Le TDAH ressemble à l'autisme
Aujourd’hui je te présente Julien.
Quand Julien se met à fond dans un sujet, il s’y met à fond. Au point parfois d’oublier de manger, de boire, d’aller aux toilettes. D’ailleurs parfois il en souffre un peu, parce que ce n’est pas quelque chose qu’il contrôle.
Julien adore aller au restaurant mais les bruits sont un enfer. Pour lui le “fond sonore” n’est pas un fond du tout : il est distrait par les conversations des tables d’à côté. Idem dans la rue, du coup il adore son casque antibruit qui lui permet de se couper.
Dans les situations sociales, Julien a du mal avec le small talk et les tours de parole. Il monopolise souvent la parole sans s’en rendre compte. D’autant plus qu’il ne regarde pas les gens dans les yeux.
Enfin, Julien, a un hand spinner qu’il emporte partout avec lui pour s’occuper les mains.
Question : Julien est-il autiste ?
Peut-être. Mais, sur cette description seule, tu ne peux pas savoir s’il n’est pas plutôt TDAH (sachant qu’il peut évidemment être les deux).
Parce que, de l’extérieur, tu observes :
Une tendance aux intérêts intenses
Une hyper réactivité auditive
Des difficultés sociales
Du stimming (auto-stimulation)
Des troubles du sommeil
Sauf que… tout ça peut venir de l’autisme comme du TDAH. D’ailleurs, quand c’est le TDAH on dira plutôt hyperfocus qu’intérêt intense et fidgeting que stimming : mais on décrit la même chose en surface.
Pour savoir il faut donc creuser ce qui pousse Julien à avoir ces comportements de surface. Car, on ne le dira jamais assez : l’autisme et le TDAH sont des phénomènes internes. Une personne autiste et/ou TDAH pourra toujours faire semblant, en surface, de ne pas l’être.
Est-ce que les difficultés sociales de Julien viennent du fait qu’il est facilement distrait et qu’il n’a pas la patience de ne pas couper la parole (TDAH) ou est-ce que ça vient du fait qu’il méprise les conventions sociales et que même en se concentrant il ne comprend pas les tours de parole (autisme) ?
Est-ce que le hand spinner l’apaise (autisme) ou l’aide à se concentrer (TDAH) ?
Est-ce que les bruits sont une distraction permanente (TDAH) ou est-ce que c’est aussi une souffrance (autisme) ?
Est-ce que ses hyperfocus sont déclenchés par la nouveauté, l’urgence, le challenge (TDAH) ou est-ce que de manière générale il a une attention laser, monotropique, qui explore juste un sujet à la fois ? (autisme)
Et ainsi de suite.
Les critères de l’autisme n’ont rien à voir avec ceux du TDAH, mais les traits, si
La première fois qu’on m’a dit qu’autisme et TDAH se ressemblaient je suis resté incrédule : rien ne me semblait plus opposé. Mais c’est parce que je regardais les critères.
Est-ce que tu comprends la différence entre les deux ? Par exemple, l’hyperlexie (le fait d’avoir appris à lire très tôt) est un trait autistique. La majorité des enfants hyperlexiques sont autistes. Mais ça ne concerne que 5 à 20% des autistes. Par conséquent, on va pas s’en servir comme critère. Admettons que 100% des hyperlexiques sont autistes, mais que 5% des autistes soient hyperlexiques… bah tu vas pas mettre ça dans tes critères d’évaluation, parce que si tu observes que la personne n’est PAS hyperlexique, ça t’avance pas beaucoup.
On veut donc empiler des trucs qui concernent 80-95% des autistes. Sauf que… un trait simple qui concerne 95% des autistes ça existe pas. C’est pour ça que les critères ce sont des clusters de traits. Un critère c’est plusieurs traits de la même famille. Par exemple dans le critère B2, la psychorigidité autistique tu vas avoir des trucs comme : le besoin envahissant d’autonomie, l’aversion aux intrusions, le besoin impérieux de correction, l’allergie à l’injustice, etc.
Du coup, les critères de l’autisme c’est plutôt :
A1 - Communication verbale autistique
A2 - Communication non-verbale atypique
A3 - Construction autistique des relations
B1 - Comportements répétitifs avec le corps et/ou des objets
B2 - Des îlots de psychorigidité
B3 - Intérêts intenses et monotropisme
B4 - Hyper et/ou hypo réactivités sensorielles
Alors que les critères du TDAH tu vas avoir des choses autour de l’attention et des choses autour de l’hyperactivité physique ou mentale.
Mais c’est parce que les diagnosticien·nes ont estimé que c’est ce qui permettait de reconnaître le plus facilement l’un et l’autre. En fait c’est même logique qu’on utilise comme critères des traits qui ne se ressemblent pas.
