Les chroniques guadeloupéennes #16

Me voici enfin de retour devant un vrai clavier, dans un chez moi. C’est une sensation très étrange : mieux et moins bien que ce que j’imaginais. Mais je t’en parlerai dans le dernier épisode des chroniques. Comme je te disais hier, cet email est en retard parce que j’étais dans l’avion et que je n’avais donc aucune connexion. Hier je te racontais comment j’avais adoré mon expérience dans un restaurant aux Saintes. Voici la suite.

Les avis sur le restaurant de légende

Après cette expérience culinaire, je décide de regarder les avis tripadvisor. Je découvre que le restaurant est noté 4,5. Seulement ? Est-ce que ça veut dire que si je vais dans un restaurant à 4,8 je vais être au-delà de l’extase ?

Mais surtout… qui donne des mauvaises notes à ce restaurant ?

Je regarde les avis à une étoile :

Mon mari et moi avions réservés dans ce restaurant pour mon anniversaire. Malheureusement tout ce qui sort de l'ordinaire et qui était cité dans la carte était indisponible. Nous avons donc annulé notre réservation et avant on était très déçu. Mais il paraît que chez eux, c'est constant.

Ça me dépasse… une grande partie des commentaires négatifs portent là-dessus… alors que moi ça m’a plutôt rassuré. On est arrivé, ils nous ont annoncé qu’ils n’avaient pas de Langouste aujourd’hui : ça prouve que ce sont des ingrédients frais ?

Pourquoi aller dans un tel restaurant si on veut une carte prévisible ?

D’ailleurs, on a découvert après que “maître-restaurateur” était la seule distinction délivrée par l’État dans la cuisine. Or, elle distingue des personnes qui s’engagent notamment à travailler avec des ingrédients frais, justement.

Autre commentaire à une étoile :

Service horriblement long entre les plats, nous avons attendu tellement lgtps que nous n'avions plus faim quand les langoustes sont arrivées. Les plats étaient bons mais nous n'avons pas pu les apprécier. À ne pas rater = le soufflet à la mangue en dessert


On vit vraiment des vies différentes. Si j’écris “à ne pas rater”, je ne peux pas mettre moins que 4…

Dictature sanitaire ?

Les débats sur le Pass Sanitaire continuent. Je me sens tellement dépassé par certaines réactions…

Je ne peux m’empêcher de tweeter :

Des vacances dans les vacances

En vrai, te raconter les Saintes me demanderait des chroniques dans les chroniques. Parce que c’était des vacances dans les vacances.

J’ai lu sur un blog de voyage le conseil de venir uniquement aux Saintes et à Marie-Galante. Pour un deuxième voyage en Guadeloupe. Je valide ce conseil. Ça m’a vraiment donné envie de revenir uniquement pour faire ça.

Les Saintes sont vraiment une Guadeloupe dans la Guadeloupe.

Le seul point négatif ça a été la plage de Pompierre envahie par les sargasses. Je t’ai déjà parlé des sargasses ?

Les sargasses sont une infection. C’est une algue puante. Mais quand je te dis puante c’est vraiment puante. Elles dégagent de l’ammoniaque en séchant. Je n’ai pas beaucoup d’odorat et pourtant je ne pouvais pas rester sur cette plage tellement c’était insoutenable.

Ça n’existait pas quand j’habitais en Guadeloupe. Ou plutôt pas dans ces quantités. J’ai toujours vu ces algues et Google m’apprend que Christophe Colomb les a documentées également entre deux crimes contre l’humanité.

A l'été 2011, en revanche, les masses d'algues brunes ont connu une augmentation soudaine et massive. Depuis, chaque année, d'importantes quantités de sargasses sont apparues au large des côtes. Si l'année 2013 a semblé faire exception, 2018 a marqué un record avec la formation de ce que les chercheurs ont appelé la "grande ceinture des sargasses de l'Atlantique".

Ah et… autant pour moi… ce n’est pas de l’ammoniaque :

Lorsqu'elles s'échouent sur les plages, les sargasses forment d'épais tapis bruns qui, en se décomposant, émettent une odeur pestilentielle, liée notamment à l'émission de sulfure d'hydrogène.

On a perdu le sac

Le matin, on a pris un van qui fait le tour de l’île de Terre-de-Haut avec un guide. Je récupère nos affaires dans son coffre.

Pile au moment où le van s’en va, mon amie s’exclame

- T’as pris mon sac ?

