Tu peux remplacer par n’importe quelle situation d’oppression systémique.
Le sexisme fatigue encore plus quand on est une femme autiste.
L’homophobie, la transphobie fatiguent encore plus quand on est LGBTQIA autiste.
L’antisémitisme fatigue encore plus quand on est juif·ve autiste.
Et ainsi de suite…
Je suis en train de finir de lire le livre de Liam O’Dell, Selling Out the Spectrum: Selling out the spectrum : How Science Lost the Trust of Autistic People, and How It Can Win It Back.
Dedans, y’a un passage sur les thérapies ABA. En résumé, la thérapie ABA est à l’autisme ce que les thérapies de conversion sont à l’homosexualité. D’ailleurs, l’inventeur de l’ABA a aussi participé à l’invention des thérapies de conversion.
L’idée est la même : tu punis l’autiste qui se comporte comme un·e autiste de même que tu punis la personne homosexuelle qui se comporte comme une personne homosexuelle.
Mais, attention, y’a aussi un côté cool (sarcasme) que les défenseurs aiment se précipiter à rappeler : tu récompenses l’autiste qui se comporte comme un·e alliste !
Bah alors, de quoi vous vous plaignez ? C’est comme ça qu’on dresse les chiens pourtant. “Chantage émotionnel” ? Comme vous y allez !
Malheureusement, y’avait encore des centres d’ABA qui en 2020 utilisaient un appareil qui délivrait des chocs électriques aux enfants autistes.
On a donc une condamnation quasiment unanime de l’ABA de la part des associations d’autistes tenues par des autistes (et évidemment, les associations de parents d’autistes trouvent ça vachement cool).
J’aimerais te dire que je force le trait, mais c’est encore sur la page d’accueil de SOS Autisme France, l’association qui nous avait pris la tête sur tous les médias pour s’opposer à la Barbie Autiste.
Mais, plusieurs militantes autistes noires ont rappelé que y’a beaucoup de familles noires qui n’ont pas le choix que d’imposer l’ABA à leurs enfants :
Il y a aussi une nuance autour de l’ABA, soulignée par la Dr Giwa Onaiwu dans une série de tweets publiés en janvier 2022. « Je n’irai pas reprocher quoi que ce soit à une mère noire, seule et en galère, qui inscrit son enfant en ABA à contrecœur, parce qu’elle sait que si elle ne le faisait pas, elle aurait sans doute les services de protection de l’enfance à sa porte », écrivait-elle.
Pendant notre conversation, je lui demande de développer. « Ce que les autistes — surtout les blancs — n’arrivent pas à comprendre, c’est qu’une grande partie de nos vies d’autistes noirs, c’est déjà de l’ABA. Du coup, l’ABA, c’est le cadet de nos soucis », explique-t-iel.
Elle a raison : le racisme est déjà de l’ABA. Dans le sens où en tant qu’autiste Noir, je vais être puni dans l’espace public si on me perçoit comme étant agressif, bien plus qu’un autiste blanc.
Idem quand je marche dans la rue, je ne peux pas me permettre d’avoir l’air menaçant.
D’ailleurs j’ai découvert sous le choc que…
Les autistes Noirs ont beaucoup plus de chances d’être assassiné·es par la police que les autres
Aux USA, une association estime qu’entre 33 et 50% des personnes tuées par la police sont handicapées. Et évidemment, la plupart sont noires. C’est une estimation car on ne peut pas accéder aux chiffres officiels, l’association doit donc reconstruire en faisant les stats à partir de ses enquêtes.1
Car… le plus souvent, la police masque le fait que la personne était handicapée. Pour ne pas que l’opinion publique se révolte.
Alors bien sûr c’est pas 50% d’autistes, tu as tous les handicap.
Mais quand j’ai lu ça, j’ai compris pourquoi mon rapport à la police est si compliqué. Ce n’est pas que parce que je suis Noir, c’est aussi parce que quand je leur parle ils ont l’impression soit que je suis hostile, soit que je me fous de leur gueule. Malgré tous les efforts que je fais.
Et j’ai testé pour toi de dire “je suis autiste”… très mauvaise idée, c’est ça qui a fait exploser la situation car ils ont entendu “vous êtes d’horribles personnes”.
Mais pourquoi je te parle de fatigue.
Déjà parce que c’est le thème de la semaine, mais ce n’est pas une manière de minimiser la violence du racisme et du validisme en résumant à la fatigue.
C’est parce que c’est un des effets secondaires dont on ne parle pas assez. Je t’ai déjà parlé de la théorie du stress minoritaire. Ça explique comment les personnes victimes d’oppression accumulent de l’anxiété diffuse et permanente qui en retour dégrade leur santé mentale.
Je croyais que je faisais un burnout parce que j’étais Noir alors que je faisais un burnout parce que j’étais Noir ET autiste
Je ne peux pas mieux le dire. En 2022 et 2023 j’ai beaucoup dit autour de moi que je faisais un burnout-racial. Et je trouve ça fou avec le recul parce que je ne connaissais pas encore le concept de burnout autistique. C’est juste le mot qui m’est venu.
Mais maintenant je sais que c’était aussi un burnout autistique.
Je me reconnais totalement dans les mots d’une des personnes noires interviewées dans Unmasking Autism et qui dit (je paraphrase) :
Je croyais que j’étais fatiguée à cause du code-switching (l’équivalent du masking mais pour les personnes noires) mais en fait je réalise que j’étais bien plus fatiguée par le masking.
Voilà.
Bon… la semaine prochaine je ne vais pas te donner de solution contre le racisme, le sexisme… ni même contre le validisme. En revanche on va voir comment aménager sa vie pour diminuer cette fatigue.
https://rudermanfoundation.org/wp-content/uploads/2017/08/MediaStudy-PoliceDisability_final-final.pdf
