Une psy m'a répondu

Et bah… décidément…

Je ne m’attendais vraiment pas à ce que l’email de lundi déclenche autant de choses.

Comme je le disais hier, je suis en retour de congés donc je ne peux pas vous répondre un par un. Mais je le ferai ce weekend quand je serai au calme.

En attendant… voici encore un email que j’ai reçu et que j’ai vraiment envie de vous partager.

Il se trouve que l’une d’entre vous est psy et a répondu à l’email d’hier.

On va décortiquer son email ensemble.

Je suis convaincu de l’utilité d’aller voir des psys

Salut Nicolas, 

Trop intéressant tout ça.

Je suis psy donc pas objective sur l’utilité d’aller en voir un, mais j’aimerais beaucoup que des gens dans ton cas trouvent un·e psy qui leur correspond. Et c’est vrai que c’est là que ça se joue.

C’est en grande partie l’échange entre la personne et son psy qui fait l’intérêt et la richesse d’une psychothérapie (ça s’appelle l’alliance thérapeutique).

Statistiquement c’est le meilleur prédicteur qu’un accompagnement va être satisfaisant pour quelqu’un.

Je ne sais pas si je l’ai assez dit : je suis absolument convaincu de l’utilité d’aller voir des psys. J’ai vu tout le bien que ça a fait dans mon entourage. Mon blocage est émotionnel. Comme les personnes qui savent qu’elles doivent arrêter de fumer mais n’y arrivent pas.

À ce titre, je trouve que la série En thérapie est magnifique. On y suit les aventures d’un psy en 5 histoires parallèle. L’intrigue se déroule dans son cabinet. Le lundi il est avec un patient, le mardi avec un autre... jusqu’au vendredi. Puis on reprend le lundi d’après.

Et ça dure 7 semaines.

J’ai adoré. Je trouve que ça désacralise la thérapie. On voit que ce n’est rien de mystique. Au final ça reste une discussion entre deux individus. En plus, comme le personnage principal est le psy, on voit ses doutes et ses difficultés. Ça l’humanise.

Après, j’ai eu la chance d’avoir une proche qui m’a fait plusieurs pseudo séances de psy. C’est d’ailleurs suite à une de ces séances que j’ai extrait la parole de mon enfant interne : “quand les psys arrivent, les mamans disparaissent”.

Le problème c’est qu’elle n’est pas formée donc on est forcément limités. Mais… bizarrement j’ai l’impression que ce n’est pas le souci le plus handicapant. Ce qui est vraiment limitant c’est plutôt le manque de neutralité.

Quand la personne dont vous êtes amoureux vous fait une séance… elle devient à la fois juge et partie.

Parfois les gens ont le cliché de “on n’a pas besoin de psys quand on a des amis”. Je leur réponds toujours qu’une des raisons d’être des psys est précisément de servir de tiers de neutralité. Quelqu’un qui ne connaît pas nos autres proches et qui ne va pas répéter ce qu’on y dit. Quelqu’un qui ne se sentira pas blessé par ce qu’on dit parce que ça le concernerait directement.

Moi j’ai toute la théorie, et quand j’allais mal, je suis allée voir un psy.  

Je trouve que ce point est important à avoir en tête. Les psys aussi vont voir des psys.

Je n’ai pas peur d’être jugé

Quelques remarques :

  • Les psys sont formés au non-jugement, c’est même la base du métier. J’ai conscience que tu parles de gêne plutôt que de la peur d’un jugement, mais toujours est-il que ça te prive d’un travail qui pourrait être trop intéressant pour toi. Dans ces cas là, la clef c’est d’en parler ouvertement et d’échanger avec elle, tout simplement. Si on comprend pas les outils/le sens/la méthode/les conditions, si on a des doutes ou des freins etc : LE DIRE simplement. De toute façon, aller voir un psy ça n’est utile que si tu peux être authentique dans ce cadre.

Effectivement, le jugement ne me dérange pas. Je ne vois pas pourquoi la personne me jugerait. Je suis pas meilleur ou pire qu’un autre. Les gens qui font des crimes de sang vont bien voir des psys. Je n’ai pas trop de mal à éviter de comparer mon intérieur avec l’extérieur des autres.

En revanche j’ai beaucoup de pudeur sur certains sujets. Beaucoup de gens qui me connaissent disent que je partage, au final, peu de choses. Je donne l’impression de partager énormément (notamment via l’Atelier) mais c’est toujours maîtrisé et c’est donc uniquement ce que je veux partager.

Je suis à la fois très impudique sur des sujets habituellement délicats (l’argent par exemple n’est pas un tabou chez moi) mais très pudique sur des choses qui semblent triviales.

