Au début j’avais prévu de clôturer cette semaine de “tu es censé·e” par : tu n’es pas censé·e déprimer régulièrement.
Mais, en vrai, je t’ai déjà raconté plusieurs fois cette réalisation personnelle. C’est comme ça que j’ai su que j’étais autiste : après une énième dépression. Sauf que, dans l’intervalle, j’avais fini par me faire à l’idée que c’était normal de faire une dépression tous les six mois.
Alors j’ai décidé de parler d’un sujet très similaire : vivre une vie sans plaisir.
Ce n’est pas quelque chose que j’ai vécu moi-même (ou plutôt, je ne le vis que pendant les dépressions) mais j’ai eu plusieurs fois la même conversation, au téléphone. La personne m’appelle pour parler d’autisme et assez vite je me rends compte que y’a des chances qu’elle soit en dépression. Alors je dis : et tu penses être déprimé·e ?
La personne me dit qu’elle ne sait pas. Alors je lui propose de parcourir la liste des traits de la dépression. Et dedans y’a :
Diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour toutes ou presque toutes les
activités, pratiquement toute la journée, presque tous les jours
C’est là que la personne me répond un truc du genre : oui mais c’est comme ça depuis mon adolescence, ça fait 20 ans que c’est comme ça, est-ce que ça compte ?
Je lui dis que oui, que le mot “diminution” c’est par rapport à un état de base et de remplacer par “quasi absence” si cet état de base est trop lointain dans le temps.
Elle me répond que oui et j’explique que ce n’est pas typique.
Ça les étonne.
Enfin… ça l’étonne sans l’étonner, c’est comme moi quand je dis que ça m’a étonné de découvrir que les autres personnes n’avaient pas de mal à articuler par exemple.
Je lui parle alors de l’anhédonie. C’est un mot compliqué pour dire exactement la même chose : la difficulté de ressentir les émotions positives. Sauf que, quand y’a un mot, ça aide à se dire deux choses contradictoires :
Tout le monde n’a pas ce problème
Je ne suis pas la seule personne à avoir ce problème
Là encore, c’est dur d’expliquer à l’écrit ce paradoxe. Ce truc de ça t’étonne mais ça t’étonne pas et ça soulage de voir que tu t’es pas fait des films.
L’anhédonie est un des traits possibles de la dépression mais toutes les personnes anhédoniques ne sont pas dépressives. Ça peut aussi être une manifestation de l’alexithymie (la difficulté à identifier ses émotions tout court). Ou d’encore plein d’autres trucs. Sur la page Wikipédia anglaise de l’anhédonie on liste :
La dépression
La schizophrénie
L’alcoolisme
Le tabagisme
Le stress post traumatique (PTSD)
Parkinson
La bipolarité
Le TDAH
Les neuroleptiques
Les troubles du comportements alimentaires
Et encore d’autres trucs
Pour ma part je vis ça également pendant les burnout “autistiques”.
Mais la plupart des gens ressentent régulièrement du plaisir.
