Le petit achat qui a changé ma vie #5

Le presque dernier épisode

Je pense que ce sera presque le dernier épisode de la série. Je t’explique à la fin pourquoi presque et ce que j’ai à te proposer.

Je ne me rappelle plus distinctement de ce qui a vraiment eu lieu. J’ai des flashs flous, des émotions… sans le récit de mes parents, je ne pourrais pas m’en souvenir.

J’étais en CE1 ou en CE2. J’hésite parce que j'étais dans une classe mélangée CE1/CE2. Je me rappelle que le prof avait un nom du type Monsieur Tabarly. On était à Reims ou à Troyes. Je pense à Reims.

J’avais un super pote qui s’appelait Didier Gaillard ou Didier Ségaillard. Je sais que je l’appelais Ségaillard mais je ne sais plus si c’est parce qu’il avait une Sega (la console de jeu). On jouait à Sonic chez lui, j’étais Tails (le numéro 2). Ma plus grande fierté avait été de réussir à le protéger lors d’un niveau de fin, en prenant le coup et mourant à sa place, nous permettant in fine de gagner.

Comme quoi… j’avais déjà cet instinct que j’ai encore aujourd’hui d’être numéro 2, jamais numéro 1. Mais c’est un autre sujet.

J’avais donc ce prof… ce “maître”, puisque c’est comme ça qu’on dit à cet âge. Un jour il a proposé à mes parents de me garder après les cours pour m’enseigner les échecs.

Mon premier contact avec le jeu d’échecs

Mes souvenirs sont très flous. Je me rappelle que j’ai aimé ça et que je me suis mis à me déplacer comme un cavalier pendant plusieurs jours. Dès que je trouvais des carreaux, je faisais le cavalier.

Je n’ai malheureusement pas plus de souvenirs que ça.

On est donc environ en 1996 quand j’apprends à jouer aux échecs.

Mon père m’achète un mini jeu électronique

Je n’avais personne pour jouer avec moi. Pour que je continue mon père m’a donc acheté un jeu d’échecs électronique.

En vrai, je triche car ce n’est pas vraiment cet achat qui a changé ma vie mais bien le jeu d’échecs en lui-même. Le sport, j’entends. Pas l’objet.

J’ai continué un peu puis ma curiosité s’est éteinte.

Kader, le deuxième prof

Je ne sais pas comment, on m’a proposé de jouer aux échecs au collège. J’étais en 4ème ou en 3ème. Plus probablement en 3ème.

Je ne me rappelle plus de comment ça s’est fait. Je sais juste que je me suis retrouvé à suivre des cours d’échecs le samedi.

J’adorais ça.

Mon prof s’appelait Kader.

À cette époque, le collège de Deshaies dominait la Guadeloupe car ils avaient un proviseur fan d’échecs qui leur donnaient des cours. C’était, à vrai dire, le seul collège qui s’y intéressait vraiment. Il paraît que juste avant c’était le collège de la Désirade qui dominait mais qu’ils avaient perdu leur génération dorée.

Kader voulait changer ça.

Il a donc pris cette équipe dans mon collège (celui du Lamentin).

Ma première compétition

Le jeu d’échecs est reconnu comme un sport. Parce qu’une partie de six heures demande une certaine condition physique, mais aussi parce que c’est une discipline compétitive.

Le jour du championnat de Guadeloupe des collèges est arrivé.

C’est une compétition par équipe. Comment ça fonctionne ?

Chaque collège présente 8 joueurs. Classés dans l’ordre. Le meilleur joueur en table 1, le moins bon en table 8…

Enfin… ce n’est pas obligé : on peut avoir comme stratégie de mettre son numéro 1 en table 2 pour être “sûr” d’avoir une victoire.

Je ne sais plus quelle était ma table.

Je me rappelle juste qu’on s’était fait laminer.

Mais qu’un de mes camarades (qui depuis est devenu mon ami) avait réussi à arracher une victoire contre Deshaies !

On est repartis tellement contents d’avoir réussi à arracher une victoire à l’ogre !

Kader a un grand sourire.

Au lycée, je continue

Entre temps je suis piqué. Je lis des revues d’échecs toutes les semaines, j’achète des livres.

J’importe donc ma passion au lycée de Sainte-Rose.

Et… j’y rencontre mes deux premières copines.

À une époque où je me disais que je serai forcément célibataire toute ma vie car je n’étais pas parmi les stars du collège ou lycée.

Fun fact : à chaque fois elles étaient la meilleure joueuse de Guadeloupe et la joueuse de notre équipe.

Car, il fallait forcément une joueuse pour pouvoir participer au championnat (ou un joueur si l’équipe était majoritairement féminine).