J’adore approfondir la connaissance de moi car on se connaît vraiment très peu au final

  • Pour un·e psy, ce que tu décris est du pain béni : tu as des freins et tu en as conscience. Souvent, le plus gros du travail est déjà d’aider la personne à comprendre qu’elle a des a priori sexistes ou autres freins !

Oui, je travaille beaucoup sur moi-même à défaut d’aller voir un psy. Parce que je suis fasciné par le peu de connaissance qu’on a sur soi. M’étudier moi-même est une de mes activités favorites. Je passe énormément de temps à m’explorer. Je suis toujours assez étonné de voir combien les gens le font peu.

C’est aussi ce qui fait que je n’ai pas le syndrome de l’imposteur. Car je traite la connaissance de moi comme une matière scientifique. Avec des hypothèses, des expériences, etc.

Jusqu’en 2017 j’étais convaincu que j’étais moche. Alors, quand j’ai eu le courage de vérifier cette hypothèse j’ai fait des expériences. Notamment en demandant à des personnes qui n’avait aucun intérêt à me mentir.

J’en ai déduit que non… j’étais pas moche du tout et que j’étais juste très mauvais à évaluer mon physique.

Ce n’est pas parce qu’il s’agit de moi que je me connais forcément mieux que les autres.

Jusqu’en 2012 j’étais convaincu que j’étais Blanc. Puis… la Pologne m’a permis de réfuter cette hypothèse.

En 2017, j’ai commencé à prendre des cours d’improvisation. J’ai rencontré une prof incroyable que je vous présenterai un jour dans un podcast : Elsa de Bellilovsky.

Elle m’a dit que les individus avaient des cycles. J’en ai pas cru un mot. Surtout qu’elle le disait un peu en mode mystique, etc. J’ai donc dit un truc du genre :

- Tu affirmes que si j’observe mon année je vais observer des schémas dans mon état mental

- Oui !

- Alors comment ça se fait que je ne m’en sois jamais rendu compte ?

- T’es sûr ? Tu n’as aucune date marquante ? La mort d’un proche ? Un anniversaire ?

- Ah bah si… j’avoue… je suis toujours triste à mon anniversaire

- Tu vois… creuse ça et tu me rediras plus tard

Et, effectivement, je me suis observé pendant deux ans et j’ai constaté que j’avais bel et bien des grands cycles en plus des fluctuations quotidiennes.

En gros mon humeur est très haute de Janvier à Mars, elle s’effondre en Avril-Mai. Elle remonte en Mai-Juin-Juillet. Puis j’arrive à mon apogée juste avant mon anniversaire (le 16 juillet)…. C’est alors que commence ma descente dans les plus grands tréfonds de déprime. Jusqu’en Septembre. Puis de Septembre à Novembre, roulez jeunesse… enfin… Noël arrive et c’est ma deuxième grande descente, mais moins longue que celle de l’été.

J’ai été étonné de voir un schéma aussi clair. Alors que je ne m’en étais jamais rendu compte avant. Surtout pour le creux d’avril. Noël et mon anniversaire j’en avais quand même une conscience vague car les dates sont marquantes.

Bon bah voilà… l’hypothèse d’Elsa s’est donc vérifiée dans l’expérience.

La tristesse est une amie

  • J’ai la même attitude que toi à l’égard de mes tristesses/déprimes, j’ai peur de m’en séparer (aparté : demande-toi pourquoi ? Qu’est ce qui serait pire que de pas être déprimé ?). Je peux t’assurer que j’ai été voir mon psy, ça m’a libéré d’un milliers de choses qui me rendent plus heureuse dans ma vie au sens large etc, et pour autant, j’ai toujours mes moments de déprime et mon côté artiste torturée. Aucune inquiétude à avoir là-dessus.

Mmmmm bonne question… le pire c’est que je ne veux même pas être un artiste torturé car la déprime bloque mon art. Contrairement à beaucoup d’artistes, je produis bien mieux quand je vais bien. À part la poésie. Les abonnés premium qui reçoivent les nano-pensées le savent…

Et encore que… souvent je fais de la poésie en écoutant des musiques qui me remettent dans l’état de mélancolie, temporairement. Mais une fois que j’ai fini c’est fini. Parfois on m’a écrit des “mais ça va ?” suite à une nano-pensée, alors que j’étais on ne peut plus joyeux.

