Les femmes ne meurent pas "sous les coups" de leurs conjoints

Ce scénario représente 10% des féminicides. La réalité est encore pire.

Attention : comme tu peux le deviner, on va parler d’une réalité très dure. On va parler de féminicide. Si tu sens que tu n’as pas l’énergie pour t’infliger ça, ne continue pas. Tu reviendras lire une autre fois (ou pas).

Et si, tu es toi-même dans une position dangereuse, n’oublie pas qu’il y a un numéro dédié : le 3919

On a tous entendu la phrase…

“En France, tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint”

C’est faux.

Parce que c’est encore pire que ça.

Quand on le dit ainsi on imagine un accident, une dispute qui deviendrait physique.

On imagine qu’un jour, par accès de colère, un homme blesse sa partenaire. On imagine le clip d’Eminem et Rihanna… une sorte de relation violente où la dispute finit par dégénérer.

Et… les drames déboucheraient majoritairement sur un décès de la femme car elle a moins de force physique…

Sauf que c’est du fantasme total, du cinéma. Ça ne correspond pas du tout à l’écrasante majorité des cas.

C’est comme le viol dans une ruelle sombre

Ce narratif nous vient des médias. De la même manière qu’on imagine un viol dans une ruelle sombre parce que c’est ce qui est médiatisé. Alors que le scénario le plus fréquent d’un viol a lieu entre deux personnes qui se connaissent déjà, voire des proches.

Ce scénario de la dispute conjugale qui finit avec un coup involontairement mortel est véhiculé dans les journaux et dans les films. Ne serait-ce que parce que l’affaire Cantat a été surmédiatisée.

Pourtant, ce scénario représente moins de 10% des féminicides.

Ça existe. Mais c’est marginal.

Mais…du coup…quel est le scénario fréquent ?

Dans la plupart des cas, la mort est volontaire.

Je répète : dans la plupart des cas, la mort est intentionnelle. Il ne s’agit pas d’un homicide involontaire mais bien d’un meurtre.

Pire, il y a souvent préméditation. Ce que la justice appelle “un assassinat”.

Mais surtout… les coups représentaient en 2018, 7% des féminicides.

63% des féminicides sont perpétrés avec un couteau ou une arme à feu.

Ces deux modes opératoires arrivent à égalité (31% chacun).

On tue sa femme avec un couteau ou un fusil de chasse

Voilà la réalité des statistiques. Il ne s’agit pas d’accidents.

On tue parce qu’on se sent dépossédé

On a vu les armes du crime. Mais quel est le mobile du crime ?

Le point commun de quasiment tous ces crimes : la dépossession. C’est-à-dire la colère face à une réalité : l’autre ne nous appartient pas.

Ces meurtres ont donc lieu très souvent pendant une rupture. Un des moments les plus dangereux est d’ailleurs le moment où la femme vient récupérer ses affaires.

Parfois, ça va même plus loin : on tue parce qu’on ne supporte pas l’idée que l’autre nous survive.

À Toulouse, Georges, âgé de 93 ans, était atteint d’un cancer à un stade avancé, incurable. Il a décidé qu’il ne laisserait pas Danièle, 72 ans, lui survivre. Ils étaient mariés depuis 36 ans. Danièle fréquentait depuis un an une association d’aide aux femmes, l’Apiaf. L’association a expliqué qu’elle avait pris conscience de la violence de son mari qui la tenait enfermée au maximum mais qu’elle ne souhaitait pas le quitter. Elle disait que c’était un homme très vieux, pas dangereux. Il l’a tuée avec une arme de poing avant de se suicider.

Pour aller plus loin…

Le sujet mériterait un livre entier. Si tu veux poursuivre sur le sujet, voici les articles que j’ai utilisés :

Féminicide : ce que cachent les statistiques par Marie-Sandrine Sgherri

En France, on meurt parce qu’on est une femme par Titiou Lecoq

GRENELLE DES VIOLENCES CONJUGALES : LES 10 CHIFFRES À CONNAÎTRE