Les chroniques guadeloupéennes #8

Précédemment, dans les chroniques guadeloupéennes

On s’est quittés à l’épisode 5 où je te racontais que j’avais mangé du poisson pour la première fois depuis 6 ans.

Ce weekend il y a eu deux épisodes. Dans le 6, on a fait un exercice littéraire sur la mort. C’était un peu chelou, je crois que vous avez pas trop aimé parce que tous les jours depuis que j’ai commencé les chroniques vous me dites que c’est trop bien… et là… silence radio. Je me suis senti comme un chanteur qui essaie de faire une chanson un peu plus sophistiquée mais en vrai ce qui marche c’est les trucs simples comme « je vois ma sœur, je pleure ».

Dans le 7, on a surtout eu un épisode centré sur l’amitié avec notamment le fait que je pense que les mauvais comptes font les bons amis. Entre amis on se fait des cadeaux, on contracte des dettes mutuelles qui veulent dire « on va se revoir dans le futur ». Alors que quand on veut couper les ponts on a plutôt tendance à solder les dettes.

Ceci étant dit, c’est parti pour le huitième épisode.


« Cette crème solaire, je la mets au moins »

« Tu peux m’envoyer cette phrase sur Messenger ? »

« Quoi ? Cette crème je la mets au moins ? »

« Oui, stp ! J’ai oublié mon carnet dans la voiture, j’ai rien pour noter pour les chroniques ».

Il vaut mieux fait que parfait

Pourquoi je lui ai demandée de m’envoyer cette phrase ? Parce que je trouve qu’elle résume bien un principe important. Contexte...

Elle a acheté une crème solaire de puissance 50. Sauf que c’est une crème en crème. Quelques jours plus tôt, on est tombé sur une crème puissance 30 mais en spray.

Elle a hésité à la prendre. Je lui ai dit que si c’était plus facile à mettre en spray, il valait mieux une puissance 30 qu’elle met tout le temps plutôt que la puissance 50 qu’elle a la flemme de mettre.

C’est exactement ce qu’il s’est passé. Depuis qu’elle a le spray, elle met beaucoup plus souvent de la crème et elle a moins de coups de soleil.

Morale de l’histoire : il vaut mieux faire un peu que de ne pas faire beaucoup. Il vaut mieux courir tous les jours 25 minutes que de ne pas courir car on veut à tout prix faire une heure par jour.

Ça vaut pour tellement de choses. Voilà pourquoi le perfectionnisme, contrairement à ce que croient les personnes qui le citent mollement (et en mentant) en entretien d’embauche, est un défaut horrible qui handicape tout dans la vie.

Retour vers le futur

On s’arrête devant mon lycée. Ça fait tellement bizarre. Je ne sais pas quoi écrire ni pourquoi je me suis dit que j’allais t’écrire là-dessus parce que je crois que je ne sais pas écrire ça. Ça demande un vrai talent de romancier. Pas juste d’écrivain. Mais j’essaie ? Allez, j’essaie.

On est devant le terrain de handball où j’ai fait des arrêts spectaculaires dans les cages. Je rejoue la scène devant mon amie.

Je ne peux même pas dire que je suis envahi par la nostalgie. Je suis bien content de ne plus être au lycée. Mais quand même... y’a une couleur inhabituelle qui envahit mon âme.

Je revois le bâtiment où j’ai passé le bac. Je me dis que c’est fou ce qui s’est joué en un seul jour, à cet endroit.

Une vie de micro-climat

On est sur la plage de Grande Anse, ma plage préférée.

En vrai, ma plage préférée c’est La Perle, mais c’est la même plage en vrai. Elles sont voisines.

Une pluie torrentielle s’abat sur nous pile au moment de notre arrivée. Quand je te dis une pluie torrentielle c’est vraiment des trombes d’eau, c’est pas la pluie polie de Paris.

Comme je dis toujours : à Paris les portes sont malpolies et la pluie est bien élevée, en Guadeloupe les portes sont bien élevées et la pluie est malpolie.

