Les découvertes de la semaine #41

Cette semaine, on va se focaliser sur une seule découverte. Mais plus en profondeur. Je me suis dit que ça pouvait être pas mal de passer un peu plus de temps sur un contenu, de temps en temps.

Parfois, je suis un peu à l’étroit dans les découvertes de la semaine car je m’astreins à ne retenir que trois points.

On va donc ici aborder autant de points qu’il en faudra.

[Vidéo Longue] Comprendre l’humour d’OSS 117 (Partie 1)

Comment j’ai découvert la vidéo

Je suis abonné à cette chaîne YouTube qui fait de la critique cinématographique.

Quand j’ai vu que ça traitait du nouvel OSS 117 j’ai cliqué immédiatement. J’étais précisément en train d’en débattre avec des amis, la veille.

On ne peut plus rien dire

On l’a tellement entendu que c’est devenu un mème.

Malheureusement, beaucoup de gens le pensent au premier degré.

“Desproges pourrait plus rien faire”.

Alors même que c’est un contresens total. Vu son talent, Desproges serait parfaitement à l’aise. J’ai aussi entendu “Michel Leeb pourrait plus exercer”. Alors oui… ça c’est vrai en revanche… mais c’est parce qu’il est nul.

D’ailleurs, ce qui est marrant c’est que le concept même de la franchise OSS 117 était de se moquer des gens qui pensent qu’on ne peut plus rien dire et qu’il y avait un bon vieux temps. On montre justement que ce bon vieux temps on ne veut y retourner pour rien au monde.

L’humour se réfléchit

Souvent, les personnes qui se plaignent qu’on ne peut plus rien dire sont les mêmes qui refusent de réfléchir l’humour. Or, s’empêcher de réfléchir l’humour ça n’est pas défendre l’humour, bien au contraire.

Le fait qu’on réfléchisse de plus en plus à l’impact d’une blague ce n’est pas empêcher l’humour. Bien au contraire : ça permet de mieux le faire. Comme dans tous les sujets : réfléchir à l’humour renforce les bonnes blagues et démasque les mauvaises.

J’ai le même genre de levée de boucliers dans mon métier quand j’enseigne une méthode d’entretien aux recruteurs. On me dit “non mais l’entretien c’est de l’humain”. Alors qu’utiliser une méthode n’empêche pas la rencontre humaine : elle la renforce. Et elle démasque les personnes qui utilisent des critères discriminants.

L’anti-intellectualisme de l’humour.

C’est une forme d’anti-intellectualisme : comme si c’était mal de réfléchir à quelque chose.

Le souci c’est que ne pas comprendre l’humour nous pousse à faire des erreurs. Logique.

Sanctifier l’humour et croire que c’est magique c’est mépriser le travail d’humoriste. Humoriste est un vrai travail avec de la technique et de la “science”.

Sans compter que c’est bizarre de sanctifier l’humour tout en disant qu’on ne peut plus rire des religions.

Une blague réfléchie devient encore plus drôle

Je ne sais pas s’il existe vraiment un domaine où utiliser son intelligence empire les choses. Que ce soit le recrutement, la drague, l’humour, l’art … et tous ces domaines où on a l’illusion qu’on peut pas apprendre.

Au contraire, la théorie nous permet d’éviter de faire les erreurs les plus communes et d’élever notre niveau.

Dans la vidéo il prend l’exemple de Men in black.

On y voit un gag où Will Smith tire sur une fausse petite fille au lieu de tirer sur les faux monstres comme les autres. Le rire provient du décalage.

Puis, il explique son raisonnement et ça devient logique. On comprend qu’être un policier Noir de New-York lui permet de ne pas se fier aux apparences, ce qui sera toute la leçon du film.

Brillant.

Pareil dans les premiers OSS 117.

Une des blagues met en jeu le héros qui dit à un personnage arabe : “c’est notre Raïs à nous, René Coty”

Quand on ne connaît pas René Coty c’est marrant : car on se dit que le héros glorifie un président dont personne ne se rappellera à notre époque.

Mais quand on connaît René Coty c’est encore plus marrant : car c’est le dernier président de la quatrième République. C’est donc lui qui a mené la première moitié de la guerre d’Algérie. Il s’agit donc d’une figure coloniale.

Montrer cette photo à une personne qui a été victime du colonialisme c’est comme montrer une photo d’Hitler au héros.

As-tu vraiment compris la blague ?

Si tu n’es pas capable d’expliquer ce qui est drôle, ce n’est pas que tu respectes l’humour, c’est peut-être que tu ris par conformisme. Tu rigoles parce que tu sais qu’on attend de toi que tu ris.

