Mai 2023, Paris : "Vous êtes Borderline"
Récit d'une énième violence thérapeuthique qu'une psy m'a infligée
“Je suis catégorique, vous êtes Borderline”.
Ce sont les mots de la psy Laïla Jebbari. Une déflagration.
Mais commençons par le début.
Un premier contact singulier
08 octobre 2022, Line Foëzon me vire brutalement après un an de psychanalyse. J’ai raconté cet événement ici :
J’avais alors immédiatement plongé dans la plus grave dépression de ma vie, celle où j’ai été le plus proche de passer à l’acte suicidaire. Paradoxal quand on va voir un·e psy, hein ?
Mai 2023, ma compagne et moi entamons une thérapie de couple. La première séance de thérapie se déroule pas trop mal. Retourner dans ce contexte me redonne l’envie de remonter à vélo et de réessayer une thérapie personnelle. Cette fois, je fais bien attention à ne surtout pas prendre un·e psychanalyste. J’appelle une psy du même cabinet qui se présente comme étant une psy “intégrative.” Je ne sais pas ce que c’est mais y’a pas “psychanalyste” donc ça va.
Elle ne décroche pas. Entre temps, il m’arrive un événement rocambolesque qui va me générer une énorme crise de panique. Manque de pot… elle me rappelle exactement à ce moment. Je ne sais même plus ce que je lui ai dit mais je me rappelle que je bafouillais, que je m’excusais car j’étais en crise d’angoisse, je lui résumais les trucs rocambolesques en me disant que y’a zéro chances qu’elle puisse y croire car moi-même je n’y croyais pas.
Elle a dû penser que je faisais un épisode psychotique. En tout cas c’est ce que j’aurais pensé à sa place. On se donne RDV.
Entre temps, la deuxième séance de thérapie de couple se passe très mal. La psy suggère que j’ai moins d’émotions que ma compagne. Et là je me mets dans une colère froide, je dis que c’est un propos inacceptable. Ma compagne lui dit que c’est un préjugé raciste.
D’ailleurs tu remarqueras que quand les blancs disent aux noir·es qu’iels n’ont pas d’émotions c’est toujours la tristesse, l’émotion qui humanise. Iels veulent pas dire que tu ne ressens pas la colère. Au contraire, y’a le préjugé des noir·es toujours en colère, surtout les femmes noires.
Première séance avec Jebbari
Ça commence très mal.
C’est fou d’être psy et de laisser les gens porter toute cette charge mentale. Je passe plusieurs minutes à angoisser, à ne pas savoir quoi faire. Surtout que ce n’est pas fini : elle ne se dit pas ok je vais lui donner la prochaine indication.
Au lieu de ça je suis bêtement dans la cour, sans savoir dans quel bâtiment entrer ni où sonner. J’attends plusieurs minutes puis je commence à rédiger :
Je suis désolé, je suis dans un état trop vulnérable psychologiquement pour faire un escape game
Pile à ce moment elle sort sa tête par une fenêtre et me donne les indications.
La séance commence. J’explique que je viens parce que je souffre du fait que les personnes autour de moi ne reconnaissent pas ma tristesse.
En même temps, là vous me dites que vous êtes triste, mais je vois pas l’émotion sur votre visage
Ah ?
La séance se termine et elle me dit que faut payer en liquide. Je lui demande si elle peut pas prendre un Lydia ou un virement, elle refuse.
Pire encore… on ne peut pas réserver sur Doctolib et elle n’a pas de créneau récurrent. Il va donc falloir à chaque fois synchroniser nos calendriers. Quel enfer.
La seule date qu’elle peut me proposer et qui colle, elle devra être en visio. Ça me va.
“Je suis catégorique”
Je lui explique comment la première psy a mis unilatéralement fin à la thérapie, comment ça m’a plongé en dépression. Elle me demande si je ne l’ai pas imaginé. Je la regarde avec interrogation et elle me sort le fameux :
Vous êtes Borderline
Elle rajoute que du coup c’est pas un hasard si cette première psy m’a viré, que ça se passera pareil avec tous·tes les psys.
Imagine la violence. Heureusement que je m’étais globalement reconstruit depuis… sinon ça aurait pu être le coup de grâce.
S’ensuit une heure où elle va essayer de me convaincre. Elle affirme que je fais des dissociations. Je lui réponds que non.
Maintenant que j’ai du recul je sais qu’un shutdown autistique peut être vu comme une forme de dissociation, je comprends pourquoi elle a dit ça. Mais sur le moment je me dis que c’est à cause du premier appel pendant la crise de panique.
Puis elle enchaîne avec un autre “symptôme” :
- La colère disproportionnée
- Je n’ai pas de colères disproportionnées
- Avec ma collègue, la dernière fois ?
- Hein ? Mais vous n’étiez même pas là !
Et c’est là que je comprends : elle est en défense de sa collègue à qui j’ai dit qu’elle avait un angle mort raciste. C’est donc ça une colère disproportionnée ? Demander à une blanche de retirer un vous n’avez pas d’émotion ? Sans crier, sans menacer ? J’essaie de lui expliquer, en vain.
Un autre symptôme selon elle : je suis incohérent/instable et elle le voit au fait que je pratique la non-monogamie consentie. Évidemment elle dit pas ça, elle dit “polygamie”.
Je lui interdis d’utiliser ce mot, en disant qu’on dit jamais des blancs qu’ils sont polygames, on dit toujours polyamoureux ou libertins. Elle me regarde avec une tête comme pour confirmer : voilà bien la preuve qu’il est fou.
