Revenir de la déprime

Normalement je devrais te présenter l’épisode du Syndrome de La Page Noire. Mais en vrai tu sais comment y accéder et… surtout… j’ai pas envie d’écrire sur ça.

J’ai envie de te parler de déprime.

Parce que je suis déprimé.

La déprime est normale

Commençons par dire qu’il est normal de vivre régulièrement des épisodes de déprime. Aucun humain ne peut maintenir une humeur continuellement à haut niveau.

Baignés dans le culte de la positivité on finit par l’oublier.

Je le redis et j’insiste :

Il est normal de vivre régulièrement des baisses d’humeur et de motivation.

Il n’y a pas forcément de raison. C’est ce qui différencie la déprime de la tristesse. Là, par exemple, je n’ai rien qui me rend triste. Je me sens juste vide au fond de moi-même.

D’ailleurs, il y a quelques heures, j’ai été triste à en pleurer pendant 30 minutes. Il y avait une raison précise. Mais je ressentais la tristesse à un niveau plus haut dans mon corps.

C’est étrange à raconter mais j’ai découvert qu’il y avait une raison scientifique à ça. J’en parle dans mon livre alors je ne veux pas trop te spoiler. Mais très grossièrement il y a un état qui est dû à une chute de sérotonine et un autre qui est plutôt une chute de dopamine.

C’est vraiment un résumé approximatif et de tête. Si tu veux quelque chose de plus précis, il y a le livre The Hacking of the American Mind de Robert Lustig.

Tout ça pour dire que tout à l’heure j’avais une raison d’être triste. C’était passager. Mais ça fait 4-5 jours que je me sens déprimé, profondément, sans raison. Ma motivation est au plus bas. Ce matin j’ai commencé à écrire une formation et je me suis arrêté au milieu… alors que je pensais que ça allait me redonner de l’énergie.

Là je t’écris parce que je suis “obligé”, mais ma seule envie est de rester en boule dans mon lit.

Dans le noir.

En écoutant du Amy Winehouse.

Ou du Dinos.

Genre Comme un dimanche.

Comme si la pluie tombait, que le ciel était gris
J'passerai ma journée à changer de chaîne
J'esquisserai un sourire parce que tes yeux brillent
J'te dirai pas que je déprime mais que j'me sens comme un dimanche

La déprime n’est pas la dépression

La déprime n’est pas une simple tristesse, on l’a dit. Mais la déprime n’est pas la dépression non plus.

La dépression n’est pas une simple déprime.

Tant que l’épisode de déprime ne dure pas, il ne s’agit pas d’une dépression. La dépression est un état de déprime qui n’est pas passager. Une personne sur cinq vit au moins une dépression dans sa vie.

Je crois que j’en ai fait une cet été. Ça a duré quasiment deux mois. Je dis je crois car je me demande si c’était pas quelque chose entre les deux. Sachant qu’il existe des dépressions qui peuvent durer des années.

Mais peu importe.

Tout ça pour dire qu’on ne sort pas de la dépression par la seule force de sa volonté. Il n’y a rien de pire que les gens qui croient que la dépression est un manque de volonté et te disent de te secouer. Ça ne marche pas comme ça.

En revanche, je pense qu’on peut limiter la déprime.

Quelques levier pour remonter son humeur

Il y a quelques semaines j’ai connu une autre déprime. D’ailleurs, je fais souvent de longs épisodes dépressifs en avril. Sauf que… je l’ai jugulée. Comment ? Parce que, pour mon livre, je me suis penché sur la science du bonheur. Par science je veux vraiment dire science. Pas un gourou californien qui te dit “you can do it”.

J’ai donc découvert quels étaient les leviers de l’humeur. Enfin… pas les leviers… quand je dis “levier” on dirait qu’il suffirait d’appuyer dessus pour changer d’humeur. Bien sûr que non.

Je devrais plutôt dire le terreau ? Comme la terre qu’on met dans une plante ? On peut améliorer le terreau.

Voilà ce que j’ai fait il y a quelques semaines :

#1 | Je me suis fait violence pour dormir 8 heures par nuit

Le sommeil pèse énormément sur l’humeur. J’ai la chance de ne pas avoir d’insomnies en ce moment. Quand je ne dors pas suffisamment c’est parce que je ne me discipline pas assez. J’ai donc demandé à Alexa (l’assistant vocal d’Amazon) d’éteindre automatiquement toutes les lumières à 1h du matin. Comme ça, ça me donne le signal. Je peux rallumer les lumières, mais je sais que je devrais plutôt dormir. Je dois faire le choix de rallumer, ce n’est plus le chemin du moindre effort.

Parfois ça marché, parfois pas. Mais je me suis couché, en moyenne, plus tôt que sans cette astuce.

#2 | J’ai fait des sessions sans smartphone…

… genre 24 heures entières sans toucher à mon smartphone.