Pourquoi je te raconte ça ?

Parce que je trouve qu’on oublie de se rappeler que quand on développe un hobby qui nous épanouit, on a plus de chances de développer des relations sociales. Que ce soit des ami·e·s ou des partenaires. Peu importe le hobby. Il y aura toujours des gens comme toi.

J’insiste parce que, dans un manuel de drague (le seul valable que je connaisse), l’auteur argumente en disant que c’est normal que le hobby soit un des meilleurs endroits de rencontre car on est en train de faire un truc qu’on aime et qu’on rencontre une autre personne qui aime faire ce truc qu’on aime. Mais, il nuance ce propos en prenant pour exemple… les échecs :

If you are a competitive chess player, you probably won’t meet many women at chess tournaments.

J’ai eu immédiatement envie de lui écrire “tu as raison et tu ne devrais pas nuancer : tous les centres d’intérêts augmentent les chances de développer de meilleures relations”.

Même les échecs.

Ce que j’ai appris aux échecs

Les échecs ont vraiment changé ma vie. Je pourrais faire un livre sur ce que ça m’a apporté. Voici quelques pistes en vracs :

On confond expertise et intelligence

On aime bien voir le jeu d’échecs comme un révélateur d’intelligence. Ça ne l’est pas. D’ailleurs, on voit bien que même si Kasparov a perdu contre l’ordinateur Deep Blue (qui avait triché la première fois)… on ne peut pas dire que les ordinateurs sont plus intelligents que les humains.

Parce que les échecs sont avant tout un jeu de mémorisation et d’anticipation. Pour un humain en tout cas. Si tu ne connais pas ce qu’on appelle “les ouvertures” c’est-à-dire les possibilités sur les 10-15 premiers coups, tu te feras toujours dominer par les personnes qui les connaissent.

Ce qui m’amène au point suivant.

La théorie est plus efficace que l’expérience

Jouer 1 000 parties d’échecs fera toujours moins progresser que d’en jouer 100 et d’étudier la théorie. Parce que la théorie c’est l’expérience accumulée des générations qui nous ont précédé.

Sans ça, on réinvente la roue.

Par exemple, j’ai eu dans ma vie de joueur des phases qui correspondent aux phases historiques du jeu. Je ne le savais pas au début. En fait, comme en littérature, il y a eu des grandes ères. Tout comme en littérature il y a eu une époque qu’on a appelé l’époque romantique.

Les joueurs romantiques sont des joueurs qui ont tout misé sur l’attaque et qui ont prouvé qu’on pouvait gagner avec moins de pièces que l’adversaire, à condition d’avoir du momentum. Notion révolutionnaire pour leur époque.

Il y a eu une école classique, une école positionnelle, une école soviétique…

Les joueurs romantiques étaient imbattables, jusqu’à ce qu’on découvre qu’en fait on pouvait les battre. Un peu comme au foot : les équipes qui ont inventé le foobtall total porté sur l’attaque, avant qu’on découvre qu’une équipe de contre-attaque pouvait largement résister et gagner.

Là c’est pareil.

Et bien… j’ai eu une phase de jeu romantique, sans savoir ce que c’était. En voyant un autre joueur jouer comme ça.

Lire la théorie m’a permis de comprendre pourquoi plus aucun joueur moderne ne jouait comme ça et comment retenir le meilleur du romantisme tout en apprenant la solidité du jeu de position.

Sinon j’aurais pu jouer 50 ans comme ça.

De même, le meilleur joueur de Deshaies jouait une ouverture qui s’appelait le Gambit du Roi qui est précisément une ouverture romantique qui a été délaissée car elle présente de grandes faiblesses en échange de son momentum.

'“Gambit” ça veut dire, aux échecs “sacrifier un pion en échange d’un avantage de position”. Le souci c’est qu’on sacrifie un pion. Dans le cas du Gambit du roi on sacrifie un pion qui protège le roi. Ce qui est dangereux. Voilà pourquoi le Gambit de la Dame est une ouverture qui fonctionne beaucoup mieux et qui est encore jouée aujourd’hui au plus haut niveau.

Elle a d’ailleurs donné son nom à la série phénomène : The Queen’s Gambit, qui a été très mal traduite par Le Jeu de la dame.

Savoir abandonner est une des meilleures compétences

On en a déjà parlé plusieurs fois donc je ne rentre pas dans les détails. Mais on sous-estime l’importance de savoir abandonner.

Aux échecs c’est vu comme un grand manque de respect de jouer la partie jusqu’au bout si elle est évidemment perdante pour un joueur. La personne qui perd abandonne. Ça économise de l’énergie et du temps. Elle a l’humilité de reconnaître qu’elle est battue.

