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Je lisais ça pour creuser un peu la partie "sociale" du sujet : https://www.ladn.eu/nouveaux-usages/non-votre-enfant-nest-pas-hpi-vous-etes-juste-riche/ le sociologue Wilfried Lignier apporte deux idées dont la cohérence avec le reste de ce que tu nous a presenté la semaine dernière m'interroge/m'interpelle/m'intéresse :

1. le diagnostic HPI est surreprésenté chez les CSP +, mais surtout chez ceux qui ont plutôt un capital économique que culturel (les plus proches socialement de l'école n'ayant pas "besoin" des avantages de ce label pour faire reconnaître par l'école et donc le reste de la société l'"intelligence" de leurs enfants),

2. Cette affirmation : "le fait d’être TDAH (un diagnostic de classe moyenne, car il s'accompagne souvent d’un traitement médicamenteux qui rebute les classes supérieures)."

Marie Aymée's avatar

Globalement, je suis d'accord. Avec ce que tu dis concernant le HPI/HQI. Cependant :

En dehors des questions d'autisme, être différent est rarement facile, donc avoir un QI élevé dans un environnement où les autres ont un QI semblable est sûrement une source d'épanouissement. Mais grandir et/ou évoluer avec le même QI élevé dans un environnement où les autres ont un QI plus ordinaire produit de la différence donc potentiellement du rejet et des difficultés réelles pour l'individu concerné.

Jeanne Siaud Facchin a eu selon moi 2 mérites. D'une part avec son concept de zèbre cela permettait effectivement aux personnes avec un QI élevé de se penser en dehors de la question de l'ego surdimensionné. On avait soudain le droit de vivre avec sa réalité cognitive sans être l'affreux "qui se la pète" présupposé et/ou projeté par les autres.

D'autre part, c'est une bonne commerciale. Son message s'est largement diffusé. Ce n'était pas parfait, mais pour des personnes qui n'avaient jamais entendu dire auparavant qu'il était possible d'être un adulte "à particularités" c'était déjà un début. Personnellement, cela m'a permis de localiser et rejoindre un groupe d'entraide de "zèbres" diagnostiqués ou autodiagnostiqués (pas besoin de prouver quoi que ce soit), et de faire de chouettes rencontres de personnes sympathiques, ouvertes et aidantes. C'est déjà ça en attendant que des infos fiables et détaillées sur l'autisme (a fortiori l'autisme au féminin) se diffusent aussi largement.

Nous sommes en 2026 et tu as quitté ton ancien travail pour te consacrer à diffuser une information de qualité concernant l'autisme tellement tu considères toi-même que ça n'est pas assez disponible actuellement. Siaud Facchin a écrit son livre en 2008. J'ai du mal à lui reprocher à cette époque de ne pas avoir eu connaissance donc diffusé ce type d'information, même si évidemment j'aurais préféré être diagnostiquée autiste en 2008, et même avant.

Je nous souhaite une nouvelle Siaud Fachin qui émergerait en 2026 et populariserait une vision actualisée de l'autisme, peut-être pas parfaite, sans doute simplifiée pour que ce soit accrocheur, mais qui circulerait largement et permettrait à beaucoup plus de personnes de se reconnaître donc de se mettre en route sur la voie du diagnostic/autodiagnostic (Nicolas, à bon entendeur...).

Par ailleurs je suis d'accord sur le fait qu'être étiqueté HPI peut entraîner un retard de diagnostic d'autisme. Mais c'est aussi vrai des autres "comorbidités" possibles de l'autisme : combien de personnes traitées pour troubles alimentaires, TDA/H, fibromyalgie, etc sont en fait autistes mais pensent que tous leurs problèmes viennent du trouble déjà identifié et restent donc coincées dans la case qui leur a été attribuée ? Et combien ont de mauvais diagnostics de dépression ou de bipolarité qui là aussi "bloquent" le diagnostic d'autisme ?

Et que dire du Développement Personnel qui depuis des décennies renvoie toute difficulté rencontrée à une responsabilité individuelle, donc à une défaillance personnelle si les méthodes et conseils appliqués n'aboutissent pas à une amélioration spectaculaire, plutôt qu'à une possible atypie ? Selon moi cela crée plus de retard de diagnostic que le HPI...

Mais propos sur l'intelligence et considérations vaguement psy peuvent aussi s'additionner comme dans cette vidéo qui me fend le coeur :

https://www.youtube.com/watch?v=ICTgC1RDhng

You Were The Smart Kid... So What Went Wrong?

le discours semble être : "avoir été considéré comme intelligent lorsque vous étiez enfant vous a forcément gonflé d'orgueil et si vous rencontrez des difficultés en tant qu'adulte c'est uniquement à cause de ça donc flagellez-vous, arrêtez de vous trouver des qualités et faites encore plus d'efforts pour rentrer dans le troupeau".

Je ne peux m'empêcher de penser que dans le public visé par ce type de discours il y a une bonne proportion d'autistes non diagnostiqués qui reçoivent ici une injonction à masquer encore plus... ce qui pour le coup les éloigne carrément d'un possible diagnostic...

Et puis il n'y a pas que le QI/HQI qui est un concept mal fichu et mesuré de façon discutable.

J'espère donc qu'en 2040 on réexaminera les débats actuels en se disant par exemple quelque chose comme : "Ah oui, ce discours ça date d'avant la refonte des neuroatypies, à l'époque on parlait de TSA (un concept tellement pas clair que certains faisaient des formations dédiées pour qu'on comprenne ce que c'était ou pas) ou de TDA/H (pas très clair là non plus d'autant qu'il y avait du TDA dans le TSA...), bref aujourd'hui heureusement on a fait la synthèse de tous les fonctionnements de cerveaux "à particularités" et on dispose de concepts clairs, dont on peut facilement s'emparer et qui sont largement diffusés, donc acceptés par ceux qui sont concernés et par tous les autres."

On y croit.

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