Mon alliée dans l'autisme et la vie
Le truc qui m’a le plus choqué en appelant les autistes de mon audience c’est à quel point elles sont souvent seules dans leur quête d’aménagement, au sein d’un couple.
C’est vraiment le truc où je me sens le plus loin. Je vais te raconter comment ça s’est passé de mon côté.
Ne pas savoir que j’étais autiste a signé l’arrêt de mort de notre couple
On avait fini par abandonner. La spirale était juste infernale. En gros, on avait une dispute qui débouchait sur mon incapacité à parler et à continuer la discussion.
Je dis “incapacité” parce que je suis un homme et que je n’accepte jamais de m’infliger une douleur supérieure à 6/10. Mais j’ai remarqué que mes amiEs autistes vivaient exactement la même douleur mais se faisaient violence pour continuer à parler.
Parfois, je revenais une fois que l’état était passé. Mais souvent ça créait une cascade d’autres crises, parce que je revenais trop tôt.
Parfois, je ne revenais pas. Alors on se quittait pendant quelques semaines ou mois.
Et tu mets ça sur repeat.
C’était extrêmement nocif.
À cette époque, ni elle ni moi ne comprenons que je vis des shutdowns autistiques et que j’enchaîne avec des shut outs.
Alors elle me dit que ma réaction est extrêmement sexiste, je lui réponds que c’est elle qui a des biais racistes qui l’empêchent de comprendre qu’un noir a des émotions. Je suis évidemment incapable de différencier racisme et validisme (l’oppression qui touche les personnes handicapées).
Nous avons tous les deux raison.
Me reprocher de ne plus pouvoir parler pendant un shutdown est une violence validiste. Mais le shut out est bel est bien ancré dans le sexisme. Quelle est la différence entre les deux ?
Le shutdown c’est quand une personne autiste est submergée par des triggers qui se sont accumulés et la pousse à se renfermer sur elle-même. Certaines personnes arrêtent de parler, d’autres ont besoin de se mettre dans le noir, d’autres d’aller dans le silence, d’autres de s’allonger, d’autres un mélange de tout ça… Le shutdown autistique touche aussi bien les hommes autistes que les femmes autistes. C’est l’autisme qui est en jeu.
Le stonewalling c’est quand une personne (principalement un homme) décide de faire de l’obstruction de communication afin d’assoir sa domination sur sa partenaire. Que ça soit “par le silence, le monologue monotone, le changement de sujet et l’éloignement physique de la situation, par exemple en quittant la pièce”. C’est le sexisme qui est en jeu.
Le shutout autistique c’est quand un homme autiste continue à couper la communication avec sa partenaire même après s’être remis du shutdown. Il se comporte donc “normalement” avec les autres, mais continue d’éviter de parler à sa compagne. La plupart des autistes qui font des shutouts sont des hommes. C’est l’autisme et le sexisme à la fois qui sont en jeu.
Parce que l’homme autiste qui fait ça est bel et bien victime de sa peur de revivre la violence d’un shutdown mais profite également de sa position de domination masculine.
D’ailleurs je voyais bien que, oui, le début (shutdown) ressemblait bien à ce que j’imaginais être un mec toxique et à plus forte raison la suite (shutout). Mais je savais aussi que j’avais extrêmement mal quand je faisais ça.
Ce qui est fou c’est que depuis que je le sais, je suis désormais capable de me raisonner quand j’entre dans la phase où le shutout me tend les bras.
Le “joker” de l’autisme
Tu ne peux pas effacer des années de validisme en un claquement de doigt. Déjà que c’est impossible quand on parle de racisme ou de sexisme alors que ce sont des oppressions qui ont été fortement médiatisées…
Moi-même, avant de parler d’autisme, j’avais très peu de connaissances sur le validisme. Au point que sur Twitter, j’avais l’impression que les militant·es antivalidistes disaient au hasard qu’un truc était validiste.
J’étais totalement ignorant.
