L’enfer de la léthargie - bienvenue dans ma mélasse
On est fin 2025 et je suis de retour dans la mélasse. Je ne sais pas comment je connais ce mot. Google me dit que c’est un : liquide visqueux incristallisable. C’est exactement mon état.
Le truc c’est que je pensais que la mélasse était un truc du passé. Je l’ai découverte en 2013, quand j’ai lancé ma première entreprise : FortyNiners.
Fun fact : à l’époque on m’avait déjà conseillé de l’appeler Galita et j’avais refusé. Aujourd’hui mon entreprise s’appelle l’Atelier Galita.
La mélasse est un état de léthargie où je n’arrive à rien faire. Ce n’est pas une distraction. Je ne fais ni ce que je dois faire, ni ce que j’aimerais faire.
Aujourd’hui je finis souvent aspiré par TikTok ou YouTube, mais j’ai la chance d’avoir connu le monde d’avant. Du coup ce narratif comme quoi c’est la faute des nouveaux réseaux sociaux et avant on avait pas le problème ne fonctionne pas sur moi.
J’avais le problème bien avant l’invention de TikTok.
Mais… c’était ma première expérience professionnelle, j’ai mis ça sur le compte de l’inexpérience.
Rétrospectivement je me rappelle que j’avais acheté un livre sur la gestion du temps juste après la fin de mon école car ma hantise c’était d’être incapable d’être employable à cause de mon incapacité à gérer le temps…
Justement, depuis j’ai appris des méthodes, j’ai grandi, j’ai dix ans de plus.
Je ne me rappelais même plus de la mélasse.
En 2014 j’ai rejoint une entreprise qui s’appelle L’École du recrutement. Je l’ai quittée en 2025. C’est là que la mélasse a repris.
J’ai découvert brutalement que ce qui avait changé c’était pas mes compétences, ma maturité ou quoi… c’était que j’avais un cadre managérial. J’avais quelqu’un pour me dire quoi faire.
J’ai préparé mon départ de l’École du recrutement pendant plusieurs années. Puisqu’en 2021 j’avais déjà dit que je partirais probablement en 2025.
Et, à chaque fois, ce qui inquiétait ma compagne c’était ce que donnerait l’autisme si jamais je n’avais plus l’obligation d’aller fréquenter du monde. La plupart des mes interactions sociales étaient professionnelles. Sans compter le simple fait de sortir de chez soi. Je sortais pour aller de temps en temps au bureau.
Alors bien sûr, on avait pas encore le mot “autisme”. Mais c’est ça qui l’inquiétait. Pour ma part, ça m’inquiétait moins mais ça m’inquiétait quand même.
Sauf qu’entre temps j’ai découvert que j’étais autiste, j’ai fait les aménagements pour améliorer ma vie et la catastrophe n’est jamais arrivée. On en a parlé des années et en fait rien ne s’est passé. Je ne saurais jamais si c’est parce qu’on a surestimé le danger, si c’est parce que je me suis préparé longuement ou si c’est les deux à la fois.
Tu sais, comme le bug de l’an 2000.
En revanche, j’ai redécouvert des difficultés que je n’avais plus, des difficultés dont je ne me souvenais plus.
À commencer par la mélasse.
N’avancer sur rien
Je me forçais à avancer quand même, mais c’était inutile. Car j’avançais quelques minutes sur un projet A, puis quelques minutes sur un projet B, puis quelques minutes sur un projet C… et à la fin de la journée je n’avais avancé concrètement sur rien.
C’était horrible.
D’ailleurs, début octobre je suis allé voir mon amie Nina en disant que ça va pas du tout, que je crois que je suis anxieux en permanence…
C’était horrible.
Je l’ai déjà dit mais y’a vraiment que ça qui me vient.
Avoir travaillé sur l’autisme et pas le TDAH a créé un contraste saisissant
En fait, j’avais mis en place énormément d’aménagements autistiques. Mais j’avais traîné sur la partie TDAH. Puisque, comme tu le sais, je ne me voyais pas comme TDAH.
Mais je me suis retrouvé à vivre l’inverse de ce que mes clientes me racontent. Beaucoup d’entre elles ont commencé par se découvrir TDAH. Elles ont alors essayé la ritaline, mis en place des solutions et constaté que y’avait toujours des obstacles inexpliqués. C’est à ce moment qu’elles se tournent vers l’autisme.
Dans mon cas j’ai donc commencé par me découvrir autiste, j’ai fait la chasse à mes triggers, découvert comment enrayé mes burnout autistiques… mais y’a toujours un truc qui cloche.
Enfin… qui cloche dans l’explication. Parce que y’a des trucs qui sont source de joie. Quand je ne suis pas en danger financier, j’aime bien avoir une vie illuminée par plein de nouveaux trucs que j’achète. Je peux m’émerveiller sur une ardoise à 10€, l’utiliser à fond pendant 2 semaines puis l’oublier totalement.
Ma vie dans les phases où j’ai de l’argent c’est ça :
La régression TDAH
Dans l’autisme on parle de régression autistique quand une personne découvre qu’elle est autiste et que subitement telle a l’impression de DEVENIR encore plus autiste. Par exemple, je n’ai jamais aimé les bruits de la rue mais quand j’ai compris que j’étais autiste ça s’est décuplé, comme si d’un coup on avait mis le volume au max.
C’est assez déstabilisant. Un peu comme si notre esprit et notre corps comprenaient enfin qu’une partie de l’énergie est consumée par la compensation.
Et donc… plus j’ai accepté l’idée d’être TDAH et plus je me suis surpris à perdre des trucs. Heureusement, y’a un tracker GPS sur mes clés, mon portefeuille et mon sac.
Plus j’ai accepté l’idée et plus c’est devenu trop dur de rester assis à écouter quelqu’un alors que je peux me lever et continuer de l’écouter.
Plus j’ai accepté l’idée et plus j’ai senti mes variations d’humeur.
Plus j’ai accepté l’idée et plus certaines choses me sont parues insupportables.
Plus j’ai accepté l’idée et plus ça a été dur de ne pas me gaver de chocolat tous les jours.
Aujourd’hui j’ai appelé quelqu’un de l’audience et on discutait du mot « flemme », que j’ai souvent dit dans ma vie que j’avais la « flemme » mais que c’était pour cacher que c’était une tâche trop dure pour moi. Elle m’a proposé de remplacer ce mot par « c’est trop violent pour moi ». Ou « c’est trop dur pour moi ». Et c’est pas un détail : accepter que certaines choses sont tout simplement trop dures.
Je voulais finir ce texte par « ok, je suis TDAH ». Mais je vais pas faire genre : ça fait encore bizarre.
J’ai encore besoin de cheminer dans ma tête pour me rendre à l’évidence. Mais j’en suis plus très loin.


