Si tu étais déjà là en 2023, tu sais que je me suis débattu avec des punaises de lit pendant 2 ans :
C’était une situation exceptionnelle : la plupart du temps c’est relativement facile à gérer quand on a les moyens financiers d’appeler des professionnels. Mais il se trouve que j’ai des voisins pauvres et exploités par une marchande de sommeil, dans un logement précaire. J’ai fini par comprendre qu’à chaque fois que je traitais chez moi, les punaises allaient chez eux puis revenaient et que c’était pour ça que j’étais le seul de l’immeuble chez qui ça revenait en permanence.
Sauf que ça m’a pris un an et demi de le comprendre. Pire que ça… j’ai mis 4 mois à accepter que y’avait plus de punaises de lit chez moi et que les démangeaisons qui me réveillaient encore étaient le résultat du trauma.
D’ailleurs en parlant de trauma, cet email va contenir deux photos de punaises de lit. Rien de particulièrement dégueulasse mais si c’est ta phobie…
Je n’oublierai jamais cette douche
Depuis 3 ans, j’ai régulièrement des moments où je crois voir une punaise de lit. Mais ça dure l’espace d’une seconde. C’est souvent une coccinelle ou une petite araignée. Alors quand j’ai la mini frayeur en me douchant je me dis immédiatement que c’est une fausse alerte. Mais là… le doute n’était pas possible :
Ceci dit… c’est un endroit un peu bizarre pour une punaise de lit. Qu’est-ce qu’elle fout sur le rideau de douche ? Alors je prends un peu de recul et je demande à Claude. Sa réponse : c’est peut-être une autre puce. Il me demande une photo de plus près. Je ne savais même pas que mon iPhone pouvait continuer à faire une image nette à une si petite distance :
Et là, Claude me dit que y’a aucun doute possible. Ce que je savais déjà en réalité : quand on a eu des punaises de lit, on les reconnaît.
J’en profite pour redire un truc que la majorité des gens ignorent : les punaises de lit sont grosses. Enfin, non… pas plus que des coccinelles mais je veux dire que tu ne peux pas la rater si elle est sur un fond clair, même à 4 mètres de distance. Je trouve ça important car, avant, quand j’avais peur d’en avoir je croyais que c’était petit au point qu’on puisse les rater, genre comme des toutes petites fourmis.
D’ailleurs, si tu appelles un·e professionnel·le, son premier réflexe va être de te demander si tu as VU une punaise de lit. Bien sûr, elles se cachent mais pour te piquer elles doivent sortir. Or, elles se déplacent lentement. Environ un mètre par minute.
Là encore, c’est un truc qu’on ne sait pas forcément. Là par exemple, quand j’ai trouvé la punaise de lit, je ne l’ai pas tuée tout de suite : j’ai été chercher mon iPhone. Parce que je savais que c’était impossible qu’elle disparaisse d’ici là. Si je pars 30 secondes, elle se sera déplacée de 50 centimètres à tout casser.
J’ai donc pris mon temps de faire la photo, puis de la mettre au congélateur parce que je savais que les pros allaient être sceptiques sur l’histoire d’une punaise dans la douche, même si ma douche est relativement proche de mon lit car la salle de bain est dans la pièce voisine.
“Ça va ?”
Comme tu t’en doutes, j’étais particulièrement angoissé. Alors quand on m’a demandé, dans une soirée, comment j’allais, j’ai répondu que ça allait très mal.
Mais personne n’a entendu. Quand je te dis que personne n’a entendu c’est pas genre “on a entendu mais on veut pas creuser”, c’est vraiment que les gens n’entendent pas ce qui est dit après ça va.
C’est d’ailleurs ma définition personnelle du small talk. Je trouve que les définitions qui reposent sur le sujet sont fausses : on peut très bien parler de météo profondément et de la mort en small talk. Pour moi, une personne fait du small talk quand elle parle mais qu’elle n’est intéressée ni par ce qu’elle dit elle-même, ni par ce que dit l’autre personne.
Du coup, quand une personne te dit ça va en small talk… elle peut ne même pas entendre la réponse. Ce n’est ni de la méchanceté, ni du manque d’empathie : c’est presque physique, elle zappe.
Le problème c’est que, moi, ça me coûte énormément d’énergie de dire que ça va pas. Je le fais très rarement. Et surtout, ça me renvoie à cette douleur pour laquelle je n’avais pas d’explication avant de savoir que je suis autiste : les gens refusent de m’attribuer l’émotion tristesse.
J’ai dit que personne n’a entendu. Mais en réalité une personne a entendu, heureusement. Et donc j’ai quand même eu un peu de support.
