[Micro-Pensée] Les mots que tu envoies à un artiste comptent

Souvent, quand je raconte comment je suis sorti de ma panne d’écriture pour créer l’Atelier, j’oublie une partie importante. Par pudeur.

Une personne a joué un rôle crucial et ne le sait même pas. Je ne lui ai pas dit merci. Je ne lui ai même pas répondu. C’est bête… j’ai beaucoup de mal à dire merci.

Retour sur cette histoire qui se déroule il y a un peu plus d’un an.

Sans aucune raison, je reçois ce message

J’ai été surpris car il venait de quelqu’un avec qui j’avais perdu contact. Une camarade d’école de commerce.

Depuis la fin de l’école, on s’était parlé 5 fois sur messenger. Une fois, en 2015, pour dire qu’on était pas Charlie. Je me rappelle de cette chaîne de solidarité qu’il y a eu entre racisés pour dire en privé notre incompréhension. Ce moment où on s’envoyait des messages entre nous en disant “ah mais toi non plus ! Ouf ça me rassure, je pensais que j’étais fou”.

Un jour je t’en parlerai, mais ce n’est pas le sujet aujourd’hui.

Une autre fois, en 2016, on a parlé de la fonction “autres messsages” de messenger.

En 2018, elle m’a envoyé une pétition pour instaurer le référendum d’initiative citoyenne.

En 2019, un appel à témoins d’un journal qui cherchait des personnes polyamoureuses.

Voilà : c’est l’intégralité de notre historique de conversations.

Ce soutien est arrivé pile au bon moment

J’ai arrêté d’écrire suite à un article sur la non-monogamie. Cet article avait déclenché des réactions d’une violence monstrueuse :

Certaines personnes ont suggéré à mon employeur de me licencier, d’autres m’ont envoyé des passages de la Bible pour m’exorciser.

J’ai eu également des plein de messages de soutien de personnes me remerciant d’exprimer ce qu’elles pensaient mais ne pouvaient assumer en public. Mais, forcément, on est davantage marqué par les messages négatifs.

Suite à ça, pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti un blocage d’écriture. Au début je ne l’ai pas identifié comme tel. Puis, à force, j’ai fini par me rendre à l’évidence : je n’écrivais plus.

La colère m’a remis sur pied mais…

On parle souvent négativement de la colère. On oublie qu’elle a un rôle. Toutes nos émotions ont un rôle. La colère permet de nous protéger et de nous motiver. Je t’en ai déjà parlé : c’est la colère face au blackface du Slip Français qui m’a vraiment remis en selle.

Mais le terrain avait été préparé par ce message de soutien qui venait de nulle part…

Mon écriture manquait à quelqu’un

C’est bête mais juste le fait de voir que quelqu’un disait que mon écriture lui manquait, qu’elle avait pris le temps de m’écrire (alors qu’on s’écrit quasiment jamais) pour le dire… ça m’a secoué.

Que mes proches me le disent, c’est “normal”. Quand c’est quelqu’un de plus lointain, ça fait un autre effet.

J’avais déjà pris la décision de revenir à l’écriture. Mais… comme j’ai pris la décision d’habiter à Lyon un jour, il y a 6 ans… et je suis encore à Paris.

Prendre une décision ne suffit pas à l’accomplir. Et je pense que ce message y est pour beaucoup dans le fait que j’ai vraiment mis ma décision à exécution.

Merci à toi qui te reconnaîtra

Alors… avec plus d’un an de retard : merci.

Morale de l’histoire ? Ce qu’on dit compte

Parfois j’hésite à écrire un mot d’encouragement à un artiste. Je me dis que la personne doit en recevoir plein et qu’elle ne le lira pas. Mais en fait tu ne sais pas. Certains artistes très connus ont avoué qu’ils lisaient TOUS les messages même s’ils ne pouvaient pas y répondre.

Envoyer un petit mot d’encouragement ça compte toujours. Et parfois ça compte plus que ce qu’on ne croit.

Ceci est évidemment valable hors des artistes. On prend toujours le temps de faire des retours négatifs. On prend moins souvent le temps de faire des retours positifs.

C’est Valentine (celle que j’ai accueillie sur le Syndrome de La Page Noire) qui m’a fait remarqué ça.

Et si, aujourd’hui, tu faisais un petit mot d’encouragement à quelqu’un dont tu apprécies le travail ou la présence ?