Mais voici des traits que l’autisme et le TDAH ont en commun :
Dysrégulation émotionnelle (montagne russe d’émotions)
Difficultés exécutives
Dysphorie du rejet (une douleur face au rejet)
Une fuite du eye contact
L’alexithymie
Une plus grande chance d’avoir vécu des abus
Le masking
La dyspraxie (une sorte de maladresse)
Les troubles du sommeil
Pour différencier les deux, ce qu’il faut c’est revenir aux critères parce que précisément ils ont été faits pour ça. Mais souvent ça ne suffit pas. Il faut aussi se poser la question de la logique sous-jacente du fonctionnement de surface.
Les difficultés sensorielles des TDAH
La première fois qu’on m’a dit que les TDAH avaient des difficultés sensorielles j’ai cru que la personne confondait avec l’autisme. Car ça ne fait pas partie des critères du TDAH. En revanche c’est bel et bien un trait extrêmement répandu chez les TDAH.
En 2021, la chercheuse Florine Dellapiazza et ses collègues cherchent à comparer la sensorialité des autistes, des TDAH et des neurotypiques1.
Elles rappellent, qu’on parle souvent de la sensorialité atypique chez les autistes qui en concernerait “82 à 97%, indépendamment de l’âge et du niveau cognitif”. Mais elles rajoutent qu’on passe souvent à côté de la sensorialité atypique des TDAH alors que “50% des enfants avec TDAH présentent un profil sensoriel atypique, tel que mesuré par la version courte du questionnaire Sensory Profile”. Par comparaison, les neurotypiques sont plutôt 10-12% à avoir un profil sensoriel atypique.
L’équipe franco-italienne va donc faire sa propre enquête en utilisant un test sensoriel classique en 4 cadrants :
Hypo réactivité
Recherche sensorielle
Hyper réactivité subie (je ressens de la gêne mais je fais rien)
Hyper réactivité avec fuite
Résultat :
Les autistes ont été environ 60% à avoir un score atypique sur l’hypo réactivité, la recherche et l’hyper réactivité subie. Mais surtout 92% sur l’hyper réactivité avec fuite. C’est ce qui explique que ça soit quelque chose de si connu chez les autistes : quasiment tous les autistes ont ce souci de l’hyper réactivité qui gêne au point de devoir réagir. Par exemple mettre un casque antibruit.
Les neurotypiques ont été à moins de 10% concernés par l’hypo réactivité et la recherche sensorielle, et 0% par les hyper réactivité. 0. Jusque là c’est normal, puisque l’échelle de mesure sert justement à différencier les profils typiques des profils atypiques.
Et les TDAH, alors ? Voici leur résultats :
Hypo réactivité - 71%
Recherche sensorielle - 68%
Hyper réactivité subie - 58%
Hyper réactivité avec fuite - 64%
Pire encore, l’équipe de recherche (attention langage déficitaire) rajoute que :
Bien que le profil sensoriel atypique soit largement étudié dans le TSA et actuellement utilisé comme un critère diagnostique central, il commence seulement à être étudié dans le TDAH.
Nos résultats suggèrent que le profil sensoriel atypique est plus similaire et plus fréquent que prévu dans le TSA et dans le TDAH, et renforcent des résultats publiés récemment.
De plus, fonder des diagnostics sur les résultats du questionnaire de profil sensoriel atypique conduit à une mauvaise classification d’enfants ayant un TSA ou un TDAH dans 45,9% des cas, ce qui soutient l’idée d’un chevauchement entre les symptômes de ces deux troubles. Par conséquent, en pratique clinique, la présence d’un profil sensoriel atypique ne peut pas aider au diagnostic différentiel entre TSA et TDAH.
En d’autres termes : si la seule chose que tu sais sur une personne c’est qu’elle a des difficultés sensorielles, tu ne peux pas savoir si elle est autiste ou TDAH.
La spécificité de l’hyper réactivité auditive
Autre point : l’hyper réactivité auditive est la plus marquée, chez les deux populations. Mais encore plus chez les personnes qui cumulent. Ce qui veut dire qu’un signe d’une personne TDauH c’est qu’elle risque d’être encore plus dérangée par les stimuli auditifs qu’une personne autiste “simple”.
Le sensoriel n’est qu’une similitudes parmi d’autres
On l’a vu on aurait aussi pu creuser :
Les difficultés sociales chez les TDAH
La ressemblance entre intérêts intenses et hyperfocus
Les difficultés d’attention chez les autistes
Mais ça commence à faire long. Ce que tu peux d’ores et déjà retenir c’est que l’autisme et le TDAH se ressemblent étrangement.
On en discute lors de ma prochaine conférence
Si tu veux creuser ce sujet, j’organise une conférence en ligne gratuite jeudi 28 mai de 12h15 à 13h45.
Sensory processing related to attention in children with ASD, ADHD, or typical development: results from the ELENA cohort