Elle me rajoute que j’ai peu d’estime de moi. Je réponds que si y’a bien UN truc dans la vie duquel je doute pas c’est que j’ai une énorme estime de moi, je suis ma personne préférée.
Avec le recul, heureusement qu’elle a dit ça car c’est là que j’ai commencé à me dire non mais elle dit juste n’importe quoi.
Elle finit en disant qu’elle est catégorique : je suis borderline. Elle le répète trois fois.
Elle a même un argument imparable :
Si moi je ressens ça alors c’est pareil dans toutes vos relations parce que ce qui se joue avec la psy dans la psychothérapie c’est une réplique de nos relations aux autres.
Je réponds que ça sonne beaucoup comme de la psychanalyse et que y’a aucune chance que cette déclaration s’appuie sur une preuve scientifique.
Elle insiste sur le fait qu’on doit traiter mon trouble borderline, qu’il faut un objectif thérapeutique. Je rappelle que j’avais déjà défini l’objectif : traiter la souffrance du fait d’avoir ma tristesse incomprise, surtout par les blancs.
La torture s’arrête enfin, elle me demande si je peux lui faire un Lydia. J’ai envie de l’insulter. Elle m’avait dit refuser les virements au point que j’ai dû partir, trouver un distributeur, revenir en son absence et lui déposer 80€ de cash sur une table comme au moyen-âge :
Mais maintenant que ça l’arrange elle veut un virement ?
P.T.D.R. Je lui dis que non je préfère qu’on règle ça la prochaine fois qu’on se voit.
La déflagration
Je suis suis sécoué. Je tape “borderline” dans Google et je tombe sur ça :
Une tendance persistante à des relations, une image de soi, et des émotions instables (c’est-à-dire, une dysrégulation émotionnelle) et à une impulsivité prononcée
Cette tendance persistante est illustrée par ≥ 5 des éléments suivants:
Des efforts désespérés pour éviter l’abandon (réel ou imaginaire)
Des relations intenses instables qui alternent entre idéalisation et dévalorisation de l’autre
Une image et un sens de soi instables
Une impulsivité dans ≥ 2 domaines qui pourraient être autolésionnels (p. ex., rapports sexuels non protégés, frénésie alimentaire, conduite imprudente)
Un comportement, des gestes et/ou des menaces suicidaires ou d’auto-mutilation répétés
Des sautes rapides d’humeur, qui durent généralement quelques heures et rarement plus de quelques jours
Sentiments persistants de vide
Une colère intense inappropriée ou des difficultés à contrôler la colère
Des pensées paranoïdes temporaires ou des symptômes dissociatifs graves déclenchés par le stress
On dirait qu’on a voulu écrire l’inverse de moi. Je n’ai aucune peur de l’abandon, je n’ai même jamais compris le concept. J’ai des relations extrêmement stables. Idem pour mon image de moi. Encore moins un sentiment de vide.
Je me sens très mal, un peu comme si j’étais fou mais que je le savais pas. Si ça se trouve je perds régulièrement conscience pendant des dissociations et je deviens comme ça ?
Je demande à mes proches qui me disent que non. À ce moment je dis à ma meuf que je me reconnais davantage dans psychopathe que borderline et que donc c’est pas par psychophobie que je veux me distancier de ce diagnostic.
Je poste même la définition de Borderline dans le Slack avec tous mes collègues pour leur demander leur avis. Tout le monde réagit en disant que c’est pas du tout moi.
Une fois remis de mes esprits, je décide que quand j’y retournerai, ce serait pour avoir des excuses où arrêter. Surtout qu’elle m’a donné RDV plus de 3 semaines après ! Le temps de mariner.
J’attends des excuses
29 mai 2023.
Je commence direct en lui demandant de m’expliquer pourquoi elle m’avait affirmé aussi catégoriquement un diagnostic aussi faux que : Borderline. Elle fait ce truc de psychanalyste insupportable de retourner les questions, de demander pourquoi c’est si important pour moi. La technique de gaslighting ultime. Je ne lâche pas, j’exige qu’elle détaille, que dans le DSM je ne me reconnais pas. Elle bégaye un selon Freud.
Je la coupe :
- Mais pardon ? J’avais bien vérifié lors de la première séance que vous n’êtes pas psychanalyste?
- Je suis pas psychanalyste mais …
C’est là que je découvre que “intégrative” ça veut dire “je mélange des techniques”. Le souci c’est que si tu mélanges du caca et de l’eau ça reste du caca. Donc si dans ton mélange tu mets de la psychanalyse…
- Ok mais est-ce que je peux avoir quelque chose qui est dans le DSM et non dans des manuels d’astrologie ?
Elle bégaie encore. Elle refuse à 3 ou 4 reprises de s’excuser.
On finit par reparler de racisme. Une personne racisée n’est pas forcément antiraciste. Et là je découvre à mon grand effroi qu’elle ne l’est effectivement pas du tout. Elle m’affirme que le racisme antiblanc existe, qu’elle l’a vu de ses yeux en Afrique, blabla.
La séance s’arrête. Je vais vers la sortie. Elle me dit que je lui dois 2 séances avec la précédente. Je lui réponds :
Moi, je ne considère pas que vous avez travaillé.
J’arrive dehors. Le hasard du calendrier veut que c’était pile le moment où j’offrais gratuitement une formation pour se désintoxiquer du racisme. Je lui envoie ce sms :






Ce mic drop final 🤌
Le niveau de sac à merde est quand même INSANE. Imagine la quantité de violences psys qu'elle doit infliger chaque jour.