J’ai une théorie non-scientifique, je pense que les personnes qui disent j’ai besoin de mon café le matin pour fonctionner sont TDAH.
J’ai zéro preuve, juste une intuition acquise en ayant pris de la ritaline : l’effet ressemble très fortement à un café amélioré.
Du coup, y’a des gens qui prennent du café, parce que précisément iels n’ont pas accès à la ritaline.
Ça pour le coup c’est davantage documenté mais à l’échelle de toutes les addictions : les TDAH sont largement sur-représenté·es parmi les personnes souffrant d’addiction et les TDAH qui prennent de la ritaline ont moins de chance de souffrir d’addiction.
Mais je veux te parler d’une théorie un peu plus scientifique similaire : je pense que les personnes qui déclarent travailler mieux en dernière minute sont toutes TDAH.
Déjà parce que c’est absurde : comment on pourrait mieux travailler quand on a moins de temps ? Ce serait un peu comme dire que tu vis mieux quand tu gagnes 1500€/mois que 4000€/mois.
Si, quand tu as 4000€, tu vis moins bien parce que tu te mets à claquer tout ton argent dans des choses toxiques bah ce n’est pas typique.
Bon… je voulais faire une analogie qui nous sorte du TDAH mais en réalité je viens encore de retomber sur un truc de TDAH. Les impulsions d’achats sont un trait du TDAH.
Mais surtout parce que ce que les gens veulent dire c’est : je ne peux pas AVANCER VITE avant les dernières minutes.
Quand je fonctionnais comme ça, ce n’était pas un choix : je ne pouvais vraiment pas avancer à l’avance. Si mon cerveau sait que je peux faire la tâche en 2 heures, il n’arrive pas à s’y mettre 2 semaines avant.
Et c’est là qu’il faut introduire le modèle de Dodson. C’est un psychiatre qui, par l’observation, a conclu que les TDAH ont un système de motivation reposant sur 4 pilliers :
L’intérêt (le mot est à comprendre au sens de ce qui t’intéresse et non au sens de ce qui aurait un intérêt pour toi)
Le défi (challenge)
La nouveauté
L’urgence
Alors que les personnes typiques ont un système de motivation qui repose au moins partiellement sur : l’importance.
En d’autres termes, une personne typique va prendre du temps pour déclarer ses impôts avant la date limite parce que c’est important et que la conséquence de rater les délais est coûteuse. Peu importe que la déclaration d’impôt ne soit pas une tâche intéressante, “challengante“, nouvelle ou urgente.
Pour une personne TDAH, y’a un souci : ça t’intéresse pas, ce n’est pas un défi, ce n’est pas nouveau donc ça ne pourra être traité que quand ça deviendra urgent.
Ce modèle est une énorme simplification et n’est pas scientifique (c’est une observation) mais je sais qu’il parle à beaucoup de gens.
D’ailleurs, la critique qu’on pourrait immédiatement apporter c’est que la littérature scientifique nous montre que l’inertie autistique t’empêche de faire des tâches même quand elles t’intéressent. Y’a toutes les raisons de penser que y’a aussi un phénomène similaire quand t’es TDAH.
Mais je trouve le modèle intéressant car il permet d’expliquer à quelqu’un que ce n’est pas une question de flemme. C’est juste que le système de motivation c’est le volant de notre véhicule : si tu peux pas l’actionner, bah tu peux pas l’actionner (ou alors en te faisant une violence telle que ça demande réflexion).
Ça permet aussi d’expliquer pourquoi on se met parfois en danger (rater ma déclaration d’impôt m’a fait frôlé la faillite personnelle par exemple) pour si “peu”.
J’ai une cliente qui m’a dit hier :
Avec la Ritaline j’ai enfin eu accès à ce que les gens appellent “la volonté”
Et je trouve que c’est un parfait résumé.
PS : ceci n’est évidemment pas un message de promotion de l’arnaque libérale du quand on veut on peut. C’est pour dire qu’il existe des personnes pour qui le simple fait de devoir vouloir est déjà un obstacle.
