Les zèbres/HPI sont autistes - 6 preuves
Y’a un livre qui a fait énormément de mal : Trop intelligent pour être heureux ?
C’est un ouvrage rempli d’absurdités. Ne serait-ce que le titre : l’intelligence, c’est comme l’argent ou la santé, bien sûr que ça contribue au bonheur.
Mais ce qui m’a le plus frappé en m’infligeant la lecture de ce livre c’est la description qui est faite de ce qui fait la personne surdouée.
#1 | Le sentiment de décalage
À cause de sa trop grande intelligence la personne surdouée se sentirait en permanence en décalage. Enfin… on sait pas trop, parfois elle dit que les personnes surdouées sont plus intelligentes et parfois elle dit que non ce sont des intelligences différentes et c’est cette différence qui induit le décalage.
#2 | Une hypersensorialité
L’autrice parle d’hypersensibilité mais ce qu’elle décrit ce sont deux choses différentes et qui n’ont absolument rien à voir. Premièrement ce qu’elle appelle « les capacités surdéveloppées des cinq sens », donc un hypersensibilité sensorielle.
#3 | Une hyperréactivité émotionnelle
Deuxièmement, un rapport aux émotions qui seraient différent :
« Quand ça déborde vraiment : la violence des réactions émotionnelles Contenir, se retenir… exploser. Alors tout devient incontrôlable. Les émotions débordent. Le comportement s’emballe. La violence de la crise est d’autant plus impressionnante que le point de départ peut paraître insignifiant. Un seuil émotionnel est atteint qui ne peut plus être élaboré ni canalisé. C’est l’hyperréactibilité émotionnelle, qui s’explique par un seuil de réactivité significativement plus bas chez les surdoués, la capacité de régulation émotionnelle étant moins élevée. En clair : un surdoué réagit beaucoup plus fort à des plus petites choses. »
#4 | Une hyper empathie
Ici elle décrit carrément une ingérence émotionnelle, le fait de se sentir submergé·e par les émotions des autres
#5 | Une pensée visuelle exacerbée
Une forme d’intelligence intuitive et qui procède avant tout par les images
#6 | Une pensée en arboresence
Alors là c’est extrêmement confus. Parfois elle décrit la capacité créative, ce qu’on appelle la pensée divergente et que TOUS les humains ont. Parfois elle décrit simplement une hyperactivité mentale.
En plus de ces 6 grands piliers elle va lister d’autres traits annexes comme :
une difficulté à comprendre le second degré (les implicites)
Ne pas comprendre le sens des mots : quand on ne décode pas les implicites
Marc, 24 ans, l’explique ainsi : « Pour moi, les surdoués ont un problème d’ordre sémantique. Quand un mot n’est pas utilisé dans le bon contexte sémantique, ce mot n’est pas compris. (…)
Pour un surdoué, la précision absolue est fondamentale, il comprend les choses au sens littéral. Pour qu’il saisisse ce que vous voulez lui dire, il faut lui expliquer le contexte. Alors il donnera aux mots le même sens que vous. Et le partage redeviendra possible. Sinon il ne comprend pas. (…)
Cette difficulté à décoder les implicites ordinaires donne parfois la sensation au surdoué, petit ou grand, qu’il ne comprend rien au monde. Cela renforce son sentiment d’étrangeté et de décalage. Puisque tout le monde semble fonctionner de la même façon et que moi je n’y arrive pas, alors c’est moi qui ne suis pas normal !
l’hyperlexie (le fait d’avoir appris à lire avant le CP)
La lecture, souvent avant l’heure. Comprenez le tempo habituel, la fameuse frontière du CP. Pourquoi lit-il ? Parce qu’il cherche à comprendre le monde et qu’il saisit très vite que l’accès au langage lui ouvrira les portes de l’infini. Et justement, lui, l’infini, c’est son truc ! Alors il demande à apprendre.
l’allergie à l’injustice
Déjà très jeunes, ils ne supportaient pas l’injustice, à l’adolescence, ils ne peuvent admettre les injustices du monde et les incohérences…
une obsession du contrôle
pour ne plus être assailli sans cesse par le doute et la peur, le surdoué cherche à tout maîtriser, à garder le contrôle. La plus grande partie de son énergie sera consacrée à cette mission qui parfois le dépasse : surtout ne pas se laisser déborder, surtout anticiper, surtout ne rien lâcher.
