Cette semaine je te raconte comme je suis passé, cet été, par un état de burnout.
Hier on a vu que le burnout autistique et la dépression sont des phénomènes distincts mais à partir de maintenant je vais dire “dépression” comme équivalent aux deux.
Le souci c’est qu’une fois que ça atteint le pic, c’est très dur de faire quoi que ce soit. On revient au problème principal de la dépression : c’est une maladie dont le traitement est diamétralement opposé aux symptômes.
Je ne sais plus dans quel reportage j’avais entendu cette phrase. En gros ça veut dire que par exemple, le sport aide à sortir de la dépression mais que la dépression détruit la volonté à faire du sport, et ainsi de suite.
Ou, autrement dit :
On ne peut pas se sortir de la dépression par la volonté. C'est la volonté elle-même qui est touchée.
Du coup, si j’ai pu mettre en place les mesures qui ne demandent pas de volonté, comme prendre de la mélatonine, ça a été quasiment impossible d’aller faire du vélo pour faire de l’exercice. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je lutte contre la stigmatisation des antidépresseurs ISRS, parce que c’est un des rares moyens qui peut être déployé quasiment sans volonté (si on exclut la démarche pour les avoir, évidemment).
Et donc… on est le 11 août 2026 et je cherche un truc pour m’aider à passer la dépression.
Je mets en gras la date car je reçois beaucoup de messages où je vois que la personne ne comprend pas que j’écris un mois après les événements. Je ne suis pas actuellement en dépression. Dans cet état j’aurais été totalement incapable d’écrire des emails. Certains jours j’ai été incapable de sortir du lit.
Pourquoi les jeux vidéo aident les gens en dépression ?
Je me rappelle alors d’une vidéo que j’avais vu cette année :
J’adore Gregoire Simpson. C’est un vidéaste qui vulgarise des concepts de la sociologie en les mettant en parallèle avec un élément de la pop culture. Par exemple pourquoi les bourgeois méprisaient JUL.
Dans cette vidéo il montre que certains jeux vidéo ont un effet antidépresseur. Mais surtout il montre pourquoi certains jeux n’ont pas cet effet. En gros c’est un équilibre entre liberté et cadre. Un jeu trop libre n’aura pas l’effet, un jeu trop cadré peut te redonner une sensation d’échec.
Je me mets donc en tête de tester un jeu vidéo. Ou plutôt : de tester autre chose que Pokémon. Je venais de finir Pokémon Vert Feuille et je n’avais plus rien à me mettre sous la dent.
Je vais donc sur jeuxvideo.com pour regarder les avis sur des jeux que j’envisage. Et d’un coup, dans les pubs pour d’autres articles, je tombe sur :
Bien sûr je me dis que ça doit être, comme d’habitude, des journalistes qui surinterprètent les résultats d’une étude. Mais comme ça me fait immédiatement écho avec la vidéo de Grégoire qui était beaucoup plus solide et sourcée, je me décide vraiment à aller au bout de ce projet.
Claude me confirme que c’est un peu exagéré :
Mais surtout il m’aide à choisir :
Mais je n’arrive pas à me décider. Et c’est un truc sur lequel je veux insister :
La dépression attaque la capacité à décider
Je suis resté quasiment une journée entière paralysé sans acheter de jeu. Et c’est pas parce que je cherchais le meilleur. Ça c’est un plaisir : quand je veux un jeu je passe des heures à analyser des comparatifs, comme quand je veux un nouveau micro par exemple. Mais là c’était une souffrance : j’étais juste bloqué.
Puis ça s’est débloqué quand je suis retombé par hasard sur le jeu Peach Showtime.
C’est un jeu où on incarne Peach (la princesse dans Mario) mais où surtout elle doit sauver un théâtre et DONC, incarner 10 rôles différents. Et donc en réalité c’est comme si y’avait 10 jeux différents. Parce que les 10 rôles sont des hommages à des grands genre du jeu vidéo.
Par exemple Peach Kung Fu c’est un hommage au beat’em up, les jeux où tu peux appuyer sur un seul bouton pour défoncer une horde d’ennemis beaucoup plus faibles que toi dont le seul atout est le nombre.
Peach Voleuse c’est un hommage aux jeux d’infiltration.
Et ainsi de suite.
En plus, c’est un jeu qui a été pensé pour les enfants donc c’est facile. C’est vraiment tout ce qu’il me fallait.
Rien que de t’en parler je ressens une chaleur dans le coeur, tellement ce jeu m’a accompagné dans ma remontée.
Parce que :
Ça m’a donné des objectifs concrets dans mes journées tout en restant faisable depuis mon lit. Alors que regarder une série c’est pas actif, on a pas l’impression de progresser soi-même.
Ça m’a permis de rompre l’ennui, tout simplement. Parce que je peux t’assurer que je me suis fait sacrément chier dans mon lit une fois que j’avais fini YouTube.
Ça m’a rappelé des souvenirs d’enfant, sur certains rôles de Peach j’ai été immédiatement projeté dans cette époque où je croyais que je voulais passer ma vie entière à jouer aux jeux vidéo. Si tu avais dit au Nicolas de 8 ans qu’il arrêterait de jouer régulièrement une fois adulte, il ne t’aurait jamais cru.
D’ailleurs, le point faible le plus décrié du jeu (il est très court, on peut le finir en 6-8 heures), chez moi était un point positif. Je n’aurais pas eu le courage de me lancer dans un truc long.
Les jeux vidéo ont l’image inverse
Si je te parle de ça c’est pas pour te dire que les jeux vidéo sont une solution miracle à toute personne en dépression. Mais c’est parce que je trouve qu’on entend trop peu ce propos. J’ai l’impression qu’on associe les jeux vidéo à la dépression mais dans l’autre sens : tu sais, une personne au chômage malheureuse qui passe son temps à jouer.
Mais on confond la cause et la conséquence : c’est pas l’amour des jeux vidéos qui pousse au chômage, c’est le chômage qui pousse à trouver une forme de progression dans les jeux vidéo.
Je parle ici des gens qui vivent mal leur situation. Je ne suis évidemment pas en train de te dire que c’est mal de rester chez soi au chômage.
Après… c’est probablement aussi parce que les jeux vidéos peuvent prendre une forme addictive. De la même manière que si je t’explique que des oeuvres cinématographiques peuvent remonter ton humeur… en consommer trop va la descendre. Là c’est pareil… on peut aussi subir les jeux vidéos parce qu’on arrive plus à doser.
Merci Peach… et tous les autres
On oublie trop que l’art ou même simplement le divertissement ça peut aider les gens à tenir quand ça va pas. Je t’ai parlé de Peach, mais j’aurais pu faire pareil en disant merci à Alexis Da Costa et sa chaîne qui parle de Dinosaures mais uniquement sous le prisme des idées fausses dessus, donc souvent des battles avec des religieux
Ou merci à YannisEnMieux pour son marathon de réécoute de vieux albums rap. Avec une vidéo publiée par jour (à peu près) pendant tout le mois d’août. Non seulement parce que le rap étant un de mes intérêts intenses ça m’a permis d’avoir chaque jour un truc à écouter pour ne pas mourir d’ennui. Mais aussi parce qu’il a enfin dit ce que je pense depuis des années sur Diam’s : ce n’est pas du bon rap.
Ce qui m’empêche pas de m’ambiancer hein, on peut kiffer une oeuvre pour d’autres raisons que sa qualité artistique.
D’ailleurs, faudrait un jour qu’on fasse une semaine sur le problème de la surévaluation systématique des rappeurs blancs…