  • Ce qui m’amène à : le psy, c’est pas un remède à la tristesse. Je crois que tu le sais déjà, mais la tristesse, la déprime etc. sont des émotions ou des états qui servent d’information. C’est essentiel à la vie, et ça aide à prendre des décisions, à se protéger, etc. Aucun travail psy ne t’empêchera de vivre tes émotions normalement. Le psy ça sert à mieux se comprendre avant tout, à dépasser des blocages, à déconstruire des fausses croyances, à aller mieux globalement. Ça n’immunise pas à la vie et ses fluctuations. 

Rien à rajouter : je ne saurais que trop le dire. La tristesse n’est pas une émotion négative. Le simple fait d’attribuer des polarités (positives/négatives) aux émotions est problématique.

Sa recommandation pour trouver la bonne personne

Si tu veux pas de Freud (de psychanalyse), il faut se diriger vers ce genre de profils. Des pistes pour chercher : doit avoir un numéro ADELI + chercher des psys formés en TCC (Thérapie Cognitives et Comportementales) et Thérapies Brèves. T’auras beaucoup moins de bullshit à l’ancienne.

J’avais déjà la piste “je vais éviter les psychanalystes même si le héros de En Thérapie est un psychanalyste”.

Vraiment, la psychanalyse freudienne m’apparaît comme une vaste arnaque peu fondée scientifiquement. Même si elle a eu le mérite de populariser la pratique thérapeutique.

J’avais également le mot clé TCC. En revanche je n’avais pas la notion du numéro ADELI.

Je note !

Ses recommandations

Je crois que tu connais la chaîne YouTube de PsychoCouac. C’est Pierre Bordaberry, un super psy moderne et compétent qui est un bon exemple de ce qu’on peut trouver aujourd’hui si on cherche un peu.

En livres :

1) Je réinvente ma vie - Jeffrey Young. Beaucoup de psys le donnent à lire à leur patient. Ça introduit à la thérapie des schémas et c’est bien vulgarisé. Ça peut être utile quand on veut pas aller voir un psy.

2) Matt Haig : ancien suicidaire et toujours victime de troubles anxieux, devenu écrivain qui parle de santé mentale (parfois via la fiction). Il a écrit notamment « Reasons to Stay Alive » , et «  The Midnight Library »  que je trouve top. Il est drôle sur Instagram aussi. Un anglais cinglant comme j’aime.

La question à un million d’euros

Et ben c’était long et désordonné :) Désolée ahah.

Merci pour tout ce que tu fais Nicolas, ça fait un moment maintenant que je reçois tes mails et je t’ai pris quelques formations également ! Bravo et merci, ça fait une différence dans ma vie à moi, et dans celle de beaucoup d’autres c’est certain !

PS : Question pour toi : si Brené Brown était française t’irait consulter chez elle ?

Ahah en vrai c’était trop bien, merci pour ton email. Comme tu as pu constater, j’ai changé un peu l’ordre pour faire des catégories et j’ai enlevé des passages qui méritaient des emails à part entière.

Et donc… cette question est dingue…

En effet… si Brené Brown était française j’irai consulter chez elle.

Parce que : je connais ses travaux et je la respecte.

Ce qui me permet de rajouter un autre frein chez moi : je déteste faire connaissance avec de nouvelles personnes. J’aime bien découvrir des gens profondément, mais il faut passer par cette phase où on se connaît pas qui me consomme énormément d’énergie.

Dans un magasin je vais toujours à la caisse automatique, même si y’a la queue. Parce que ça me permet d’économiser mes batteries à ce niveau.

Du coup, un psy bah … ça me demande d’envisager de dépenser de l’énergie sociale. Je crois que j’aimerais avoir un psy depuis 1 mois. Mais genre directement. Sans avoir à passer par la phase.

De la même manière que là je suis dans une phase douloureuse pour moi : chercher un nouvel appartement. J’ai beaucoup repoussé pour des raisons similaires. Ce qui me motive c’est que je serai content d’avoir un nouvel appartement depuis 1 mois. Je serai content quand ça sera dans le passé. Mais le chemin pour l’obtenir me repousse.

Donc, oui, si Brené Brown avait un cabinet à Paris, j’irai. J’adore ses livres, j’adore sa pratique, je sais que j’aurais une base sur laquelle discuter au-delà du simple small talk. Et surtout : je sais d’emblée que je respecte profondément sa pratique.

Peut-être que ça fonctionnerait avec quelqu’un dont j’ai lu le livre auparavant.

Affaire à suivre. J’aimerais vraiment y arriver avant mon prochain anniversaire. Car je sais que je n’aurai plus la force au milieu de la tempête. Mais… quand j’en sors je me dis que je n’en ai plus besoin … cercle vicieux.