Ces mécanismes de contrôle pourront prendre diverses formes : les discussions sans fin, le refus d’accepter un ordre, une consigne, sans en avoir expurgé le sens, la vérification permanente pour ne pas laisser de prise au hasard, la recherche épuisante de la précision impossible, les rituels obsessionnels, la remise en question de tout et tout le temps.
un camouflage constant de qui on est : le faux-self
Le faux-self est un anglicisme couramment utilisé en psychologie pour désigner la personnalité déformée que se construisent certaines personnes pour protéger leur vrai moi. Le faux-self correspond souvent à ce que l’on pense que les autres attendent de nous. Notre personnalité devient conforme aux désirs des autres. Cela nous permet d’être aimé. C’est quelquefois confortable. Mais ce n’est pas notre nature profonde qui, étouffée, ne parvient plus à s’exprimer. Qui gronde parfois et nous déstabilise. Car on ne sait pas d’où vient cette force soudaine et violente. Imprévisible. Alors, on utilise une grande énergie pour qu’elle reste, et cette énergie n’est plus utilisable pour autre chose. On « pompe » notre énergie à maintenir notre personnalité d’« apparat ». C’est une construction épuisante et de tous les instants.
Elle décrit des autistes
On pouvait avoir le doute à la date de sortie du livre (2008) où on pouvait encore ignorer qu’il y a beaucoup d’autistes qui souffrent de leur hyperempathie (contrairement à l’idée fausse du lien entre autisme et manque d’empathie). En revanche il ne fait désormais plus aucun doute. Quiconque sait ce qu’est l’autisme aura reconnu la description d’une personne autiste et non d’une personne intelligente.
D’ailleurs, l’autrice se débat tout au long du livre avec ce fardeau : elle observe des autistes avec un haut QI et elle pense que tout découle du haut QI.
Elle essaie de s’en débarrasser tout du long en répétant que les surdoués sont pas forcément intelligents (ce qui est fort de café). Pire encore, elle déclaré surdoué (aujourd’hui on dirait HPI) des gens qui ont un QI très inférieur à 130 en disant que ce qui compte c’est le reste de la description.
Parce qu’en réalité, elle a construit une théorie totalement fausse sur une observation réelle : des autistes venaient la voir pour lui demander de l’aide mais elle ne savait pas qu’iels étaient autistes.
Revenons sur les traits qu’elle décrit dans le livre et relisons les avec la grille de lecture de l’autisme.
#1 | Le sentiment de décalage
J’ai besoin d’expliquer ? C’est carrément un des critères de l’autisme : des difficultés relationelles avec les non-autistes. Si bien que la métaphore de l’alien qui aurait débarqué sur la mauvaise planète est probablement le poncif le plus répandu dans les biographies d’autistes.
#2 | Une hypersensorialité
C’était beaucoup moins connu en 2008 puisque ça a été inséré dans le DSM en 2013 mais c’est désormais un des critères de l’autisme… ou plutôt la moitié. Car le critère c’est hyper ET/OU hypo sensorialité. Par exemple j’ai effectivement une hyperréactivité à la vue et l’ouïe mais… je n’ai quasiment aucun odorat.
#3 | Une hyperréactivité émotionnelle
Ce qu’elle décrit dans le débordement c’est une crise autistique : un meltdown ou un shutdown.
« La violence de la crise est d’autant plus impressionnante que le point de départ peut paraître insignifiant. Un seuil émotionnel est atteint qui ne peut plus être élaboré ni canalisé. »
En revanche son explication est désastreuse et validiste :
« C’est l’hyperréactibilité émotionnelle, qui s’explique par un seuil de réactivité significativement plus bas chez les surdoués, la capacité de régulation émotionnelle étant moins élevée. »
Or, comme le dit un ami à moi :
C’est parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’on ressent à l’intérieur qu’ils nous disent que notre réaction est disproportionnée.
Je suis entièrement d’accord : les autistes ne sont pas intrinsèquement susceptibles. Iels sont dans un monde qui les violente en permanence. Si les allistes (les non-autistes) vivaient dans un monde où les autistes les opprimaient, t’inquiète pas qu’iels feraient des crises aussi !
