Martin Luher King n'était PAS un marxiste
Hier je t’ai montré pourquoi il était perçu ainsi par la droite de l’époque. Mais dans son livre Where Do We Go from Here: Chaos or Community?, il est très clair sur le fait que c’est ce qu’on appelait chez nous un socialiste. Ou un social-démocrate.
On est à la fin du livre et je t’épargne ses prédictions sur l’avenir technologique où il dit qu’on ira bientôt sur la Lune (bien vu) et qu’on travaillera bientôt très peu à cause de l’automatisation (très mal vu).
Allons directement sur sa conclusion : la guerre contre la pauvreté.
Il n’y a rien de nouveau dans la pauvreté. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que nous disposons désormais des ressources nécessaires pour nous en débarrasser
(…)
Aujourd’hui, la question qui doit être posée est donc la suivante : pourquoi devrait-il y avoir faim et privation, dans quelque pays, dans quelque ville, à quelque table que ce soit, alors que l’humanité possède les ressources et les connaissances scientifiques nécessaires pour fournir à tous les besoins essentiels de la vie ?
(…)
Il n’y a pas de pénurie de ressources humaines ; la pénurie réside dans la volonté humaine.
Le moment est venu de mener une guerre totale contre la pauvreté à l’échelle mondiale.
(…à)
La première étape dans cette lutte mondiale contre la pauvreté est un engagement passionné. Toutes les nations riches — les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie, le Canada, l’Australie, ainsi que celles d’Europe occidentale — doivent considérer comme une obligation morale le fait de fournir des capitaux et une assistance technique aux régions sous-développées.
Ces nations riches n’ont jusqu’à présent qu’effleuré la surface dans leur engagement. Il est désormais nécessaire de mettre en place une stratégie globale de soutien. Une aide sporadique et dispersée ne suffira pas et ne permettra pas de soutenir la croissance économique. Il faut un effort continu sur de nombreuses années. Les nations riches du monde doivent lancer sans tarder un vaste plan de type « plan Marshall » durable pour l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Si elles consacraient seulement 2 % de leur produit national brut chaque année pendant dix ou vingt ans au développement des nations sous-développées, l’humanité ferait un grand pas vers la conquête de cet ennemi ancien : la pauvreté.
Mmmmm ça sonne un peu comme le discours colonial, dit comme ça ? Heureusement…
Le programme d’aide que je propose ne doit pas être utilisé par les nations riches comme un moyen dissimulé de contrôler les nations pauvres. Une telle approche conduirait à une nouvelle forme de paternalisme et de néocolonialisme qu’aucune nation digne de respect ne pourrait accepter. En fin de compte, les programmes d’aide internationale doivent être animés par un effort sincère et engagé pour éradiquer la pauvreté, l’ignorance et la maladie de la surface de la Terre. Un argent dépourvu de véritable empathie est comme du sel sans saveur : il ne sert à rien, sinon à être foulé aux pieds.
L’Occident doit entrer dans ce programme avec humilité, avec repentir, et avec la lucidité que tout ne se déroulera pas toujours selon ses intérêts. Il ne faut pas oublier que les puissances occidentales étaient encore récemment des puissances coloniales. La maison de l’Occident est loin d’être en ordre, et ses mains sont loin d’être propres.
Le communisme n’est pas la solution…
Snif, snif… c’est ici que Martin et moi on se sépare. C’est un pur social-démocrate et non pas un gauchiste pur.
La vérité ne se trouve ni dans le capitalisme traditionnel ni dans le communisme classique. Chacun représente une vérité partielle. Le capitalisme échoue à voir la vérité du collectivisme. Le communisme échoue à voir la vérité de l’individualisme. Le capitalisme ne comprend pas que la vie est sociale. Le communisme ne comprend pas que la vie est personnelle. La société bonne et juste n’est ni la thèse du capitalisme ni l’antithèse du communisme, mais une démocratie socialement consciente qui réconcilie les vérités de l’individualisme et du collectivisme.
(…)
Les problèmes auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés exigent des solutions qui dépassent les slogans. En dernière analyse, les slogans de droite sur le « contrôle gouvernemental » et le « socialisme rampant » sont aussi vides de sens et immatures que les slogans des Gardes rouges chinois contre le « révisionnisme bourgeois ».
Une approche intelligente des problèmes de pauvreté et de racisme nous amènera à comprendre que les paroles du psalmiste — « La terre appartient au Seigneur, et tout ce qu’elle contient » — demeurent un jugement sur notre usage et notre abus des richesses et des ressources dont nous avons hérité.
Une véritable révolution des valeurs nous conduira bientôt à remettre en question l’équité et la justice de nombreuses politiques passées et présentes. Nous sommes appelés à jouer le rôle du Bon Samaritain sur le bord de la route de la vie ; mais cela ne sera qu’un premier acte. Un jour, toute la route de Jéricho devra être transformée afin que les hommes et les femmes ne soient plus battus et dépouillés au cours de leur parcours dans la vie. La véritable compassion est plus que le fait de jeter une pièce à un mendiant ; elle comprend qu’un système qui produit des mendiants doit être restructuré.
Bon…. bah en même temps… c’est un Pasteur, quoi. Bien sûr que sa réponse à tout c’est La Bible.
Ce type de révolution positive des valeurs constitue notre meilleure défense contre le communisme. La guerre n’est pas la solution. Le communisme ne sera jamais vaincu par l’usage de bombes atomiques ou d’armes nucléaires. Ne rejoignons pas ceux qui appellent à la guerre et qui, sous l’effet de passions mal guidées, exhortent les États-Unis à se retirer des Nations Unies. Nous vivons une époque qui exige retenue, sagesse et sang-froid. Nous ne devons pas traiter de communiste ou d’« appeaser » quiconque plaide pour l’intégration de la Chine rouge aux Nations Unies, ou qui reconnaît que la haine et l’hystérie ne sont pas des réponses durables aux problèmes de ces temps troublés. Nous ne devons pas nous engager dans un anticommunisme négatif, mais plutôt dans un élan positif en faveur de la démocratie, en comprenant que notre meilleure défense contre le communisme consiste à agir activement en faveur de la justice. Nous devons, par des actions concrètes, chercher à éliminer les conditions de pauvreté, d’insécurité et d’injustice, qui constituent le terreau fertile dans lequel germent et se développent les idées communistes.
(…)
Une véritable révolution des valeurs signifie, en fin de compte, que nos loyautés doivent devenir universelles plutôt que sectaires. Chaque nation doit désormais développer une loyauté prioritaire envers l’humanité dans son ensemble, afin de préserver ce qu’il y a de meilleur dans chacune de ses sociétés.
Et… c’était Martin Luther King. Enfin… mon interprétation.
J’ai choisi les extraits que je te montre. J’aurais pu très bien te faire la version de l’école en te prenant uniquement les passages où il engueule les militants Noirs qui prennent la voie des manifestations armées. Ces passages existent bel et bien. Mais selon moi ça traduit mal le sens du livre.
Ta seule manière de te faire une idée complète et fidèle est d’aller toi-même lire ce livre.
Et… si tu as aimé ma retranscription de Luther King, tu aimeras probablement cet article que j’ai écrit il y a quelques années :

Ce qu'il décrit c'est la doctrine sociale de l'église et la théologie de la libération non ?