Les dégâts de l'inertie autistique
À première vue, cela ressemble à de la paresse : la personne “inerte” a du mal à démarrer des activités (faire le ménage, remplir des formulaires d’impôts, ou écrire un article), même si la motivation est présente…
Mais d’un autre côté, quand la personne inerte parvient à commencer quelque chose, il est difficile de l’arrêter ; les horaires de sommeil ne sont pas respectés et la personne devient irritable si on l’interrompt parce qu’elle est complètement immergée dans l’activité qu’elle a enfin réussi à commencer. »
- Martijn Dekker (1999)
Ça fait plus de 25 ans que des auteur·ices autistes alertent sur le sujet. Certain·es disent même que c’est LA chose la plus handicapante de l’autisme. Et pourtant… on en parle pas tant que ça.
On l’a vu, une des distinctions entre l’inertie autistique et “la flemme” c’est que ça touche la personne même quand elle projette de faire une activité très motivante.
Par exemple, même jouer à la console peut être trop dur à initier.
Ce n’est pas non plus de l’évitement de tâche. Par exemple moi l’exemple de la feuille d’impôts c’est pas un souci d’inertie : c’est de l’évitement de tâche. La tâche est trop anxiogène pour moi donc je l’enterre.
Cet état de l’inertie je l’ai toujours appelé la mélasse. Avant même de savoir que j’étais autiste.
Il existe aussi chez les personnes TDAH qui ont un cycle paralysie de la tâche/hyperfocus.
Une étude via Reddit
Tara Ward, Sonia Popazov, Jon Adams et leurs collègues ont récemment mené une étude sur le sujet (publiée en 2026). Puisqu’on manque de données venant des personnes autistes elles-mêmes, iels ont décidé de se servir de Reddit. Iels ont sélectionné 9555 commentaires sur le sujet de l’inertie autistique pour dégager des grandes lignes.
Y’en a eu 4 :
“Tout ou rien” : les deux extrêmes sans état intermédiaire
Ça peut être un cycle vicieux
Les dangers de l’inertie
Les techniques pour gérer
1. Tout ou rien : pas de milieu
“Globalement, les personnes décrivaient l’inertie autistique comme une lutte entre deux extrêmes — le repos et le mouvement — et les difficultés qui découlent du fait de passer d’un état à l’autre.” (…)
Elles décrivaient le fait de ne pas réussir à « trouver le bouton » pour se mettre en mouvement
Une personne a utilisé le mot de léthargie qui est plus forte que sa volonté. Comme s’il existait une barrière, une déconnexion entre le cerveau et le corps.
Cette sensation était fréquemment décrite comme le fait d’être « coincé·e » , « paralysé·e » ou « enchaîné·e sur place » .
Certain·es participant·es disaient avoir l’impression d’être « enfermé·es dans une cage » constituée par leur propre esprit, tandis que d’autres parlaient d’un « combat » contre leur cerveau. Cette barrière inexplicable était rapportée comme extrêmement frustrante et parfois même carrément douloureuse
L’inertie c’est aussi la difficulté à s’arrêter
On pense souvent à l’inertie de mise en mouvement, mais l’inertie c’est aussi l’inertie pour s’arrêter.
Cette partie a été décrite comme étant au moins partiellement positive et pouvant générer des moments de joie, de flow, de créativité. Mais pas toujours car parfois la personne va continuer même quand le plaisir a disparu.
L’autre passage qui m’a mis une gifle tellement je me suis répété cette phrase quasiment tous les jours depuis 3 mois c’est le fait de n’être capable de ne faire qu’une seule grosse activité par jour. Le plus souvent c’est leur travail ou leur hobby. Mais ça se fait au détriment des tâches ménagères, la vie sociale, les courses…
Et vraiment je me dis en permanence mais où est-ce que je pourrais le temps de faire le ménage, je ne comprends pas.
D’ailleurs c’est une des vertus de la “ritaline” chez moi : d’un coup je me mets à faire le ménage au fur et à mesure car j’arrive mieux à encaisser l’énergie de transition. Là où en temps normal l’énergie à mettre pour changer d’activité est simplement beaucoup trop grande.
Changer de tâche EST une tâche
Là encore… grosse gifle. C’est exactement ça que je vis sans avoir réussi à mettre les mots dessus.
