Les chroniques guadeloupéennes #14

Je suis plié en deux dans les toilettes. Je vais vomir. Je ne vois pas comment je pourrais ne pas vomir.

Chaque fois que j’essaie de me tenir droit, la nausée me harcèle. Donc je reviens à ma position plié en deux.

Je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est dommage parce que je ne peux pas prendre de photo. Pour prendre la photo il me faudrait réussir à me redresser.

Je pense à vous. Aux chroniques. Que cette scène serait mieux avec une photo. Mais après tout... c’est moche. Ça vous ferait juste une photo de toilettes. Inutile. Prendre une photo devrait être le cadet de mes soucis.

Et puis de toutes façons j’ai trop envie de vomir pour le faire donc ça règle la question.

Mais comment me suis-je retrouvé dans cette situation ?

Cap sur les Saintes

Aujourd’hui on a décidé de passer deux jours aux Saintes. Les Saintes sont deux îles de l’archipel de Guadeloupe.

Car, oui, la Guadeloupe est un archipel. Constitué de plusieurs îles. Je dirais 7 de mémoire. Mais je n’ai pas le temps d’aller vérifier sur Google.

Je t’écris en catastrophe depuis une voiture qui me ramène de chez Cyril. On a joué à un remake du Loup-Garou mais avec uniquement des personnages du folklore créole. Je te raconterai dans les chroniques #20.

Je dis en catastrophe parce qu’il est 2h du matin ici et donc 8h dans l’hexagone. Il me reste donc une heure pour écrire, mettre en forme et publier. Ce qui est deux fois moins de temps que ce que je prends d’habitude.

Je disais donc : la Guadeloupe est un archipel. Quand on dit « Guadeloupe » sans préciser on parle des deux îles principales : Grande Terre et Basse Terre. Celles qui forment le papillon.

Mais l’archipel contient également : la Désirade, Marie-Galante, les Saintes, etc.

Les Saintes sont deux petites îles qui ont un cadre idyllique. Un incontournable. Si tu vas en Guadeloupe un jour tu ne peux pas ne pas aller aux Saintes.

Or, tu l’as probablement compris, il faut prendre un bateau pour aller aux Saintes.

On prend le bateau. Tout se passe bien. Jusqu’à ce que rien ne se passe bien. Je sens la nausée.

Je me dis que je vais courir rejoindre le haut du bateau. J’hésite à prendre le sac à vomi. Mais ce serait abandonner. C’est con... j’aurais dû. C’est comme quand on préfère faire un détour que faire demi-tour.

Je décide de monter sur la « terrasse » pour stopper le mal de mer. On n’a moins le mal de mer quand on sent le vent. Sauf que je ne trouve pas l’escalier. Tout ce que je trouve c’est les toilettes.

J’entre.

La suite tu la connais.

J’attrape la rambarde qui sert notamment aux personnes en fauteuil. Je me plie en deux. Et ... magie... ça me soulage.

Mais je ne peux pas rester comme ça pendant toute la traversée...

J’essaie de trouver un moyen.

Sinon je me redresse et je me laisse vomir ?

Je suis bloqué. Personne sait que je suis aux toilettes. Mon amie croit que je suis monté à l’étage.

Je n’arrive pas à bouger.

Mais je ne peux pas rester comme ça pendant toute la traversée...

Comment faire ?

Sinon je me redresse et je me laisse vomir ?

Je déteste vomir. Je hais ça.

Je ne vais pas rester comme ça toute la traversée...

Ah bah c’est fini !

Dans mes souvenirs c’était une traversée bien plus longue.

Problème réglé. On est arrivés.

Un des plus beaux endroits du monde

« Comment on peut vivre ça ? C’est si beau ! »

Mon amie a raison... mais je n’arrive pas à savourer. Je suis encore secoué du mal de mer, je suis grognon. Je ne peux m’empêcher d’être blasé et de me dire que c’est moins bien que dans mes souvenirs.

Alors que non... elle a raison. Je m’en rendrai compte quand le mal de mer sera retombé.

On arrive à l’hôtel, on s’endort immédiatement.

Le passager clandestin

Au réveil, on tombe sur une chaîne info avec un plateau où des gens débattent du Pass Sanitaire. Un des intervenants explique que c’est une problématique classique de passager clandestin. Chaque personne peut se dire « je n’ai pas intérêt à le faire si tous les autres le font ».

Il prend pour exemple celui d’une manifestation. Je souris parce que c’est exactement mon comportement vis-à-vis des manifestations. Voilà le raisonnement : soit la manifestation échoue, soit elle réussit. On suppose que je suis d’accord avec les revendications. Sinon il n’y a aucun dilemme.

Si la manifestation échoue, j’ai économisé mon énergie et le risque de me faire frapper par la police. Si la manifestation réussit, j’ai économisé mon énergie et j’ai obtenu ce que je voulais.

Dans tous les cas, la stratégie individuelle gagnante est de ne pas aller à la manifestation. Sauf que si tout le monde pense comme ça, personne n’y va et c’est sûr qu’elle échoue. Exactement ce que je fais tout le temps. J’ai beaucoup trop peur de la police. Comme dit Cyril, les policiers sont les humains dont j’ai le plus peur. Depuis que je suis en âge de comprendre que je suis Noir.

« Tu dis pas quand c’est bien »

C’est ce que vient de me dire mon amie, d’un ton bougon. Elle a raison. Je dis que quand c’est mal.

Je ne comprends pas ce que j’ai écrit sur mon carnet

Pour écrire les chroniques, je prends des notes manuscrites dans un carnet le jour-même. Comme ça, 6 jours plus tard, quand j’écris le format numérique je peux me référer à ce brouillon.

Là, y’a écrit « descendre mais moins bas ». Je n’ai aucune idée de pourquoi j’ai écrit ça.

J’ai écrit aussi « la théorie du sel et du poivre sur Tinder » mais je ne sais pas si j’ai le temps de te raconter. Il me reste 33 minutes avant l’heure limite. On essaie ?

Allez, on essaie.

Sel et poivre

En gros, avec mon amie, on a partagé nos expériences respectives en rencard. Avec l’idée que plus on fait des rencards et plus on apprend à trier correctement.

Je me lance alors dans une métaphore : on a le sel et le poivre. Le sel c’est l’attraction physique, le poivre c’est l’attraction mentale.

- Le sel, chez moi c’est immédiat, ça se fait dans les 30 premières secondes. Le poivre c’est un peu plus long mais pas beaucoup plus long : en 15 minutes je sais, voire en 5 minutes.

- Tu sais déjà si tu peux tomber amoureux ?

- Ah non ! Ça c’est encore une autre épice... le curry si tu préfères : c’est rare. Mais en vrai... ça aussi je le sens très vite. Moins d’une semaine c’est sûr. Pour toi, j’ai su la deuxième fois qu’on s’est vus. En même temps... t’es venue avec un livre à m’offrir. Un livre que je voulais lire depuis longtemps en plus. Qui fait ça ?

Un truc incroyable le soir

Le soir, on a vécu mon moment préféré du séjour. Mais je n’ai plus le temps de te raconter. On en parle demain.