Les gens ont-ils vraiment dévalisé les magasins ?

Non. Histoire d'une énième exagération des médias.

Non.

Comme souvent, ce sont les médias qui t’ont fait croire ça.

Coronavirus: malgré l'absence de pénurie, les Français se ruent ...

Si tu me suis depuis un moment, tu connais mon aversion pour les actualités. Je pense qu’elles sont dangereuses pour ta santé mentale. En résumé : elles sont superficielles, inutiles et anxiogènes.

En plus argumenté : j’ai écrit un article entier sur le sujet.

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Commençons par les chiffres…

À ton avis… de combien a augmenté la consommation des magasins, la veille du confinement ?

Une idée ?


Tu donnes ta langue au chat ?

=> 38%.

La première fois que j’ai entendu ce chiffre j’ai été choqué. C’est ridiculement bas.

Mais y’a un truc. Ce chiffre concerne la consommation globale. Or, ce qu’on voudrait savoir c’est l’augmentation d’achats de produits comme la farine, les pâtes, le riz, etc.

Le bon chiffre est donc plutôt : +200%.

En d’autres termes : nous avons acheté en moyenne trois fois plus de farine, de riz et de pâtes qu’habituellement.

Trois ça peut sembler beaucoup mais posons-nous deux secondes…

Beaucoup de personnes ont moins d’une semaine de réserve de nourriture

On l’oublie, mais il y a beaucoup de gens qui vivent au jour le jour en termes de courses. C’est mon cas. En temps normal je vais faire les courses tous les deux jours environ. Je n’ai absolument pas de quoi tenir une semaine.

Par conséquent, quand on m’annonce qu’il faut se confiner pour faire face à la crise sanitaire, le simple fait de faire des courses pour deux semaines, multiplie ma consommation par 7 !

C’est d’ailleurs ce que j’ai fait. Normalement je fais environ 20€ de courses tous les deux jours. Le lundi du confinement j’en ai eu pour 150-200€.

La grande majorité de ces courses ont été consommées en deux semaines.

L’augmentation brutale de la consommation est donc expliquée en grande partie par tous ces gens comme moi qui ont dû reconfigurer leurs habitudes.

Or…la grande distribution est calibrée comme une horloge. C’est une activité de précision avec des marges faibles. Une petite augmentation de la consommation suffit donc à la déborder. Temporairement. Le temps qu’elle s’adapte.

Sans compter la problématique des cantines

L’école étant physiquement suspendue, les parents se sont retrouvés avec leurs enfants à la maison. Or, 8 millions d’élèves vont à la cantine tous les jours. Ça fait donc 8 millions de repas à faire en plus à la maison.

Il en va de même pour les personnes qui vont à la cantine de leur entreprise. Subitement, elles doivent faire le double de repas chez elle.

Même phénomène avec la fermeture des restaurants. Avant le confinement, je n’avais jamais passé une semaine sans jamais manger au restaurant.

Là encore, on a donc un surplus normal de consommation.

Augmenter ses achats n’était donc pas un acte de panique mais bien la réponse proportionnée à adopter. La nourriture disponible à la maison n’était simplement pas adaptée.

Mais le papier toilette alors ??? Ça se mange pas !

Les acheteurs inquiets du coronavirus font le plein de papier hygiénique, de désinfectant pour les mains et d'autres fournitures, même si les experts de la chaîne d'approvisionnement disent que cela n'est pas nécessaire.

Certes. Mais, contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’augmentation d’achat de papier toilette a été moins forte que celles des pâtes et du riz. La consommation a “seulement” doublé et non triplé.

Alors pourquoi on a eu la sensation qu’il était encore plus dur de trouver du papier toilette au début du confinement ?

Probablement parce que c’est un produit qui prend beaucoup plus de place, donc les grandes surfaces ne peuvent pas en stocker autant.

Mais revenons sur l’augmentation. Un doublement ce n’est pas rien non plus.

Déjà il faut comprendre qu’on fait face au même souci que celui de la cantine. La plupart des individus utilisent, en journée, le papier toilette de leur entreprise ou de leur école.

