a l’impression que la France est divisée entre ceux qui pensent que Léna méritent son sort et ceux qui pense que l’amante de sa fille est une sorte de démon. Le tout sur fond de religion et d’homophobie.

- Je suis du côté de ce que dira la justice. Je pense que cette famille mérite un peu d’intimité. Même si je comprends la fascination. Mon propre roman, parle de meurtre et de famille. Ce sont des sujets qui nous touchent profondément, qui font vibrer une corde millénaire.

- Parlons-en justement de votre roman : qu’est-ce qu’il raconte ? On a tous compris que c’est l’histoire d’un couple de femmes qui ont un enfant grâce à un donneur inconnu. Que l’une des deux finit par retrouver le donneur. Pour ne pas trop divulguer l’intrigue à nos spectateurs qui ne l’auraient pas encore lu, je ne vais pas dire qui est le donneur. Mais, en gros, c’est en découvrant qui est le donneur qu’une des femmes entre dans une folie meurtrière.

Bah, vas-y, pendant que t’y es, dis aussi qu’elle tue son enfant et sa femme. Mais que quelque chose se brise chez elle ... que la soif de vengeance n’est pas éteinte. Que le feu en elle la fait sombrer dans la folie. Qu’elle finit par passer une décennie à séduire des femmes qui ont des enfants de l’âge qu’avait le sien ... pour ensuite les assassiner. Encore et encore. Jusqu’à tomber sur une femme qui déjouera ses plans et finira par la tuer.

- Je crois que derrière cette histoire, j’ai voulu raconter la profonde fatalité de la condition humaine ...

Mais quelqu’un doit bien voir que j’aligne des banalités sans sens, non ?

J’espère que Clément me regarde. Je n’ai plus de nouvelles de lui, depuis ... depuis que je lui ai…

Je me fais des films. Il a sombré dans l’alcoolisme, par ma faute. Même s’il regardait, je suis sûr qu’il ne me reconnaîtrait pas.


Le sommaire complet

Chapitre 1 : comme tous les enfants, comme tous les parents

Chapitre 2 : le dernier Galita

Chapitre 3 : les maternités sont un manège fade

Chapitre 4 : l’alcool est doux comme la mort

Chapitre 5 : la gloire ne soigne pas les blessures


Ton avis sur cette série ?

Je suis sorti de ce que je te propose habituellement ici. Mais en même temps, je m’étais promis que l’Atelier serait un espace où j’essaie aussi de proposer de la fiction et pas toujours des articles didactiques.

Qu’est-ce que t’en as pensé ? Vraiment c’est le moment de donner ton avis. Qu’est-ce que t’as aimé ? Qu’est-ce que t’as moins aimé ? Qu’est-ce que j’aurais pu faire mieux ? Aurais-tu préféré une semaine classique ou au contraire tu as aimé que ça change un peu ?

Je te propose un dernier jeu

Par retour d’email, ou par commentaire, dis-moi si tu as compris le puzzle. Notamment :

  1. Qui sont les personnages et quelles relations ils entretiennent les uns avec les autres ?

  2. A quel(s) moment(s) se passent chacune des 5 histoires ?

J’offrirai trois abonnements premium aux trois personnes qui donneront la bonne réponse en premier. Un abonnement de 3 mois, un abonnement de 2 mois, et un abonnement d’un mois.

Si tu es déjà premium, tu pourras l’offrir à quelqu’un quand tu veux. Il te suffira de me donner l’email de la personne quand tu sauras à qui l’offrir.

Et, en bonus, la question impossible : quelle est la particularité de la structure de ce bloc de 5 ? Si quelqu’un trouve … je lui offre un abonnement d’un an.