Tout le monde est autiste sauf moi
Aujourd’hui on est avec Clémentine (toujours un personnage fictif basé sur les personnes que j’ai rencontrées).
Clémentine a toujours aimé traîner avec les personnes cheloues. D’ailleurs, elle ne se dit pas vraiment ça. Elle se dit que ce sont les personnes normales qui sont cheloues.
Parfois elle les trouve même carrément un peu bébêtes et hypocrites.
Non… même pas… en fait elle les trouve illogiques.
En fait… elle ne se dit même pas que la normalité existe vraiment. Elle adore les citations du type :
Il n’y a pas de normes. Tous les hommes sont des exceptions à une règle qui n’existe pas
Ou
Soyez vous-même, les autres sont déjà pris
C’est un peu cliché mais y’a un truc qui lui parle là-dedans.
Clémentine a toujours été vue comme une fille “pas totalement fille comme on voudrait”. Parce qu’elle parle trop “mal” selon les gens, parce qu’elle ne sourit pas assez selon les gens, parce qu’elle n’a pas une posture gracieuse selon les gens.
Quand elle était ado elle avait même une légère vibe de “garçon manqué”.
Aujourd’hui, Clémentine est régulièrement agacée par tous ces gens nuls au travail. Elle n’arrive pas à s’investir à moitié dans un travail : soit elle est dedans, soit elle est dehors. D’ailleurs elle est appréciée pour son “savoir-faire”. C’est parfois sur le “savoir-être” (horrible expression) qu’on vient l’emmerder.
Clémentine est très amie avec Stéphane. On lui dit souvent que Stéphane est un peu particulier, mais elle n’est pas vraiment d’accord. Elle trouve Stéphane plus normal que les gens censés être normaux.
Puis, un jour, Stéphane lui annonce qu’il est autiste.
Elle est extrêmement surprise sans l’être. Mais du coup elle se renseigne sur l’autisme.
Elle ne pense pas être autiste, mais quand on lui raconte la culture autiste versus la culture alliste, c’est vrai qu’elle se dit les autistes ont raison.
Clémentine fait quand même un auto-test de l’autisme pour vérifier. Mais c’est bien ce qu’elle pensait : son score est entre les deux.
De toute façon, elle se dit qu’elle ne peut pas être autiste : elle a un neveu VRAIMENT autiste… elle se pose la question pour sa soeur... mais elle ? Oui, à moitié autiste elle voit.
Elle est le chaînon manquant, le lien entre les deux mondes.
Clémentine aurait pu écrire ce passage du livre What I mean when I say I’m autistic d’Annie Kotowicz :
À la moitié de ma vingtaine, j’ai rencontré un nouveau groupe d’amis qui me comprenaient d’une façon que personne d’autre n’avait jamais su faire.
(…)
Mon attitude tacite envers ces amis était toujours : « Ces gens sont incroyablement cool. Tous ceux qui n’arrivent pas à voir au-delà de leurs manières étranges passent vraiment à côté de quelque chose. »
Je confesse avoir eu l’audace — et la prétention — d’imaginer que les inconnus qui me voyaient en leur compagnie feraient un double-regard, se demanderaient pourquoi quelqu’un d’aussi « normale» que moi appréciait leur présence, et reconsidéreraient peut-être leurs propres préjugés.
Plus Clémentine se renseigne sur l’autisme et plus elle se rend compte que ses ex étaient autistes, que les collègues qu’elle aime le plus sont autistes, que quand ses proches sont pas autistes iels sont TDAH…
Décidément… Clémentine est vraiment la seule non-autiste de son entourage !
Non.
Clémentine se trompe.
J’ai parlé à des dizaines de Clémentine et j’ai moi-même été comme Clémentine.
Je me rappelle qu’à un événement on m’a demandé pourquoi je parlais à Machin qui était super chelou. J’avais répondu :
Parce que Machin je trouve que c’est une version de moi si j’avais eu un autre parcours, si j’avais pas appris à me lisser
Mais comme Annie Kotowicz il a fallu que je me rende à l’évidence :
Mais j’étais plus semblable à mes amis que je ne le soupçonnais.