Les personnes ressentaient aussi que passer d’un état où l’on fait quelque chose à s’arrêter / changer de tâche était aussi difficile que de passer de “ne rien faire” à “faire quelque chose” .
Une personne décrivait le “changement de tâche” comme une tâche en soi : « On ne peut pas passer de ‘faire la vaisselle’ à ‘faire la lessive’ ; il faut passer de ‘faire la vaisselle’ à ‘changer de tâche’ puis à ‘faire la lessive’ »
2. Le cycle vicieux
Tu as peut-être déjà entendu parler du cycle boom-and-bust ? À l’origine un terme de macro-économie pour décrire l’alternance permanente entre période de croissance et période de crise dans le capitalisme.
Ici c’est la même idée : tu passes du temps dans l’inactivité inertielle et d’un coup tu deviens un·e monstre de productivité. Parfois c’est le sentiment d’urgence d’avoir décalé jusqu’ici les tâches, parfois juste une forme d’alternance. Sauf que… tu mets trop d’énergie, tu négliges la fatigue, les besoins vitaux… ça t’épuise et du coup : retour à case départ d’inertie.
Voire carrément un shutdown, ou pire : un burnout.
Certain·es rapportaient que leur inertie « empirait avec l’âge » et disaient « perdre la bataille contre l’inertie autistique ». Ces changements liés à l’âge étaient souvent attribués à une diminution des fonctions exécutives et à des niveaux d’énergie plus bas qu’à un âge plus jeune.
Encore pire quand t’es TDauH
Tu dois t’en douter mais ce cycle est encore plus fort pour les autistes qui sont aussi TDAH. Le fameux clash entre le besoin de nouveauté et le besoin de structure. Et donc l’inertie autistique cumulée à la paralysie TDAH (qui est peut être en réalité la même chose) n’est pas résolue puisque :
Pour les personnes s’identifiant comme AuDHD (autistes avec TDAH), des caractéristiques du TDAH — comme les difficultés à se concentrer et le besoin de nouveauté — contredisaient le besoin autistique de routine. Alors que les routines menaient à une sous-stimulation, la surstimulation et le manque de structure menaient à la surcharge et au “shutdown”. Une personne décrivait cela comme « deux côtés qui s’affrontent dans sa tête ».
Certain·es décrivaient aussi un va-et-vient entre un mode autistique « je dois faire ça » et un mode TDAH « je ne peux pas faire la même chose plus de 30 minutes »
L’effet du besoin envahissant d’autonomie
Là encore… ça décrit tellement bien mon vécu. J’éprouve une résistance non seulement aux demandes des autres, mais aussi à la mienne !
Les personnes décrivaient aussi une résistance à leurs propres envies et besoins — c’est-à-dire à leurs propres “demandes”. Cela faisait que les choses qu’elles voulaient faire ressemblaient à des « demandes insurmontables ». Certaines décrivaient devoir se “manipuler” ou “négocier” avec elles-mêmes pour faire des tâches, parce que simplement vouloir les faire ne suffisait pas.
C’est pour ça que je ne peux jamais faire un truc que je me suis imposé de faire un jour si c’est une fausse deadline. C’est aussi pour ça qu’énormément de méthodes de productivité échouent sur moi : je ne peux pas me donner d’ordre à moi-même sinon moi-même refuse de faire.
3. Les conséquences de l’inertie
Le problème de l’inertie c’est qu’elle empêche de faire les tâches ménagères, s’occuper de sa santé, parfois même de manger car cuisiner est trop dur.
Ça ne se limite pas à la productivité.
Y’a aussi un impact sur le sommeil puisque parfois les personnes n’arrivent pas à arrêter l’activité en cours pour passer à aller dormir.
Mais surtout… l’inertie génère de la honte et de la culpabilité, les personnes de l’étude disaient qu’elles étaient fainéantes et stupides. Pire encore, qu’elles étaient un boulet, un fardeau pour les autres personnes qui vivent avec
4. On parle des solutions pendant la conférence
Premièrement parce que ça commence à faire long, deuxièmement parce que malheureusement y’a rien de révolutionnaire non plus.
Comme ça tu vois que c’est pas genre une technique marketing pour te faire venir : le plus intéressant de l’étude selon moi c’est ce que je viens de te présenter.
Si ça t’intéresse de participer et/ou d’accéder au replay le lien d’inscription est ici : https://event.webinarjam.com/9y032/register/pv1k8hxo?utm_source=substack