- Euh… non ?

Comment transformer un moment paradisiaque en problème à gérer. Surtout qu’on est tous les deux poussés vers des pentes destructrices.

Elle, elle a envie de me blâmer parce que je n’ai pas vu son sac en récupérant les affaires. Moi, j’ai envie de lui répondre qu’elle avait qu’à me dire que y’avait son sac, comment je peux savoir ?

On essaie tant bien que mal de se retenir. J’ai ce dessin qui me vient en tête :

Ça a l’air caricatural et ridicule mais pourtant c’est exactement ce que j’ai envie de faire. Sauf que le dessin me fait rire dans ma tête et je me dis que je vais faire un effort pour être compréhensif.

Grand bien m’en a pris puisqu’après un gros quart d’heure où on a essayé en vain de joindre le guide… rebondissement :

Ah mais en fait le sac est à l’hôtel !

Soulagement. Rires. Plus besoin de la frapper (métaphoriquement) avec des tuyaux vides.

Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse

Mon amie me raconte cette fable. Je n’ai jamais compris cette phrase. Selon elle c’est une fable dont la morale est à l’inverse de ce qu’on pourrait croire de La Fontaine.

Si j’ai bien compris c’est quelqu’un qui se fait un scénario dans sa tête : elle a trouvé un truc qu’elle veut échanger avec un truc un peu plus gros… jusqu’à obtenir genre une maison… mais en se faisant ce fantasme, elle finit par casser le truc. J’imagine la cruche ?

La morale serait : au moins elle a passé du temps à imaginer un truc cool, c’est pas grave que ça ne se soit pas fait, au moins elle a savouré quand c’était dans ses pensées.

Comme tu le constates, je me rappelle pas très bien… et, de surcroit, impossible d’aller vérifier car je ne retrouve pas la fable en tapant la phrase dans Google. Peut-être la fatigue…

Si c’est la morale, je suis entièrement d’accord : il faut kiffer en imagination. Ça sert à rien de “ne pas s’emballer” alors qu’on a ce pouvoir formidable. Mais toujours est-il que je ne comprends pas cette phrase : tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ? Qu’est-censée faire une cruche si ce n’est aller à l’eau ?

Je vais faire des envieux sur Insta

Mélissa nous attend à notre retour des Saintes.

Elle nous emmène au phare de Vieux-Fort. Le phare surplombe une mini-falaise de laquelle les gens sautent. Je me dis qu’on a vraiment pas les mêmes vies. Pour rien au monde je me jetterais volontairement dans l’eau depuis une falaise.

J’engage la conversation avec un ado. Je lui demande s’il habite en Guadeloupe. Il me répond :

Ah non ! Je suis en vacances. La Guadeloupe c’est bien juste pour le cadre. Je suis là pour rendre les gens envieux sur Insta.

Lucide. Déstabilisant mais lucide. Non pas sur le fait que la Guadeloupe c’est bien juste pour le cadre, mais sur le fait qu’il est dans un endroit qu’il n’aime pas tant que ça uniquement pour pouvoir le dire sur Insta parce que les autres voudraient être à sa place.

Tu écris ?

On rentre. Pas d’eau. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il est possible de ne pas avoir l’eau courante dans la sixième puissance mondiale…

Je me mets à écrire les chroniques #10. On discute en même temps. Je suis content : on n’a pas souvent l’occasion de se parler en chair et en os. Forcément, ça ralentit ma vitesse d’écriture.

Si bien que, deux heures plus tard, je n’ai pas encore fini mon premier jet.

Et là… Mélissa passe derrière mon épaule et vérifie que je suis vraiment en train d’écrire. Elle n’en revient pas.

J’explose de rire. Elle me demande si ça va finir dans les chroniques.

On discute du temps que ça me prend à écrire. J’ai choisi le format des chroniques parce que ça me permet d’écrire sans réfléchir. Mais c’est tout aussi long voire plus que les emails habituels.

Contrairement aux apparences, je n’ai pas choisi ce format parce qu’il est plus court à écrire, j’ai choisi ce format parce qu’il me demande moins d’énergie. Je me sens encore en vacances quand j’écris les chroniques. Alors que j’aurais l’impression de travailler si j’envoyais des emails didactiques.

C’est tout pour aujourd’hui. Demain… on va dans un endroit où je n’aurais jamais été de ma propre initiative…