Parce qu’à Paris les portes se ferment quand tu les claques, même si tu n’as pas la clé. Je n’ai jamais compris pourquoi.

On est donc sous une pluie d’une violence...

On attend que ça passe...

Mais ça passe pas...

Enfin... ça fait 20 minutes de pluie quoi... c’est pas non plus deux heures.

Puis, brutalement tout s’arrête. Mais vraiment on passe de 1000 gouttes à 0, sans transition. Climat tropical.

On sort, on s’installe sur la plage. On voit le nuage de tempête de pluie au loin dans l’eau, c’est impressionnant.

Je me dis que le plus dur est passé. On entend une mamie dire « quand ça pleut comme ça, c’est minimum trois fois ».

Je ne sais pas si je dois la croire...

On reste 20 minutes sur la plage... mais on n’a ni serviette ni paréo : on a tout oublié. Alors qu’on avait fait nos affaires.

C’est là que je me dis que je peux pas partir en vacances avec n’importe qui. Certaines personnes auraient fait un scandale parce qu’il manque la serviette, ça aurait été l’échec de leur journée.

Là on a juste dit « merde, bon bah tant pis on s’assied sur le sable et on sèchera sans serviette ».

Mais la pluie était pas d’accord. Elle revient, beaucoup plus polie, beaucoup plus légère... mais je ne veux pas prendre le risque : on s’en va.

On roule quelques minutes et le soleil revient. On arrive devant la Perle. On se dit que ce serait bête de pas essayer une dernière fois.

On s’installe... pas de pluie. Je me dis que j’avais raison et que les mamies exagéraient. Mais je tourne mon regard vers la gauche et je vois au loin la plage de Grande Anse, sous un nuage de pluie torrentielle.

Les mamies avaient raison. Mais c’est fou comment la Guadeloupe est une somme de micro-climats : on est à moins de 2km et on est en plein soleil.

On n’a pas de savon

On est vraiment des touristes... on a oublié les serviettes, on a oublié le savon...

Mais ce n’est pas la fin du monde : heureusement que je ne pars pas en vacances avec n’importe qui.

Métier : gareur

Le soir, nous voici à la Marina du Gosier. On arrive sur le parking, on ne trouve pas de place. On se fait alpaguer par un mec qui porte un gilet jaune. Il nous dit « venez ! Y’a une place ici ».

Puis, il fait des gestes de gens qui savent conduire. Tu sais les trucs qui veulent dire « braque », « contre-braque ». J’ai jamais compris ce que ça voulait dire. On dirait les gens en cuisine qui disent « faire revenir » pour juste dire « mettre dans une poêle ». Là c’est pareil pourquoi on dit pas « tourne », « tourne dans l’autre sens » ?

On se gare. Il nous demande si on a de l’argent pour l’encourager. Je lui donne avec plaisir. Je trouve ça beaucoup plus utile que les ouvreurs de théâtre qui viennent te faire chier à te placer puis à demander un pourboire alors qu’il suffit d’aller au numéro écrit sur la place.

Encore du poisson cru

J’ai mangé du poisson tous les jours depuis que j’ai appliqué la trêve du végétarisme.

Mais je n’avais pas réessayé du poisson cru.

Je me laisse tenter.

C’est pas mauvais... mais j’ai encore envie de vomir. Et cette fois ça n’a rien à voir avec le choc psychologique. Vraiment, mon corps n’est plus habitué...

Sur ce... je n’ai pas de conclusion, pas de morale de l’histoire à cet épisode. Mais, en même temps, y’avait une morale de l’histoire depuis le début : ce qui est fait est mieux que ce qui est parfait mais pas fait.

J’allais écrire « à demain », mais j’avais un prof qui disait que quand tu ressens le besoin de dire que c’est la fin c’est que c’est mal écrit. Comme quand tu dois dire « voilà » à la fin d’une prise de parole.