Quelques années plus tard, alors que je leur rendais visite, le sujet des utopies est venu sur la table. L’une d’elles a dit que, pour elle, l’utopie serait de vivre sur une planète à part avec toutes les personnes avec qui il lui est facile de parler, et aucune de celles avec qui ça ne l’est pas. J’ai acquiescé avec enthousiasme, car j’adore son style de communication clair et direct et j’aimerais un monde rempli de telles personnes.
« Alors… est-ce que j’aurais le droit d’être sur ta planète ? » ai-je demandé, espérant que la réponse serait oui.
« Oui, bien sûr ! » a-t-elle répondu. Puis elle a ajouté : « Ah, et “autiste” est une façon courte de décrire le genre de personnes dont je parle. »
« Attends, quoi ? » ai-je répliqué, à la fois confuse et intriguée.
Quand je parle à une Clémentine, je lui demande si elle elle pense qu’on voit qu’elle est spéciale. Elle me répond que non. Alors je lui envoie toujours le même mème :
Aujourd’hui on est avec Clémentine (toujours un personnage fictif basé sur les personnes que j’ai rencontrées).
Clémentine a toujours aimé traîner avec les personnes cheloues. D’ailleurs, elle ne se dit pas vraiment ça. Elle se dit que ce sont les personnes normales qui sont cheloues.
Parfois elle les trouve même carrément un peu bébêtes et hypocrites.
Non… même pas… en fait elle les trouve illogiques.
En fait… elle ne se dit même pas que la normalité existe vraiment. Elle adore les citations du type :
Il n’y a pas de normes. Tous les hommes sont des exceptions à une règle qui n’existe pas
Ou
Soyez vous-même, les autres sont déjà pris
C’est un peu cliché mais y’a un truc qui lui parle là-dedans.
Clémentine a toujours été vue comme une fille pas totalement fille comme on voudrait. Parce qu’elle parle trop “mal” selon les gens, parce qu’elle ne sourit pas assez selon les gens, parce qu’elle n’a pas une posture gracieuse selon les gens.
Quand elle était ado elle avait même une légère vibe de “garçon manqué”.
Aujourd’hui, Clémentine est régulièrement agacée par tous ces gens nuls au travail. Elle n’arrive pas à s’investir à moitié dans un travail : soit elle est dedans, soit elle est dehors. D’ailleurs elle est appréciée pour son “savoir-faire”. C’est parfois sur le “savoir-être” (horrible expression) qu’on vient l’emmerder.
Clémentine est très amie avec Stéphane. On lui dit souvent que Stéphane est un peu particulier, mais elle n’est pas vraiment d’accord. Elle trouve Stéphane plus normal que les gens censés être normaux.
Puis, un jour, Stéphane lui annonce qu’il est autiste.
Elle est extrêmement surprise sans l’être. Mais du coup elle se renseigne sur l’autisme.
Elle ne pense pas être autiste, mais quand on lui raconte la culture autiste versus la culture alliste, c’est vrai qu’elle se dit les autistes ont raison.
Clémentine fait quand même un auto-test de l’autisme pour vérifier. Mais c’est bien ce qu’elle pensait : son score est entre les deux.
De toute façon, elle se dit qu’elle ne peut pas être autiste : elle a un neveu VRAIMENT autiste… elle se pose la question pour sa soeur... mais elle ? Oui, à moitié autiste elle voit.
Elle est le chaînon manquant, le lien entre les deux mondes.
Clémentine aurait pu écrire ce passage du livre What I mean when I say I’m autistic d’Annie Kotowicz :
À la moitié de ma vingtaine, j’ai rencontré un nouveau groupe d’amis qui me comprenaient d’une façon que personne d’autre n’avait jamais su faire.
