Plan cul ou couple : le faux choix

[Micro-pensée]

Je n’ai jamais trop compris ce que les gens voulaient dire par “plan cul”. L’expression est horrible. Ça veut dire qu’on instrumentalise un autre être humain pour obtenir du sexe ?

Qui fait vraiment des plans culs ?

Sans compter, que très peu de personnes ont vraiment des plans culs. Quand je creuse un peu, je me rends compte que le mot ne décrit pas la réalité.

Souvent, autour de moi, les gens disent “c’est mon plan cul”, et quand je creuse je découvre qu’ils partagent d’autres choses que du sexe et qu’il existe une forme d’attachement.

Attachement qu’ils renient, par ailleurs.

Mais, le fait est que si tu partages du sexe avec quelqu’un et que tu restes une fois que c’est fait… il faut bien occuper le temps.

Un vrai plan cul c’est une configuration où tu viens, vous couchez ensemble, puis tu repars (ou l’inverse).

Ça existe. Ça m’est même arrivé une fois. Mais il y a bien d’autres manières de partager du sexe. Ce n’est pas soit un couple, soit un plan cul.

J’ai eu un plan cul, une fois

Je venais, on se servait un verre, on se demandait comment on avait passé nos journées sans vraiment écouter les réponses. On couchait ensemble. Je repartais.

Une fois elle m’a dit “merci”, au moment où je partais. Effectivement, j’ai bien ressenti la sensation d’avoir été un “plan”. Sur le chemin du retour, je me suis senti un peu vide, à me demander pourquoi j’entretenais une telle relation.

Attention… je ne te dis pas que j’ai été victime : j’ai accepté cette instrumentalisation et je l’instrumentalisais aussi en retour. J’étais son plan cul, autant qu’elle était mon plan cul.

D’ailleurs, j’y retournais.

Mais la plupart des fois, ce n’était ni un plan cul, ni un couple

Cette relation est l’exception dans ma vie. Le couple aussi d’ailleurs. J’ai eu plus d’amitiés sexuelles que de partenaires de couple.

Pour simplifier, je ne compte que les cas de figure où on se revoit. Par exemple, si tu couches avec quelqu’un dans un pays étranger et puis que tu repars… qualifier la relation n’est plus un enjeu.

Dans la plupart des cas, on se fréquente, on se voit, on se revoit… on s’attache.

Bien sûr qu’on s’attache.

Nous ne sommes pas des machines. À partir du moment où tu commences à regarder des films avec quelqu’un, à partager des repas, à dormir ensemble… tu développes un attachement émotionnel.

Pas forcément de l’amour romantique. Mais le même type d’attachement que tu as pour des potes, voire des amis.

D’ailleurs, je crois que c’est la seule manière d’avoir du sexe vraiment incroyable. Comment tu veux avoir du sexe incroyable avec quelqu’un que tu instrumentalises ? Comment avoir du sexe incroyable avec quelqu’un que tu ne connais pas ?

La conversation, la découverte de l’autre ne fait-elle pas partie de l’acte sexuel ? Quand on ne le fait pas… peut-on avoir un acte sexuel génial pour les deux ?

Ce n’est pas une question de durée

On pourrait se dire “ok mais c’est forcément transitoire… c’est en attendant de trouver un couple”. Pas forcément.

Y’a un truc très beau dans le fait de construire un truc à long terme. Moi y’a un amant que j’ai depuis 12 ans. On a arrêté de se voir parfois parce que l’un avait une histoire mais je trouve ça merveilleux de se dire ça : on se connaît depuis 12 ans.

On a partagé tout ça, on sait comment on faisait l’amour à l’époque , comment on fait l’amour maintenant, on s’est suivis pendant tout ce temps, on s’est vus grandir, on s’est vus douter.

Alors évidemment c’est une relation épisodique, On a partagé que certains moments mais y’a quand même cette durée qui est là. On est riches de ça. Quand on se voit y’a tout ça entre nous, y’a toute cette toile qu’on a tissé, c’est hyper beau. (…) Mais on est pas en couple, car c’est pas là où ça se joue.

Ce qui différencie un couple d’une amitié sexuelle, c’est l’engagement que l’on prend ensemble. Pas la durée. Il y a des couples qui durent un mois et des amitiés sexuelles qui durent des années.

La binarité plan cul/couple est méprisante

J’avais pris comme une gifle que les autres, notre entourage, se permettent de qualifier cette relation de “plan cul”, un peu en ricanant. Ce qui me semble avoir aussi un lien avec cette norme du couple.

Comme on ne connaît qu’un seul schéma, toute autre relation sexuelle est déconsidérée, méprisée, vue comme honteuse ou sans importance. Là aussi on pense sur un mode binaire avec d’un côté le légitime couple amoureux, et de l’autre le méprisable plan cul. C’est une expression qui m’a toujours semblé atroce.

Comme si la tendresse et l’intimité ne pouvait être vécue qu’en couple. Comme si le sexe avec quelqu’un avec qui on veut pas s’engager, ne pouvait impliquer aucun véritable respect. Ça me semble surtout révéler le mépris avec lequel on considère le sexe.

Comme si le sexe c’était pas important, c’était pas digne, comme si ça nous autorisait à nous traiter n’importe comment à mal nous parler. Comme si on pouvait utiliser l’autre “le plan”, enfin une partie du corps de l’autre “le cul”…juste un “plan cul”

Tout est dit.

Je remarque d’ailleurs qu’on ricane quand je dis amitié sexuelle alors qu’on accepte sans ciller que d’autres disent des plans culs pour décrire des relations qui n’en sont pas.

Pourquoi ne pas accepter que les relations se placent sur un spectre ? Il y a des milliers de façons d’avoir des relations qui impliquent du sexe (ou pas, d’ailleurs).

PS : mon seul plan cul… j’ai été son plan déménagement…

Ironie de l’histoire. La seule fois où j’ai eu ce que je qualifierais d’un “plan cul”… je l’ai quand même aidée à déménager. Quand je te dis “aider à déménager”, je ne te parle pas de transporter deux ou trois cartons, hein ? Je te parle de faire quatre heures de déménagement à 5. Je te parle de porter une machine à laver de 100 kg dans 4 étages d’escaliers.

Souvent les gens me disent mais comment c’est possible que tu fasses ça pour une meuf ? T’avais forcément un attachement ?

Bah… même pas ? Pas du tout, même. Mais elle était en galère… elle m’a demandé de l’aide. J’ai dit oui. Parce que… je sais pas ? C’est un humain ? On doit forcément déshumaniser l’autre parce qu’on partage du sexe avec ?

Accessoirement, j’avais pas bien compris que c’était un déménagement aussi hardcore. Mais c’est une autre histoire…

Où ai-je volé ça ?

Les citations viennent de l’excellent podcast Le coeur sur la table :

Tu les retrouveras dans le deuxième épisode : Le plan cul et la vieille fille à chats