On naît tout seul, on meurt tout seul
En rentrant chez moi, j’ai explosé de frustration et tristesse. Je me suis remis dans un mode que je connais bien : tu sais quoi, en vrai je ne peux compter QUE sur moi. Je dis d’ailleurs à ma compagne que je ne veux plus faire la semaine de vacances à Montpellier, je veux être à 100% sur mon problème.
C’est là que j’ai touché le fond et que j’ai reconnu que j’étais dans un état mental dangereux.
J’ai alors le réflexe de faire une liste que j’appelle le plan antidépression :
Me demande pas pourquoi je me suis dit que je devais allumer un cierge : je ne suis plus chrétien et quand je l’étais, j’étais protestant. Or, chez les protestants, on fait rarement ce geste.
Dans la foulée je vais sur Doctolib et je réserve un créneau avec ma médecin généraliste traitante.
Je dors à peine de la nuit à cause de l’angoisse. Quand je commence à trouver le sommeil, je mets mon téléphone sur mode avion pour être sûr que ma compagne ne me réveille pas en m’appelant pour prendre le train pour Montpellier, le matin.
La parenthèse montpelliéraine
Mon mode avion, ne coupe pas le Wifi. Donc on pouvait m’appeler par whatsapp. Je suis tiré de mon sommeil et ma compagne me convainc de prendre le train.
Heureusement.
Car… plus j’y réfléchis, plus je me dis que la canicule a eu un poids non négligeable dans mon état. J’habite dans un appartement qui est monté plusieurs fois à 36 degrés à l’ombre. Je ne me suis pas rendu compte qu’on commençait à atteindre une température dangereuse à long terme pour l’organisme.
Or, dans le logement de Montpellier il y avait la clim.
J’appelle ma généraliste et je lui décris la situation. Je lui dis que je ne sais pas si je veux prendre des antidépresseurs car le temps d’action est très long. Généralement mes dépressions durent entre 1 et 2 mois. Or, la phase d’habituation à un antidépresseur peut prendre jusqu’à 6 semaines. Sans compter qu’ensuite faut arrêter progressivement (quand on veut arrêter) et qu’on a donc pour plusieurs mois.
Elle me dit que j’ai raison et me propose de me faire une prescription d’antidépresseurs, comme ça je continue d’avoir la main. Parce que si je n’ai pas de prescription et que je veux en prendre d’urgence, ça risque d’être compliqué.
Par exemple, j’ai une amie qui a déjà mis 1 mois à obtenir des antidépresseurs (alors que sa situation était urgente), juste parce que sa psychiatre n’était pas disponible et qu’elle ne trouvait personne pour faire la prescription.
J’accepte. Elle se met alors à hésiter à haute voix, elle ne dit pas précisément pourquoi mais je comprends immédiatement qu’elle se demande quelle molécule choisir. Je le sais parce que j’ai regardé cette vidéo incroyable que tout le monde devrait avoir regardé au moins une fois dans sa vie :
J’enchaîne alors sur : vous vous demandez si faut partir sur de la Sertaline en mode tout terrain ou un truc plus spécifique.
Elle répond : ah bah oui EXACTEMENT, et bien partons sur de la Sertraline.
Elle m’explique ensuite comment ça se prend, ce qu’il ne faut surtout pas faire et ce à quoi il faut s’attendre comme effets.
Je lui demande si je peux en prendre en même temps que la “Ritaline” et elle me répond que oui, à sa connaissance.
Il va sans dire que je te raconte ma discussion avec ma généraliste qui a des infos sur moi car elle me suit : ne prends rien ici comme un conseil médical.
Je me sens soulagé. Déjà parce que j’ai eu une écoute professionnelle qui m’a confirmé que je n’exagérais pas. D’ailleurs, une de ses premières phrases a été : vous avez bien fait d’appeler, c’est déjà un pas énorme.
Ensuite parce que, mine de rien, ça m’a fait l’effet d’une ceinture de sécurité. Je savais que je n’allais probablement pas les prendre MAIS savoir que je pouvais c’est vraiment rassurant.
Ça m’a permis de vraiment profiter de ces vacances à Montpellier. Je déteste la transition et c’est pour ça que je vais très peu en vacances. Mais, une fois que j’y suis, j’ai une passion intense pour la découverte d’une ville. C’est vraiment un truc qui me fascine : observer comment une ville est organisée, les choses mieux pensées qu’à Paris, etc.
Du coup, ça me donne un surplus d’énergie qui me permet de dépasser l’état dépressif. Ça a été pareil avec la parenthèse à Marrakech à la fin-juillet.
Même si… en réalité je ne suis pas encore 100% sûr que ça m’aide. Je me demande si c’est pas plutôt que ça me permet d’utiliser une énergie que mon corps essaie de conserver pour se rétablir et donc ça aggrave l’état après.
Je pense que non. Mais j’y mettrai pas ma main au feu.
On en reparle.




