Le radar à racisme

Dans le groupe Whatsapp Premium on a eu une discussion qui est partie de cet email :

Rien ne va dans cet email

Entre le nom de l’expéditeur qui est une usurpation d’identité, le sujet qui l’est tout autant et l’intro qui essaie de justifier laborieusement les deux points précédents… j’ai simplement eu envie de l’insulter.

Mais, à la place, je l’ai partagé dans le Whatsapp.

Deux personnes ont alors réagi en disant que ça sentait quand même fort le masculiniste.

Un débat s’est alors ouvert pour savoir si ces lignes suffisait à le qualifier ainsi.

Le doute n’était pas permis

Il se trouve, que j’ai reçu un autre email de la même personne qui laissait peu place au doute :

On a donc bien quelqu’un qui tient un propos ouvertement antiféministe. Il ne prend même pas la peine, comme font certains à l’extrême-droite de dire “les féministes radicales” pour différencier les féministes acceptables (toujours mortes) des féministes qui sont des fausses féministes.

Là il dit pointe carrément toute l’idéologie féministe.

La définition même d’un masculiniste.

Était-ce un coup de chance ?

Un autre débat a alors éclaté pour savoir si elles avaient eu un coup de chance.

Je ne pense pas.

Même si d’autres étaient très sceptiques.

Moi-même, je n’aurais probablement pas été en mesure de sentir ça avec le premier email.

Je pense que tu imagines la différence entre les personnes qui ont eu le flair et celles qui ne l’ont pas eu (dont je fais partie) ?

D’un côté les personnes directement menacées par l’idéologie masculiniste, d’un autre… bah les mecs.

Le radar à racisme

En fait… c’est dur à expliquer rationnellement. Au fond, comment prouver uniquement avec les raisons qu’il y a un souci ?

On ne peut pas.

Il en va de même avec le racisme.

Macron a déclenché mon radar dès 2017, en pleine campagne. Simplement en disant “je vais m’expatrier” pour parler de la Guadeloupe. Le radar a sonné faiblement, mais il a sonné.

Puis, il a récidivé, un mois après son élection, avec une blague sur une embarcation :

L'un d'entre eux évoque différents types d'embarcations : « Il y a des tapouilles et des kwassa-kwassa. » « Ah non, c'est à Mayotte le kwassa-kwassa », relève alors le président de la République. « Mais le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c'est différent », plaisante-t-il. Après un bref silence un peu gêné, il ajoute : « Les tapouilles, c'est les crevettiers. »

Y’a tout dans cette séquence… la manière de le dire… le fait de s’attendre à ce que tout le monde en rigole…

La suite on la connaît…

Mon radar n’était pas fou : il a au moins une grande tolérance au racisme ordinaire.

Des signaux faibles

Tout le problème c’est que le radar ne peut repérer que des signaux faibles puisque personne ne dira frontalement “je perpétue le racisme ordinaire”.

Du coup, si on en parle à des personnes non-concernées, il faut se justifier, expliquer, etc.

Souvent je n’ai pas cette énergie. Alors je garde pour moi.

D’ailleurs, parfois il y a des faux positifs. Sinon ce ne serait pas un enjeu. Parfois mon radar s’allume et au final c’était bien un hasard ou une maladresse.

C’est un des effets les moins discutés du racisme : l’état de vigilance permanent. On ne sait jamais si le radar est fiable ou si c’est un faux positif. C’est tout le souci.

C’est toute la fatigue mentale.

Que faire quand le radar de quelqu’un s’allume ?

J’imagine que toutes les personnes concernées par une oppression possèdent un radar approprié.

Que faire quand celui d’une autre personne s’allume ?

D’abord, il faut réussir à se répéter qu’une personne qui partage son radar avec vous a eu un signal assez fort. En effet, personne n’est naturellement à l’aise avec ces sujets. Donc il faut que le signal soit suffisamment fort ou que vous soyez vraiment une oreille accueillante pour l’entendre.

Pour autant, est-ce que ça lui donne toujours raison ? Non. Bien sûr que non. Mais la probabilité qu’elle ait raison est souvent plus forte.

Savoir ça me rend-il parfait ? Non.

Récemment Mélenchon a déclenché pas mal de radars à antisémitisme avec une phrase qui disait en substance que le problème ce n’est pas le musulman mais le financier.

J’ai eu directement envie de contredire.

Mais… justement, peut-être qu’on devrait prendre l’habitude de d’abord écouter. De s’interdire de contredire avant d’avoir tout écouté, quand ça arrive.

Je dis “on”, je m’inclus dedans.

Autre réflexe qu’on peut avoir : se rappeler que le résultat du radar n’est pas forcément démontrable. La personne n’a pas forcément les mots sur l’intuition.

Par exemple, en 2011 j’avais déjà l’intuition que le blackface était raciste, comme beaucoup de personnes Noires. Mais à l’époque c’était impossible à faire entendre autour de moi.

Cette photo a été prise dans mon école. On passait pour des relous parce qu’on disait que y’avait un souci. Leur défense c’était “bah on peut plus se déguiser ? Le dress code de la soirée c’était all black”.

Aujourd’hui, bien plus de personnes sont convaincues car les mots ont été posé. Mais le fait est que je le sentais avant les mots. Nous le sentions avant les mots.

Les mots, je ne les avais pas. Les mots, la personne avec qui vous discutez ne les aura pas forcément. Il faut donc de l’indulgence quand ça arrive.