Ou alors tu n’as pas posé les mots sur le mécanisme. Mais il y a toujours un mécanisme.

C’est pour ça que si je te dis qu’on a entarté le candidat Zemmour avec une tarte à la crème tu vas probablement rire.

Laurent, je sais que c’est ton rêve.

Alors que si je te dis qu’on a entarté Yannick Noah… c’est tout de suite moins drôle.

Ne parlons même pas d’aller entarter une personne qui vient de voir sa maison brûler dans un incendie.

Même si tu n’as pas conscientisé que ce qui est drôle dans la tarte à la crème c’est le fait de désacraliser une figure d’autorité politique qui a un grand égo… tu le sens.

C’est pour ça que la gifle de Macron fait rire beaucoup de gens. Même moi, je n’ai pas pu m’empêcher de rire sur le coup. Alors que la même scène où on giflerait un passant au hasard ne serait drôle pour personne.

Ne pas comprendre l’humour nous fait gâcher des sagas

Le souci c’est que de ne pas réfléchir à l’humour nous fait faire de sacrés bêtises.

Ainsi, le syndrome Homer Simpson : on passe d’un personnage touchant et avec un grand coeur à juste un idiot dont les actes portent préjudice à sa famille.

Si tu suis Dragon Ball Super on pourrait aussi appeler ça le syndrome Sangoku : au début Goku était drôle car il cumulait une naïveté dingue avec une intelligence de combat hors norme. Maintenant, il n’est plus qu’un grand niais. Ce n’est plus drôle. Ce qui était drôle c’était le décalage.

De même, le syndrome de Stifler : dans American Pie on se moquait de lui. Le personnage était présenté comme infect. Quand on riait c’était à ses dépens. Puis, au fur et à mesure des films il a fini par devenir le héros, celui qui est glorifié.

Le dernier OSS 117 commet les deux pêchés

“Le dernier OSS réussit le tour de force d’accomplir les deux syndromes à la fois, et ce n’est pas par talent”.

Syndrome Homer Simpson : dans les deux premiers film, le héros est animé de bonnes intentions qui dérapent. Il n’a pas conscience de faire le mal. Et c’est ça qui était drôle.

Dans le dernier, il dit à haute voix que l’exploitation des mines africaines est le vrai but. Il est donc conscient.

De même, comme Goku, on exagère désormais sur sa connerie : avant il maintenait sa couverture à tout prix. Normal c’est un espion. Mais les gags reposaient justement sur le fait qu’il en faisait trop : il pouvait risquer une mission juste pour maintenir la couverture. Dans le dernier : il est bête au point de risquer de se cramer bêtement.

Syndrome de Stifler : dans les premiers on le met sur le même plan que les nazis à un plein de moments. La critique ne fait pas de doute. D’ailleurs, quand il gagnait c’était de manière absurde. On montrait que ça n’était possible que dans un film. Dans le dernier, il est devenu badass et stylé, il s’en sort avec de vraies scènes d’action.

Sans compter que le film est devenu, selon l’auteur de la vidéo un “Safe space pour boomer” : les gens qui le traitent de raciste sont des menteurs, les femmes qui se refusent à lui sont des frigides ou des féminazis travaillent avec des communistes…

On défend le on peut plus rien dire.

Qu’est-ce que le second degré ?

Voici le bouclier préféré des on ne peut plus rien dire.

Mais ils l’utilisent n’importe comment, sans comprendre.

Le second degré c’est quand on veut dire l’inverse de ce qu’on dit.

“Second degré” ça veut pas dire “tu peux pas me toucher, c’est de l’humour”.

Second degré ne veut pas dire humour.

Il y a plein d’autres humours que le second degré. Quand Norman nous explique que sa blague sur Fatoumata Bond était du second degré, il ne comprend pas ce que ça veut dire. Voici sa blague :

Dans le prochain James Bond, le personnage de James Bond, Agent 007, sera incarné par une femme renoi. Est-ce qu’on n’est pas allé trop loin dans la lutte contre le racisme ? “My name is Bond, Fatoumata Bond.” Non ça va pas du tout. Je ne suis pas d’accord, ok ?  

Ici, le climax c’est le prénom Fatoumata. On rigole donc du fait que ça serait absurde. D’ailleurs si on avait le doute, Norman continue :

James Bond, c’est un personnage, on l’aime comme ça, vous l’aimez comme ça. On ne peut pas le changer du jour au lendemain pour un quota […]. Mais alors, le jour où on tournera le biopic de Michael Jordan au cinéma, je veux que ça soit joué par Thierry Lhermitte, et que tout le monde valide ça normal. Que la salle fasse : "On est tellement ouverts." 