(…)
Mon attitude tacite envers ces amis était toujours : « Ces gens sont incroyablement cool. Tous ceux qui n’arrivent pas à voir au-delà de leurs manières étranges passent vraiment à côté de quelque chose. »
Je confesse avoir eu l’audace — et la prétention — d’imaginer que les inconnus qui me voyaient en leur compagnie feraient un double-regard, se demanderaient pourquoi quelqu’un d’aussi « normale» que moi appréciait leur présence, et reconsidéreraient peut-être leurs propres préjugés.
Plus Clémentine se renseigne sur l’autisme et plus elle se rend compte que ses ex étaient autistes, que les collègues qu’elle aime le plus sont autistes, que quand ses proches sont pas autistes iels sont TDAH…
Décidément… Clémentine est vraiment la seule non-autiste de son entourage !
Non.
Clémentine se trompe.
J’ai parlé à des dizaines de Clémentine et j’ai moi-même été comme Clémentine.
Je me rappelle qu’à un événement on m’a demandé pourquoi je parlais à Machin qui était super chelou. J’avais répondu :
Parce que Machin je trouve que c’est une version de moi si j’avais eu un autre parcours, si j’avais pas appris à me lisser
Mais comme Annie Kotowicz il a fallu que je me rende à l’évidence :
Mais j’étais plus semblable à mes amis que je ne le soupçonnais.
Quelques années plus tard, alors que je leur rendais visite, le sujet des utopies est venu sur la table. L’une d’elles a dit que, pour elle, l’utopie serait de vivre sur une planète à part avec toutes les personnes avec qui il lui est facile de parler, et aucune de celles avec qui ça ne l’est pas. J’ai acquiescé avec enthousiasme, car j’adore son style de communication clair et direct et j’aimerais un monde rempli de telles personnes.
« Alors… est-ce que j’aurais le droit d’être sur ta planète ? » ai-je demandé, espérant que la réponse serait oui.
« Oui, bien sûr ! » a-t-elle répondu. Puis elle a ajouté : « Ah, et “autiste” est une façon courte de décrire le genre de personnes dont je parle. »
« Attends, quoi ? » ai-je répliqué, à la fois confuse et intriguée.
Quand je parle à une Clémentine, je lui demande si elle elle pense qu’on voit qu’elle est spéciale. Elle me répond que non. Alors je lui envoie toujours le même mème :
Parce que, même si les allistes (les non-autistes) ne savent pas mettre des mots dessus, iels s’en rendent compte.
Tu es souvent la dernière personne à t’en rendre compte.
L’an dernier, quand j’ai commencé à annoncer à mes ex-collègues que j’étais autiste, j’ai eu un collègue qui était super surpris. Il m’a dit mais ça se voit pas du tout. Voici la suite de la discussion (j’ai modifié les prénoms) :
-Moi je pense que ça se voit grave mais que tu sais pas à quoi ressemble un autiste
-C’est vrai qu’à part Sheldon, je sais pas trop…
-Et je suis pas le seul autiste de la boîte. Tu sais quoi ? On va faire un truc : tu vas essayer de me dire qui sont les autistes. Mais remplace le mot “autiste” par le mot “chelou”. Qui est un peu “chelou” parmi nous ?
-Julien
-Oui, clairement
-Johanna
-Yes
-Karim
-What ? Mais non, c’est Dorian le dernier
-Ah oui, Dorian j’avoue, mais Karim c’est sûr
Et là… ça m’a paru évident. Je me suis demandé comment j’avais fait pour ne pas le voir sachant que je connaissais Karim depuis 10 ans. Ce que je trouve fou dans cette histoire c’est que mon collègue qui disait ça se voit pas était tout à fait capable de dire qui est autiste et a même trouvé un autiste que j’avais pas identifié moi-même.
Il a suffi pour ça de lui faire remplacer le mot autiste par un peu singulier·e.
Es-tu la seule personne alliste d’un entourage autiste ?
Bon… bah tu sais déjà ce que je vais te dire : c’est probablement que tu manques de recul sur toi-même. Tu n’es pas à moitié autiste, tu es autiste tout court.
Les autistes fréquentent des autistes.