D’ailleurs, des gens m’ont dit “ça va… tu réponds plus ?”… je trouve ça toujours ironique parce que, justement, quand je vais mal je passe mon temps sur mon téléphone. C’est totalement l’inverse : si je vais mal vous me verrez encore plus sur whatsapp, twitter, instagram, facebook.

D’ailleurs, aujourd’hui, j’ai passé mon temps à débattre sur Twitter avec des gens qui trouvent que le français est la plus belle langue du monde.

Je ne sais pas à quel moment on s’est dit que ça pouvait fonctionner dans ce sens ? Il y a vraiment des gens à qui un surplus de smartphone fait du bien ? Zoner sur Instagram rend heureux des gens ?

Peut-être encore une différence entre les extravertis et les introvertis…

#3 | J’ai cuisiné

La cuisine a des vertus méditatives : on doit se concentrer sur l’instant pour en faire. Mais il y a aussi une question de qualité de nourriture : on fait généralement de la nourriture de meilleure qualité que les restaurants.

D’autant plus qu’on peut se faire livrer n’importe quoi. Tu sais la fameuse confort food… Malheureusement… la nourriture grasse et sucrée augmente la dopamine mais pas la sérotonine (ce qui permet de se sentir heureux à long terme). Donc c’est un peu comme la cigarette : il faut y résister.

La nourriture sucrée est corrélée avec la baisse de l’humeur.

#4 | J’ai fait la vaisselle et pris plus de douches que d’habitude

Comme la cuisine, faire la vaisselle et prendre des douches permet de créer des moments de méditation accidentelle.

#5 | J’ai écrit énormément

Pareil, l’écriture a des vertus méditatives. Mais, en plus de ça, elle me permet de faire de l’art. Or, l’art a des vertus thérapeutiques. J’ai donc écrit quasiment l’équivalent d’un mois d’emails.

La spirale de l’humeur

Mais, je te le disais au début, il est normal de connaître la déprime. On ne peut donc pas toujours la juguler. Ce n’est peut-être même pas souhaitable. De la même manière que la fatigue musculaire permet de te recharger, la fatigue mentale permet peut-être de se nettoyer.

Alors parfois… je me laisse juste aller. Parce que je n’ai pas la volonté. Là, par exemple, je n’avais pas la force de cuisiner. Alors j’ai mangé une pizza, puis des galettes. Faites par des restaurants.

Pareil pour l’écriture. Je n’avais pas la force d’écrire. Jusqu’à ce moment précis où je me suis dit que j’allais écrire sur la déprime elle-même. Là, j’y suis arrivé.

Alors que, ce matin, quand j’ai voulu écrire le plan de ma prochaine prochaine prochaine formation pour prendre de l’avance… j’ai bloqué.

Alors… tu sais quoi ?

Tant pis.

Je me laisse aller.

Plonger pour remonter

Parfois, la seule manière de passer la déprime est d’attendre. D’aller au fond de cette sensation. Comme si on allait au fond d’un lac pour s’appuyer sur le sol et remonter à la surface.

J’ai la chance d’avoir très peu de méta-émotion. Qu’est-ce que c’est ? C’est un concept que j’ai découvert dans The subtle art of not giving a fuck. Il s’agit de l’émotion sur une émotion. Par exemple, t’es en colère, tu t’en rends compte… tu te mets alors à être triste d’être en colère, ou en colère d’être en colère… ou t’as peur d’être en colère.

Ou tu es triste… tu le réalises… tu te mets alors à t’énerver d’être triste, etc.

Le problème c’est que la méta-émotion aggrave tout : elle t’empêche d’explorer l’émotion de base. Or, l’émotion de base a besoin d’être explorée. Si tu la refoules tu risques de créer un noeud explosif, qui un jour devra te péter à la figure.

Alors… tu sais quoi ? Je vais continuer à déprimer… sans me juger de déprimer.

Je déprime, c’est comme ça. C’est pas grave. Ça passera. C’est toujours passé. Ce n’est pas la première fois, ce ne sera pas la dernière.


PS 1 : aller voir un psy c’est cool

Attention, comme je le disais au début : une déprime qui ne passe pas s’appelle une dépression. Si ça t’arrive il est important d’aller voir un médecin. Quand on a mal au dos on va voir un kiné ou un ostéo. Quand on a mal au coeur (le vrai, pas le métaphorique) on va voir un cardiologue. Quand on a mal à la santé mentale, il faut aller voir un psychologue si on en est capable. D’ailleurs, même si tu ne fais pas une dépression, tu gagnerais à aller voir un psy. C’est normal d’aller voir un psy. Mais je sais que c’est dur. Moi-même je n’y arrive pas.


PS 2 : y’a quand même un épisode de podcast

Tu peux le retrouver en tapant Syndrome de la page Noire dans Spotify, Deezer, Apple Podcast ou Youtube. C’est un live sur la monétisation de l’art.