Il ne laisse donc pas de doute. C’est bien ce qu’il pense. il pense que ça va trop loin. D’ailleurs, une des manières de voir le second degré réside dans les changements de voix. Tu sais, quand tu dis à quelqu’un “oh bah tu peux parler encore plus fort, j’ai pas entendu ?”, c’est du second degré et tu vas changer ta voix pour ne pas laisser le doute.

Et bien Norman change sa voix quand il dit on est tellement ouverts. C’est cette partie qui est du second degré : il critique les gens qui se prétendent ouverts.

Mais la partie sur Fatoumata est au premier degré. Ce n’est pas parce que c’est drôle que c’est du second degré.

Au second degré il aurait fallu précisément qu’il se moque des gens qui trouvent ça absurde. Il aurait fallu par exemple qu’une voix off dise “My name is Bond, Fatoumata Bond”, puis que lui mime l’étouffement et le choc… en disant “mon Dieu, c’est le grand remplacement ! Ça y est ! Même James Bond a été grand remplacé. Marine, Marion-Maréchal : on fait nos valises !”.

Et là on comprend que Norman pense l’inverse des mots qu’il met dans la bouche de Jean-Marie Le Pen.

On peut rire au premier degré

Encore une fois, le second degré n’est pas un synonyme de l’humour. Parfois on fait rire, au contraire, avec l’effet c’est drôle parce que c’est vrai.

Si je dis “je ne comprends pas pourquoi à chaque fois qu’on imite un téléphone on le fait avec notre main qui imite un combiné… allo… c’est les années 60 elles veulent récupérer leur téléphone à cadran”…. c’est une blague au premier degré. C’est vraiment ce que je pense, mais c’est quand même drôle.

Ce n’est pas parce que c’est drôle que tu es au second degré. Ce n’est pas parce que tu rigoles que tu ne le penses pas vraiment.

Le second degré peut être raciste

Vu que le second degré consiste juste à dire l’inverse de ce que tu penses, tu peux quand même faire passer un message raciste avec le second degré.

Par exemple, l’extrême-droite adore la blague suivante :

Non mais “je suis sénégalais, regarde… si un n’importe qui peut être français, je peux bien être sénégalais”

C’est du second degré. Ce qu’ils pensent vraiment c’est l’inverse. Dans leur vision du monde c’est absurde et donc ils en rigolent. Pour autant le message reste un message d’extrême-droite.

Ce qui est normal… l’humour est universel. Donc tout le monde en a… même les fascistes. Dire qu’un truc n’est pas raciste parce qu’il est drôle c’est complètement passer à côté de ce qu’est l’humour. Et, accessoirement, c’est également passer à côté de ce qu’est l’extrême-droite puisque l’humour est une de ses armes principales de ralliement.

Parfois une blague est ratée, peu importe l’intention

Parfois c’est raté, peu importe l’intention. Surtout quand on connaît pas bien le sujet qu’on aborde. On peut alors écouter les critiques pour rendre l’humour plus clair tout en restant irrévérencieux. Sans nier le problème.

Le problème n’est pas l’irrévérence

On peut rigoler, faire de l’irrévérence, sans faire passer un message raciste.

Par exemple dans la série The Big Bang Theory on a une scène où le gag c’est qu’une personne a conservé son prépuce dans un frigo.

Alors que dans Borat on a une scène en caméra cachée où il chante une chanson qui appelle à tuer des juifs.

Pourtant, la blague problématique c’est celle de Big Bang. Le contenu de surface est moins antisémite, certes. Mais c’est le message de fond qui compte. Dans Big Bang Theory on se moque juste du fait que les juifs pratiquent la circoncision. Rien de plus.

Alors que le personnage de Borat sert à montrer comme un public lambda valide des paroles antisémites, sans souci. Ça dénonce le fait qu’on accepte encore trop couramment l’antisémitisme.

Le fait que les créateurs de The big bang theory soient juifs ne changent rien à l’affaire. Une blague peut être ratée, même si c’est de l’autodérision. Il n’y a pas de forme d’humour sacrée, intouchable.

Pourquoi découvrir la vidéo à ton tour ?

Je n’ai fait que résumer le propos donc tu pourras le découvrir en version plus fouillée. Et surtout, j’ai volontairement laissé sous silence la dernière partie de la vidéo qui analyse plus en détail le gag du dernier OSS qui a fait beaucoup parler (celui en référence à me too). Je te laisse découvrir par toi-même.