J’ai toujours aimé parler. Mais j’ai aussi toujours eu des problèmes d’élocution. Quand j’étais en maternelle, je n’arrivais pas à prononcer le son ch. Un de mes souvenirs d’enfance les plus vieux c’est moi en train de dire : venez on joue à casse-casse et tout le monde qui rigole…
Une fois que j’y suis parvenu j’ai eu le problème du zozotement. Si bien qu’en dernière année d’école de commerce, en 2011, l’examinatrice de l’oral de validation de mon mémoire m’a dit : il faut faire quelque chose, on ne vous prendra jamais au sérieux avec ce zozotement.
Ça s’est atténué progressivement, je ne saurais pas dire comment. Mais je crois que c’est le fait de beaucoup tourner des vidéos qui m’a aidé.
Dans le même temps, il y avait le problème d’articulation associé à un haut débit, surtout quand j’étais fatigué. D’ailleurs, les gens disaient souvent t’as dû bien dormir, t’as la pêche. Je leur expliquais que c’était l’inverse.
J’ai encore le problème aujourd’hui.
Enfin, y’a deux moments où parler me demande un effort surhumain :
Quand je viens de me réveiller (mais genre la première heure, pas juste 5 minutes)
Quand je suis submergé émotionnellement où là je suis muet
Mais… je pensais que c’était pareil pour tout le monde. J’étais même vexé quand une personne semblait ne pas comprendre ça.
Et bien, en moins de deux ans :
J’ai découvert que les shutdown autistiques peuvent déclencher du mutisme
Que beaucoup d’autistes ont une forme de difficulté d’élocution sans aller jusqu’à être non oralisant·e
Qu’une personne bègue pensait que j’étais bègue (et elle a probablement raison c’est juste que je n’ai pas creusé la question)
Mais surtout : en prenant de la ritaline j’ai compris à quel point parler est une souffrance permanente pour moi.
Parce que, sous ritaline, cette souffrance a disparu (en tout cas pendant le premier mois de prise). D’un coup j’ai compris que parler c’est censé être un acte facile, que c’est pas censé consommer autant d’énergie.
Attention, ça veut pas dire que je n’aime pas parler : je l’ai dit plus haut. Ça veut dire que c’est comme un sport pour moi.
Et… c’était ma deuxième révélation.
Bon… je me rends compte que, comme celle d’hier, c’est encore une réalisation accompagnée par la ritaline. C’est absolument pas pour te dire que c’est magique, d’autant plus qu’en ce moment j’hésite à continuer. Mais il se trouve que ça m’a permis des révélations en me donnant l’impression de ressentir enfin ce que les autres personnes ressentent en temps normal.
