Les chroniques guadeloupéennes #15

En me levant ce matin, je me suis rendu compte que j’étais tellement déphasé que j’ai oublié le weekend ! Vous avez donc tous et toutes reçu les chroniques de samedi et dimanche, que vous soyez premium ou pas.

La boulette.

Mais en même temps vaut mieux ça que l’inverse.

Du coup, c’est offert par la maison !

Où on était ? Ah oui... le meilleur moment de mon voyage.

Le maître

En se baladant sur une mini-plage, on voit un panneau qui dit « maître-restaurateur ». Ça me fait rire : j’imagine un Ninja avec des spatules et une poêle. Les prix ne sont pas si chers : 24€ pour le plat principal. Alors pourquoi pas ?

En plus, on fête nos 3 ans avec mon amie.

RDV donc chez le maître-restaurateur.

Et... je ne sais même pas comment te raconter ça.

Pourtant, je ne suis pas très restaurant et encore moins cuisine sophistiquée. Par exemple, je suis encore convaincu que les gens font semblant d’aimer le vin pour avoir l’air adulte.

Déjà, le cadre est magnifique : on est assis à une table, adossée à une balustrade. Si je passe le pied à travers les barreaux, il touche l’eau de la mer. C’est pour te dire à quel point on est vraiment sur la plage, les pieds dans l’eau.

Ensuite, le serveur est un amour. On commande deux assiettes de tapas créoles. Il nous répond :

Vous avez vraiment vraiment faim ? Parce que ça fait beaucoup. C’est pensé pour deux justement. Je vous conseille de d’abord en prendre une puis de jauger.

Je trouve que c’est un des meilleurs signes des bons vendeurs : ils sont capables de dire non à un client qui veut trop acheter. Il avait raison : on n’a pas envisagé d’en prendre une deuxième.

Mais cette assiette... c’était... je sais pas comment te dire. La nourriture c’est pas mon grand kiff. Si tu étais là au tout début de l’Atelier, tu le sais. Je t’avais proposé un sondage où on devait classer les plaisirs de la vie. Le premier étant noté sur 100 et les autres, en fonction. J’avais mis :

Sexe : 100

Musique : 98-102 (selon mon humeur)

Nourriture : 20

Sport : 5

Sommeil : 1

Vous aviez été beaucoup à mettre la nourriture à 100. Ça a été une révélation pour moi. On ne vit pas dans le même monde. Ça doit être génial d’avoir la nourriture pour meilleur plaisir. Vous pouvez aller dans des restaurants.

Même si, je me suis rendu compte en essayant de m’affranchir du sucre que ça me donnait quand même un avantage. J’ai beaucoup moins de mal à me passer de sucre, j’ai beaucoup moins de mal à suivre un régime sain. En vrai ce qui m’empêche de manger sainement c’est plutôt la fainéantise de cuisiner.

Je pense que c’est parce que j’ai très peu d’odorat. J’ai tellement peu d’odorat que j’ai longtemps cru que les gens exagéraient quand ils réagissaient en se bouchant le nez dans le métro. D’ailleurs, quand mes camarades balançaient des bombes puantes dans la classe, j’étais le dernier à partir. Je me disais même « franchement on pourrait continuer le cours, c’est pas si incommodant que ça ».

Donc je tombe rarement en pâmoison devant de la nourriture. Je crois que la dernière fois que j’étais autant en extase pour de la nourriture c’était en 2012. J’étais en Pologne. Je mangeais une pizza.

Je ne peux pas dire que la Pologne soit l’endroit où j’ai préféré la gastronomie MAIS j’étais ivre. Du coup la pizza m’a paru géniale.

Le maître-restaurateur nous a donc servi son assiette de tapas : tempura de thon, poisson fumé et velouté de giraumon.

Je n’aime pas trop le giraumon d’habitude, là j’ai adoré.

Ne parlons même pas de ce thon. Je ne savais même pas que ça pouvait avoir une telle texture.

Un artiste restaurateur

Le mal de mer est un lointain souvenir. Je suis en extase.

On nous ramène le plat principal.

Carotte-Giraumon en purée, filet de poisson du jour, beignets de banane jaune, ravioli de fruit à pain, pain fait maison, le tout avec une émulsion d’agrumes.

Ne me demande pas ce que c’est ni à quoi ça sert, j’ai trouvé que ça n’avait aucun goût. Mais à ce qu’il paraît c’est THE truc du moment dans Top Chef de faire des émulsions.

J’aime la banane jaune cuisinée en légume. Mais ce n’est pas non plus mon truc préféré. Là c’était... tellement délicat, tellement aérien, tellement parfait.

Pareil pour le fruit à pain. Même pire. Quand ce n’est pas cuisiné en frites je ne suis pas fan. Mais là... c’était... délicat, aérien, parfait.

Tu te demandes peut-être ce qu’est le fruit à pain ?

J’ai été sur Wikipédia pour avoir l’histoire précise du nom du fruit à pain. Puis j’ai eu envie de m’acheter des draps pour mon nouvel appartement... entre temps y’avait des bugs sur le module de paiement. Probablement parce que je suis en Guadeloupe et qu’il croit que c’est une opération frauduleuse.