Alors il a fallu une période d’ajustement où elle et moi on a appris.
Heureusement, elle est très engagée dans le féminisme, j’ai été immergé dans l’antiracisme et du coup on avait déjà certaines bases qui se transposaient.
Par exemple, les militantes féministes disent souvent les hommes proposent de faire du 50-50 des tâches ménagères sans se rendre compte qu’il y a toute une partie de la charge qu’ils ne connaissent même pas.
C’est pareil ici. Forcément la première intuition est de dire je vais te rejoindre à mi-chemin.
J’ai immédiatement refusé et revendiqué davantage. Parce que ce que l’autre pense être du 50-50 bah, en fait, j’en suis déjà à 80% des efforts (qui lui sont invisibles) et donc la proposition c’est que je fasse encore 10% et qu’elle fasse 10%.
C’est injuste.
Mais même en admettant que ça soit vraiment 50-50, ça resterait un problème.
Pourquoi ? Parce que les allistes n’ont pas l’effort à faire dans le reste de leur vie. La personne autiste, si elle fait 50-50 avec toutes les personnes allistes, à la fin de la journée elle a dépensé une énergie folle. Parce que 95% des gens sont allistes.
Tant que ce n’est pas pleinement compris, ton/ta partenaire peut croire qu’il s’agit d’une excuse ou d’une carte joker.
Alors qu’un des piliers pour pouvoir désintoxiquer une oppression systémique c’est que les personnes alliées commencent toujours par croire ce que disent les personnes concernées.
Ça ne veut pas dire qu’un Noir aura toujours raison quand il te dit que ton propos est raciste. Ça veut dire que la probabilité est si élevée et c’est si relou de gérer le scepticisme que la bonne position est de partir du principe que c’est vrai. Quitte à le challenger ensuite.
L’importance de former l’autre
Vraiment… je me tue à le dire mais ça ne devrait pas être négociable : si tu es autiste alors la personne qui t’aime le plus doit se former à l’autisme.
Si tu avais un diabète alors la personne qui t’aime le plus devrait se former au diabète.
Si tu es une femme et que ton partenaire est un homme alors il doit se former au féminisme.
Si tu es autiste alors la personne qui t’aime le plus doit se former à l’autisme.
Bien sûr, tu peux l’accompagner. N’oublie pas que tu as mis des années à découvrir que tu étais autiste et à t’intéresser au sujet. C’est normal qu’iel ait besoin d’aide pour y arriver.
Mais ça n’est pas négociable.
La personne DOIT développer une curiosité sur le sujet. Précisément parce qu’une des caractéristiques du validisme c’est qu’il prospère sur le luxe de l’ignorance.
Or, l’ignorance est le premier des privilèges.
Mais, au-delà de ça, une personne qui t’aime toi, sachant que tu es autiste… devrait s’intéresser à l’autisme pour mieux te connaître. Ça me paraît juste le minimum minimorum. Ce n’est même pas un objectif pour moi, c’est le minimum requis.
Et… se former c’est pas forcément un truc austère. Certes, j’ai obligé ma compagne à lire Unmasked mais c’est parce qu’elle est prof de lettres et qu’elle lit 2 livres par semaine.
Mais en réalité lire Unmasked a été beaucoup moins efficace que regarder ensemble des séries avec un personnage autiste.
Déjà parce qu’elle avait beaucoup plus de temps à dédier là-dessus. Quand on est ensemble on regarde déjà plein de séries. Ensuite parce que ça met une incarnation concrète.
Bien sûr que quand ma compagne a vu Louison dans Aspergirl s’emmurer dans le silence parce qu’elle était submergée ça l’a beaucoup plus touchée qu’en lisant la définition théorique du shutdown dans un livre.
Bien sûr que quand elle m’a vu pleurer devant le rejet que subit Iris dans Iris ça lui a parlé beaucoup plus que la théorie.
