Les personnes moins intelligentes méritent le respect
Est-ce qu’une personne avec un petit QI mérite le respect ? Est-ce que sincèrement tu penses que oui ou au fond y’a une partie de toi qui pense que non, y’a une hiérarchie à faire sur l’intelligence ?
J’ai beaucoup de femmes autistes dans mon audience qui m’expliquent que ce qui était séduisant dans la secte du HPI c’était de pouvoir enfin dire « je ne suis pas bête ».
On a déjà vu ensemble comment le concept du HPI a comblé un gouffre créé par le sexisme. Et j’ai évidemment bien conscience que ce n’est pas un hasard si ce sont les femmes autistes de mon audience qui me disent ça et jamais les hommes autistes. Que cette dévalorisation est issue de l’impact du sexisme. Ceci étant dit, je pense qu’une autre force d’oppression est ici à l’oeuvre : le validisme.
Car, pourquoi se justifier sur son intelligence ? Surtout si par « intelligence » on veut dire QI ? Ce qui est déjà un souci en soi mais passons. Tu crois que les personnes qui te méprisent et te pensent bête vont soudainement te respecter parce que tu leur ramènes un score de QI ? Ça marche pas comme ça le respect. Par définition on ne peut pas mendier le respect.
Mais surtout... pourquoi tomber dans ce piège ? Si jamais une personne te regardait de haut parce que tu n’as pas une belle voiture, t’irais acheter une belle voiture ?
Admettons que tu aies un QI moyen ou en-dessous de la moyenne... et alors ? Ça veut dire que tu mérites pas de respect ?
On se rend compte de comment c’est TOXIQUE ?
Je me rappelle quand j’étais enfant, j’étais choqué de comprendre le système scolaire. Qu’en gros si tu es moins doué·e à l’école ça va justifier ensuite que TOUTE TA VIE tu doives occuper un emploi précaire, voire être au chômage.
C’est quoi ce système dégueulasse ? On est (plus ou moins) sorti·es de la loi du plus fort alors pourquoi on perpétue la loi du plus intelligent ?
Le concept même du QI est un concept coeur de l’eugénisme c’est-à-dire l’idée qu’il faut améliorer le matériel génétique de l’humanité en empêchant les personnes les moins performantes de se reproduire.
Arrêtons de tomber dans ce piège à vouloir démontrer notre intelligence pour avoir du respect. Tu es respectable, tu es digne d’être aimé·e que tu aies un haut QI ou pas.
Il a vraiment été question d’éradiquer les personnes avec un petit QI
C’est d’autant plus important que l’eugénisme a été une idéologie extrêmement populaire.
Elle l’est encore. Quand quelqu’un dit « Asperger » ou « Autiste sans déficience intellectuelle » il est toujours dans la logique eugéniste.
Alors probablement que cette personne ne dit pas qu’il faudrait avorter les autistes avec déficience intellectuelle mais elle sous-entend que y’aurait une supériorité.
Cette obsession pour le QI quand on parle d’autisme nous est héritée directement d’Asperger qui était, je le rappelle, un collaborateur nazi zélé.
Les archives ont démontré qu’il a été en moyenne plus sévère dans son jugement des enfants autistes que ses collègues nazis adhérents officiels du parti nazis. Il a proposé d’en envoyer davantage à la mort que ce que ses collègues proposaient.
Et... pour savoir qui il envoyait à la mort ou pas, il regardait le QI.
Dans le contexte du régime nazi ça se comprend : on cherche un moyen rapide pour savoir quels autistes pourront être utiles au régime. Un autiste avec un QI suffisamment haut va pouvoir être un bon soldat ou ingénieur. Les autres sont inutiles et sont envoyés à la mort.
Mais dans notre contexte à nous ? Pourquoi on a cette obsession ?
Quand on parle de bipolarité on dit jamais « bipolaire sans déficience intellectuelle ». Quand on parle de dépression on dit jamais « dépression sans déficience intellectuelle ». Pourtant dans ces deux cas, si on rajoute une déficience intellectuelle à l’équation la vie de la personne sera plus compliquée.
Si on pense « déficience intellectuelle » (ou son inverse : « haut QI ») dès qu’on parle d’autisme c’est parce qu’Asperger nous a lavé le cerveau.
Beaucoup de gens arrêtent de dire « Asperger » et c’est une bonne chose. Mais arrêter de dire le mot tout en perpétuant la même idéologie est absurde. Remplacer « Asperger » par « autiste sans déficience intellectuelle » est inoffensif. Ça ne change rien.
Hans Asperger lui-même aurait adoré ce qualificatif. Il aurait pu l’utiliser dans ses rapports pour dire qui envoyer à la mort et qui sauver.
Alors que si on refuse cette séparation... là ce n’est plus possible. Or, ça commence par le vocabulaire.
En nous distanciant des personnes avec un retard intellectuel nous les mettons en danger
C’est important que les autistes acceptables pour le capitalisme soient solidaires des autres. Les autistes avec un haut QI doivent être solidaires des autres. Voilà pourquoi on a aboli le concept d’Asperger.
(Et accessoirement parce que tout simplement ce diagnostic était faux cliniquement)
Mais c’est également important que les allistes avec un haut QI soient solidaires des autres allistes.
En d’autres termes : nous devons imposer l’idée que les humains méritent le même respect indépendamment de leur intelligence scolaire.
Aujourd’hui, sous prétexte qu’une personne a une déficience intellectuelle (au sens du QI) on va plus facilement la priver de ses droits, l’enfermer, l’infantiliser, prendre des décisions contre son gré, etc. Mais au nom de quoi ?
Le concept phare du validisme est de tracer une ligne nette entre les personnes vues comme handicapées et les personnes vues comme valides. Y’a pas de continuité.
Cette ligne est doublement dangereuse.
1️⃣ D’abord parce qu’elle empêche les personnes juste au-dessus de cette ligne de comprendre qu’elles ont des besoins spécifiques. Combien j’ai vu d’autistes qui ne comprennent pas qu’iels sont bel et bien handicapé·es ? C’est super pratique parce que si on dit que les autistes handicapé·es sont uniquement celleux avec une déficience intellectuelle ça permet aux entreprises de ne faire aucun effort d’adaptation pour les autres autistes. On va même jusqu’à valoriser les personnes autistes qui arrivent à se débrouiller sans support.
2️⃣ Ensuite parce qu’elle expose les personnes en dessous de la ligne (celles vues comme vraiment handicapées) aux pires traitement, à la pire condescendance. Le validisme te fait croire que faut pas dire que t’es handicapé·e si tu l’es pas car ce serait comme usurper un joker. Mais c’est tout sauf un joker. Une fois que tu es perçu·e comme vraiment handicapé·e tu ne reçois pas davantage de respect, tu reçois du paternalisme, c’est très différent.
J’en veux pour preuve le nombre de personnes en fauteuil qui doivent s’énerver dans la rue parce que des gens essaient de les forcer à accepter ce qu’ils considèrent être une aide, quand bien même la personne en fauteuil leur explique que non ça ne va pas les aider. Les gens s’énervent car tu deviens un·e enfant à leurs yeux. Or, un·e enfant on peut lui faire manger sa soupe de force, l’empêcher physiquement de se déplacer car il ne sait pas où il va, etc. Une fois que tu es vu·e comme un·e enfant tu n’es plus vu·e comme un·e humain à part entière.

Et, je sais que tu le sais, mais l'adultisme est *aussi* un problème. Ce n'est pas parce que tu es enfant que tu n'as pas besoin d'agentivité et d'autonomie...