C’est d’ailleurs comme ça qu’on reconnaît les débutants : ils s’obstinent à jouer des parties perdantes.

On peut gagner sans prévoir les coups à l’avance

J’ai longtemps cru que mon incapacité à visualiser les choses allaient m’empêcher de bien jouer. Alors, certes, je pense que pour devenir un très grand joueur j’en aurais eu besoin. Mais pas pour devenir un bon joueur.

J’ai découvert que j’avais un sens inouï de la position. J’ai naturellement une très faible capacité d’anticiper (comme dans ma vie) mais par contre je suis très doué pour savoir quoi faire au prochain coup dans n’importe quelle position (comme dans ma vie).

Travailler vite est aussi important que travailler bien

Et en principe corollaire : le but du jeu est le but du jeu.

Aux échecs il y a une horloge pour chaque joueur. On définit le temps de jeu, à l’avance. Par exemple, il y a des tournois qui se jouent avec des parties de trois heures par joueur et d’autres avec des parties de 5 minutes par joueur. Quand le temps arrive à zéro, le joueur à qui ça arrive a perdu.

Certains joueurs sont incapables de gérer leur temps. Ils préfèrent continuer à réfléchir pour avoir l’avantage dans le jeu.

Et ensuite ils disent “non mais j’ai perdu au temps”. En disant qu’ils ont perdu au temps ils sous-entendent qu’ils n’ont pas vraiment perdu. Alors que si !

Déjà parce qu’une défaite au temps a exactement la même conséquence. Ensuite parce que c’est de mauvaise foi : le but est de gagner dans un temps donné.

Parfois je jouais le temps. C’est-à-dire que je voyais que je pouvais jouer aussi bien que mon adversaire en deux fois moins de temps. J’attendais alors qu’il épuise tout son temps.

Si j’avais pris autant de temps que lui pour réfléchir je l’aurais dominé. Je ne vole donc pas ma victoire quand je gagne au temps. Ça reflète bel et bien une supériorité potentielle dans le jeu.

S’il jouait à la même vitesse que moi, il perdrait sur le terrain.

Mais, beaucoup de personnes refusent les règles du jeu. Comme les gens au foot qui disent “notre équipe a mieux joué mais on a perdu”. Comme les Belges en 2018 pendant la coupe du monde.

Sauf que le but du foot c’est de marquer des buts, pas de jouer un jeu agréable à l’oeil. Ni de garder la balle plus longtemps que l’adversaire.

Ça s’applique à plein de domaines de la vie.

Le dernier épisode ?

J’ai bien aimé cette série. Merci d’avoir voté pour !

Je crois que j’aimerais bien faire un dernier épisode. Dedans je vais partager un achat qui a changé ma vie mais que je suis trop pudique pour partager à 3400 personnes.

Rien de fou, hein ! En vrai j’en ai déjà parlé dans mon standup qui était sur Youtube. Mais à l’écrit je trouve que c’est pas pareil.

Je vais donc faire un dernier épisode ce weekend, uniquement pour les abonnés premium. Dedans j’en profiterai pour faire également la liste de tous les achats qui ont changé ma vie mais que je n’ai pas inclus dans le top.

Comme pour les chroniques, voilà ma proposition : tu peux devenir premium gratuitement pendant deux semaines.

Le deal est simple : tu rentres tes coordonnées bancaires et tu as instantanément accès à tout le contenu premium passé en tapant Atelier Galita dans Google et en rentrant tes identifiants sur mon site Atelier Galita.

Et, pendant deux semaines tu continues d’avoir accès au contenu premium, ce qui te permettra de découvrir le dernier épisode, mais aussi les emails du weekend d’après.

Quand les deux semaines passent, deux solutions : soit tu veux arrêter et tu m’écris un email si tu n’y arrives pas ou que tu as dépassé la date (même de plusieurs jours), soit tu veux continuer et tu n’as rien à faire de plus.

J’ai été étonné de voir que 90% des personnes qui s’étaient inscrites pour les chroniques avaient maintenu leur abonnement. J’étais un peu inquiet car je pensais qu’elles avaient oublié de résilier. J’ai donc interrogé certaines qui m’ont bien confirmé que c’était volontaire. C’est cool de voir que ça vous plaît !

Mais il y a peut être des gens qui sont partis en vacances en oubliant de désactiver. Si c’est le cas, comme promis, envoie-moi juste un email et je te rembourse.

Une dernière chose : le prix de l’abonnement premium est, pour l’occasion, de 6,99€/mois au lieu de 8,99€/mois.

Voilà, la balle est dans ton camp :

Je veux tester le premium

Dans tous les cas, à demain :D