Bien sûr que quand elle s’est reconnue dans les comportements de Fred, le conjoint de l’héroïne autiste dans Différente, elle a vu ce qui était validiste. C’était d’autant plus facile que pour le coup dans cette histoire c’est la meuf qui est autiste et le mec qui ne l’est pas, donc on voit bien que Katia n’est pas dans le sexisme quand elle arrête de parler par exemple.
Bien sûr qu’ensuite, j’ai pu lui dire à des moments mais là tu te comportes exactement comme Fred, le film c’était pas censé être un manuel à appliquer !
Bien sûr que, malgré les énormes défauts de la série Atypical (on y est souvent plus proche de la caricature que de la représentation) ça a été une bonne porte d’entrée pour comprendre
Et je suis dégoûté qu’elle n’ait pas accroché à HeartBreak High (remake de 2022) parce que y’a dedans une scène qu’on a vécu plusieurs fois quasiment mot pour mot entre le personnage autiste et sa partenaire. L’enjeu du validisme est encore plus frappant car là c’est un couple lesbien donc y’a vraiment pas la dynamique sexiste à distinguer.
Fun fact : la saison 3 est sortie aujourd’hui (hier pour toi) et je n’ai pas encore pu regarder car je suis trop à fond sur le lancement de mon programme d’accompagnement.
J’aurais aimé qu’elle accroche aussi à Geek Girl mais là plutôt pour qu’elle reconnaisse sa soeur qui selon moi est autiste.
Mais avec les précédentes ça fait déjà des heures et des heures passées sur le sujet de l’autisme, ensemble.
D’ailleurs, on a désormais un nouveau jeu : dire quel personnage est autiste dans les séries où ce n’as pas été pensé comme tel.
Elle est convaincue que Barney Stinson de How I met your mother et Bree Van de Kamp de Desperate Housewives sont autistes et elle m’a convaincu…
Mais surtout, cette compétence lui sert dans la vie réelle où elle peut désormais se rendre compte qu’un de ses élèves est autiste, l’aider, etc.
Toute personne devrait avoir les connaissances minimales pour détecter une personne autiste.
Mais a fortiori une personne qui est en couple avec un·e autiste.
Voilà… bien sûr, je sais que j’ai aussi la chance incroyable d’avoir quelqu’un qui a été prête à s’engager avec moi sur ce chemin. Mais la récompense à la clé c’est un renforcement inouï de la relation : d’un coup on se comprend beaucoup beaucoup mieux.
Ce que je viens de te raconter c’est le SEUL truc que les personnes de mon étude de marché ne m’ont pas demandé. Parce que 90% étaient des femmes autistes qui avaient renoncé à l’idée même que leur mec puisse s’embarquer avec elles.
Mais j’ai quand même mis cette dimension dans mon programme : le GPS Autistique. La phase 2 du programme s’appelle Gérer les passagers et elle est entièrement dédiée à ça : apprendre à poser tes limites, communiquer tes besoins mais aussi faire de ton proche un allié (évidemment dans la mesure du possible, on peut pas forcer quelqu’un qui ne veut vraiment pas).
⚠️ Je n’ai plus qu’une seule place pour un appel de présentation. Après ça je clôture pour passer à la production.
C’est donc vraiment maintenant ou jamais pour réserver ton appel de 45 minutes mardi 01, jeudi 02 ou vendredi 03 avril. Attention, tu vas voir encore plein de créneaux sur chaque jour mais c’est parce que je mets plein de possibilités pour la souplesse. En revanche l’outil est réglé pour arrêter net de proposer des RDV quand on arrive à 12 par semaine et là on est à 11.
Donc si tu veux discuter avec moi pour qu’on évalue si oui ou non le GPS correspondrait bien à tes problématiques réserve ton appel de 45 minutes maintenant.
PS : si tu fais partie des gens qui ne sont jamais dispos avant 16h30 et que ça fait plusieurs fois que tu cherches en vain un créneau le soir, écris moi directement par retour d’email et on se trouvera un créneau que je t’ajouterai manuellement, genre entre 17h et 18h30.