Regarde déjà comment iels ont pété des câbles pendant le confinement…
#4 | Une hyper empathie
Là encore, c’est un trait autistique extrêmement répandu. De la même manière que tu vas trouver des autistes avec des hyper réactivité olfactive et d’autres avec l’inverse (comme moi) tu vas retrouver le même phénomène sur l’empathie.
#5 | Une pensée visuelle exacerbée
Un trait qui ne me concerne pas car je n’ai pas d’images dans ma tête mais c’est un des plus connus. Temple Grandin qui a été la première autiste ouvertement autiste à écrire une autobiographie, en 1995. Et le titre était : penser en images
#6 | Une pensée en arboresence
Alors là, c’est vrai que ce n’est pas un trait autistique. C’est soit un trait humain si on parle de la pensée divergente, soit un trait TDAH si on parle de l’hyperactivité mentale. Mais, étant donné qu’autisme et TDAH vont souvent ensemble, ce ne serait pas étonnant qu’elle décrive ce qu’on appelle des AuDHD : des personnes autistes ET TDAH à la fois.
Et c’est encore pire dans les traits annexes :
une difficulté à comprendre le second degré (les implicites)
J’ai besoin d’expliquer ? C’est limite le trait autistique le plus connu. D’ailleurs elle a une bonne intuition car elle le relie à une difficulté à intégrer dans le contexte. Des années avant la théorie de la myopie au contexte qui aujourd’hui nous permet de mieux décrire ce trait.
l’hyperlexie (le fait d’avoir appris à lire avant le CP)
Alors là, carrément, tous les autistes n’ont pas d’hyperlexie. En revanche quasiment toutes les personnes hyperlexiques sont autistes. Y’a débat sur les chiffres, mais sur Wikipédia on avance le chiffre de 84% des hyperlexiques qui le seraient.
l’allergie à l’injustice
Là encore, c’est un trait très connu. Avec une nuance importante : les autistes ne sont pas des personnes plus vertueuses que les autres. C’est une allergie à ce qu’on définit soi-même comme étant de l’injustice.
une obsession du contrôle
Ici elle va mélanger pêle-mêle le PDA (le besoin envahissant d’autonomie qui fait qu’on refuse les ordres), le besoin impérieux de correction, les rituels, l’appétit de connaissance… en revanche là où son intuition est bonne c’est qu’elle le relie au fait de faire cesser la peur et le doute ce qui correspond bien à ce qu’on sait aujourd’hui : beaucoup de traits autistiques sont l’expression d’un cerveau en hypervigilance qui a besoin de prévisibilité pour ne pas surchauffer.
un camouflage constant de qui on est : le faux-self
Non seulement ça saute aux yeux qu’elle parle du masking autistique mais là encore une excellente intuition puisqu’elle le relie à l’épuisement. On cache sa nature profonde pour s’intégrer mais en échange on gaspille trop d’énergie
Ce livre décrit des autistes TDAH
Sans le vouloir et malheureusement de manière dangereuse car il les oriente vers la fausse piste de l’intelligence. Mais la description est plutôt correcte une fois qu’on enlève l’erreur initiale.
Attention, je ne minimise pas la toxicité du livre : l’autrice passe vraiment tout son temps à essayer de soutenir mordicus le rapport entre intelligence et ces traits autistiques. Ce livre a fait perdre du temps à des milliers d’autistes qui se sont reconnus.
Mais, avec le recul, je trouve ça fascinant. En le lisant je savais que j’allais trouver quelques traits autistiques, mais je pensais pas que je n’allais voir QUE ça.
On en parle dans ma prochaine conférence gratuite
Jeudi 22 janvier j’organise une conférence gratuite sur le concept. On va commencer par revenir sur l’histoire du QI. Parce qu’elle fait vraiment froid dans le dos et que c’est important de l’avoir en tête pour comprendre ce que ça a engendré derrière. On va ensuite analyser l’impact du livre Trop Intelligent pour être heureux qui a été le point de bascule, l'invention du terme zèbre…
D’ailleurs tu remarques que zèbre ça ressemble beaucoup plus à un animal chelou (un cheval à rayures) qu’un animal intelligent (on penserait plutôt à un singe).
Mais surtout on verra pourquoi ce concept a été un véritable aimant à autistes et TDAH à une époque où iels n’avaient pas de meilleure explication.
Pour t’inscrire et avoir accès au replay c’est par ici : https://event.webinarjam.com/9y032/register/3pkgyf5