D’ailleurs, PayPal m’a dit de changer de mot de passe. Alors que ma banque a juste planté. Et... j’en avais même oublié ce que je faisais. Retour à la case départ. Cette fois-ci, j’espère que je vais vraiment aller sur la page Wikipédia du fruit à pain. Souhaite-moi bonne chance.

Ok c’est bon cette fois.

C’est marrant parce que tu n’as pas le temps entre deux lignes. Toi tu vois juste des lignes qui se suivent, tu ne vois pas si je me suis arrêté 20 minutes entre deux.

Je m’égare.

Le fruit à pain a été nommé comme ça par un écossais :

En deux ou trois heures de temps, la cuisson est faite, et ce fruit offre alors un aliment plus flatteur à l'œil que le plus beau pain que j'ai vu de ma vie. Le dedans est très blanc, et le dehors d'un brun pâle ; sa substance est très farineuse : c'est peut-être ce qu'on peut manger de plus agréable pour remplacer le pain, si toutefois ce fruit, ainsi préparé, ne le surpasse pas.

Voilà, c’est tout. Alors que pourtant, vraiment, faut aller chercher la ressemblance.

Mais c’est comme la plupart des fruits et légumes guadeloupéens. Soit ils étaient déjà connus (comme la mangue) soit les européens leur ont donné des noms ridicules parce qu’ils voulaient coller avec ce qu’ils connaissaient.

L’abricot qui ne ressemble pas à un abricot, la pomme-cannelle qui ne ressemble pas à une pomme, le fruit à pain...

Tout ça pour dire que je ne suis pas d’accord avec l’écossais, à part pour dire que c’est très farineux. Mais c’est pas un avantage pour moi.

Sauf que, fait par le maître-restaurateur, ça devient une des meilleures choses que j’ai jamais mangé.

C’est pour ça que je me dis que c’est un artiste. N’est-ce pas le but d’un artiste que de sublimer le matériau d’origine ?

Mon amie me dit “bah c’est comme toi avec les chroniques, tu rends intéressant tes emails alors qu’au fond c’est juste tes vacances”.

Effectivement... en tout cas c’est mon but. À toi de dire si c’est réussi. Mais effectivement, l’art de l’écriture consiste également à tenter de sublimer le matériau d’origine.

La touche finale : le dessert

On commande le dessert. En attendant, je vois les deux mecs de la table d’à côté jeter leurs os de poulet dans la mer. L’un après l’autre.

Je me retiens de me lever, de hurler, de leur renverser mon verre d’eau dans la figure. Comment on peut faire ça ? On est dans un restaurant ! Le serveur va venir t’enlever tes restes...

Comment tu peux être dans un endroit si idyllique que les Saintes et te dire que tu vas jeter tes déchets dans la mer, en bon colon ou en bon cochon ?

J’essaie de redescendre pour ne pas laisser la colère gâcher ma soirée.

On finit par nous servir le dessert.

Flop total.

Dommage.

Je m’attendais à passer du paradis au paradis du paradis. Mais non. Je redescends.

Non pas que c’était mauvais. Je vois bien que c’est bon. C’est la différence entre écouter une chanson et se dire que c’est mauvais et écouter une chanson et se dire que c’est bien mais que nous on aime pas. Là c’est pareil, je vois le travail, je vois le talent... mais j’aime pas.

Il paraît que c’est une association recherchée : chocolat-passion. D’ailleurs, je l’adore chez Pierre Hermé. C’est le seul macaron que je mange alors que je ne mange pas de macarons.

Un jour j’ai fait goûter le macaron chocolat-passion à mon ami portugais d’Erasmus. Il s’est exclamé :

“That’s an orgasm in my mouth”

Mais là... c’était amer. Il paraît que c’est normal. Mais du coup j’ai vraiment pas aimé. Dommage.

Tu imagines habiter à côté de ce restaurant

Ça ne modère pas mon enthousiasme : c’est le meilleur restaurant que j’ai essayé de ma vie. Comme tu l’as compris, je n’ai pas non plus une grande expérience. Mais ce repas me hante encore.

Si j’habitais à côté de ce restaurant, je ne ferais plus jamais la cuisine. 28€ la formule midi, je trouverais un moyen pour pouvoir toujours la financer. C’est possible. Ça les vaut tellement. J’ai même du mal à voir comment je pourrais utiliser 28€ mieux que ça ?

Bref, je suis tombé amoureux du maître-restaurateur.

On est déjà à 1500 mots... si on m’avait dit que j’aurais fait une chronique spéciale sur juste un plat dans un restaurant... sachant que la dernière chronique qui portait sur un seul événement c’était celle du mariage...

Les choses changent.

Demain je te raconte ma journée de séjour aux Saintes.

Enfin... si j’arrive à m’organiser. Je serai dans l’avion et j’atterris 2 heures avant l’heure de l’e-mail.

Pour être sûr, il faudrait que j’écrive maintenant. Mais j’ai la flemme ! J’ai envie d’aller regarder Sixième Sens. Après tout... c’est les vacances.

Du coup, à demain... peut-être à une heure un peu plus tardive que 09h.