Or, l’industrie du papier toilette est divisée en deux branches distinctes. La première s’occupe du papier toilette que l’on met chez soi. La seconde s’occupe du papier toilette industriel. Celui que l’on trouve dans les toilettes publiques.



Il est beaucoup plus fin et est vendu dans des rouleaux beaucoup plus gros. En d’autres termes : il est totalement inutilisable dans une maison. Ce ne sont même pas les mêmes usines qui le produisent.

Sauf que…si les individus passent désormais tout leur temps à la maison, ils vont mécaniquement augmenter leur consommation de papier toilette.

Problème : les chaînes de production du papier toilette industriel ne sont pas capable de produire du papier toilette de maison en un claquement de doigt.

Donc d’un côté on a une demande de papier toilette industriel qui chute à presque zéro, de l’autre une demande de papier toilette de maison qui double. Alors que la production ne change pas. On a forcément un souci.

“D’accord, d’accord mais tu vas pas me la faire : j’ai vu des gens sortir avec des montagnes de papier toilette”

Il y a bel et bien un effet qui est lié à la peur mais…

…on en revient au problème médiatique.

On ne peut pas nier qu’une minorité de personnes s’est ruée sur du papier toilette.

Le problème c’est l’effet loupe. En ne montrant que cette minorité on a l’impression qu’elle fait majorité.

C’est pareil pour les personnes qui ont vraiment rempli des caddies entiers de pâtes et de farine. Ce sont elles qui ont tourné en boucle sur les images des chaînes d’information en continu.

Mais…étrangement, dans mon quotidien…ces personnes… je ne les ai pas vues.

Et puis…il y a la prophétie autoréalisatrice

Les autorités invitaient à faire nos courses normalement. Dans le même temps, BFM TV passait en boucle des images de rayons vides. Et les réseaux sociaux en faisaient de même.

Soumis à ces deux informations contradictoires…que sommes-nous tentés de faire ? Choisir l’information la plus pessimiste.

Ce n’est pas irrationnel.

Car, se tromper par pessimisme n’a aucun impact négatif. Les pâtes, le riz et la farine sont impérissables, donc au pire on ne retournera pas en acheter ensuite.

Alors que se tromper par optimisme est beaucoup plus lourd en conséquence. S’il y a vraiment une pénurie et qu’on a rien acheté… c’est tout de suite beaucoup moins drôle.

Voilà pourquoi tu es responsable d’une partie de la ruée

Oui. Toi. On parle des médias, mais tu as joué ton rôle. En effet, relayer des images de rayons vides avec un commentaire méprisant contribue à alimenter la peur.

Tu cherches à ressentir un effet de supériorité en te moquant des autres. Sauf que…

…en accentuant l’effet loupe on accélère le cycle.

Parce que même si tu le fais pour condamner le comportement, tu relaies l’image anxiogène au passage. Sachant que 80% des gens regardent l’image sans lire le commentaire, ils auront imprimé cette image de rayon vide.

Parce que même si tu le fais pour te moquer, tu contribues à instaurer l’idée que c’est la normalité. Même moi, un de mes premiers réflexes a été de sortir dans le Super U en bas de chez moi pour vérifier si les photos reflétaient la réalité majoritaire.

Alors qu’, à l’inverse, en soulignant les comportements positifs, les élans de solidarité, on contribue à les renforcer.

Notre vision du monde a donc un impact en retour sur le monde.

La prochaine fois, refuse de participer à cette boucle infernale

La notion d’achat de panique est contestée par les sciences sociales. Donc méfie-toi quand on essaie de te faire croire que des mouvements de foule sont à l’oeuvre.

Mais surtout… arrête de suivre les actualités. Je n’aurais de cesse de le répéter. Ça te fait plus de mal que de bien. Ça noircit ta vision du monde et donc ça le noircit en retour, par prophétie autoréalisatrice.

La vidéo qui m’a inspiré

La partie sur le papier toilette est inspirée de cet article Médium :

What Everyone’s Getting Wrong About the Toilet Paper Shortage

Mais c’est surtout cette vidéo qui a inspiré tout le reste :

Avant de me quitter…

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