Le bug de l'an 2000 a existé

Je vais te parler d'un temps que les moins de 21 ans, ne peuvent pas connaître.

J'avais 10 ans à l'automne 1999 et on en parlait partout : le bug de l'an 2000. Une catastrophe qui allait arriver. On en a parlé pendant des mois. J'avais beau être un enfant, mais le jour de l'an 2000, j'ai eu un petit moment d'appréhension…

Sauf que… rien. Rien ne s'est passé.

Alors c'était du bruit pour rien ?

Non. Simplement, des gens nous ont protégé. Mais revenons sur le bug.

La plupart des vieux ordinateurs n'avaient que deux chiffres pour coder l'année. Par exemple 54 au lieu de 1954. Logique, puisque les personnes qui ont créé les premiers systèmes informatiques n'avaient pas forcément anticipé qu'ils dureraient si longtemps.

Je me rappelle que je ne comprenais pas cette affirmation. Mon propre ordinateur avait bien 4 chiffres pour afficher l'année.

Mais, comme beaucoup de gens, j'étais passé à côté d'un détail clé : les ordinateurs personnels n'étaient pas le problème. D'ailleurs, même si tous les ordinateurs personnels étaient tombés en panne en l'an 2000, ça n'aurait pas eu un impact si catastrophique que ça.

On était beaucoup moins dépendants qu'aujourd'hui. On avait encore des connexions internet avec des forfaits de quelques dizaines d'heures par mois et qui rendaient le téléphone fixe inutilisable pendant le temps de connexion.

En 1999 ma mère avait encore une machine à écrire.

Le problème c'était les ordinateurs qui géraient les administrations

Dans une administration ou une banque, on utilise de gros ordinateurs pour faire tourner les logiciels clés. On appelle ça des serveurs. Ces serveurs ne peuvent pas être mis à jour facilement. Parce que, précisément, ils gèrent des choses vitales.

Par exemple, l'armée américaine gérait le protocole nucléaire avec des disquettes jusqu'en…2019 !

Si tu es trop jeune pour avoir connu les disquettes : c'est le truc qui est représenté sur les boutons "sauvegarder". Sur Word par exemple. C'était des petits rectangles qui nous permettaient de stocker quelques Mo d'information. 1,44 Mo de mémoire. Même pas de quoi mettre un mp3.

Aujourd'hui encore, énormément de banques reposent sur des AS/400, des systèmes datant des années 80. Sauf que… il n'existe plus grand monde sachant coder dans le langage adéquat. On sort donc régulièrement des ingénieurs de leur retraite pour venir s'en occuper.

Changer de système n'est pas évident car, encore une fois, on est sur des données vitales :

"Autre argument, certaines tentatives de migration se sont soldées par des échecs retentissants. Au Royaume-Uni, la sortie de route de TSB, en avril 2018 , est restée dans les mémoires. La migration de 1,3 milliard de données vers un nouveau système a tourné à la confusion générale.

Une fois l'opération lancée, des clients ont vu apparaître les informations bancaires de parfaits inconnus, ou des montants erronés pour leurs propres comptes. Deux jours plus tard, jusqu'à 1,9 million de clients n'ont plus eu accès à leurs comptes !" 1

Le bug de l'An 2000 aurait donc pu provoquer de vrais drames

Il n'y a pas eu d'exagération, ce n'est pas une prédiction ratée. Il y avait un vrai danger. Mais, heureusement, des milliers d'ingénieurs ont travaillé pour que ça n'arrive pas. Parce que c'était prévisible.

Paradoxe : réussir à protéger d'une catastrophe peut paraître ridicule

Aujourd'hui, on rigole souvent de cette histoire de bug de l'an 2000.

Les Guignols de l'info avaient même fait un sketch qui sous-entendait que c'était une arnaque de la World Company.

Tu peux retrouver ce sketch en tapant guignols bug an 2000 dans Google

Comme dans la blague du mec qui met de l'anti-girafe. On lui rétorque qu'il n'y a pas de girafe dans ce pays et il répond "normal, j'ai mis de l'anti-girafe".

Sauf qu'il y avait bel et bien danger.

Ça me fait penser au confinement. Nombreux sont les gens à se demander pourquoi on a confiné pour une maladie qui n'a fait "que" 100 000 morts.

Sauf que, si ça se trouve, ne pas confiner aurait abouti à 900 000 morts.

Voilà tout le paradoxe des gestions de risques prévisibles. Si c’est bien fait… les gens ont l’impression qu’on les a alerté pour rien.

Où ai-je volé ça ?

J'ai repris un thread twitter qui explique ça à merveille. Je t'invite à découvrir la version originale. Si tu as un compte Twitter, laisse-lui un petit like de soutien. Ce thread mérite bien mieux que les 19 likes qu'il a au moment où j'écris.

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Informatique : les systèmes bancaires historiques restent indétrônables - Édouard Lederer dans Les Echos