Le diagnostic d'autisme n'a QU'UN SEUL BUT
Et c'est pas ce que tu crois
Quand je demande aux gens pourquoi iels veulent faire un diagnostic d’autisme, voici les réponses que j’obtiens :
À ma grande surprise, c’est la volonté d’être cru·e par les proches qui est arrivé en premier.
Sauf que…
Un diagnostic ne sert pas à ça
Est-ce que ça serait sain sur les autres maladies et troubles ?
Rappel : l’autisme n’est ni une maladie, ni un trouble mais si on accepte que ça se diagnostique (ce qui n’est pas mon cas) on accepte de facto que c’est un trouble.
Par exemple, y’a deux ans j’ai commencé à souffrir de migraines horribles. Inexplicables. Il a fallu une année avant d’avoir un début de diagnostic qui a amélioré les choses.
Est-ce que tu crois que pendant un an mes proches ne me croyaient pas ?
J’en étais au point où la lumière me provoquaient de telles migraines que je devais porter des lunettes de soleil la nuit.
Est-ce que tu crois que je devais débattre avec ma meuf de si elle me croyait ou pas ?
Non… parce que ça serait super malsain.
Bah c’est pareil ici : si ton entourage ne croit pas en tes difficultés alors tu as un souci structurel dans ton entourage.
Le diagnostic peut être un début de solution. Mais attention, beaucoup d’autistes font le diagnostic médical en se disant que les proches les croiront ensuite : mais c’est souvent pas le cas.
Même avec ton diagnostic médical, on continue de pas te croire.
Parce que, flash news, le souci n’a jamais été l’absence d’un diagnostic médical. D’ailleurs je remarque que c’est beaucoup plus rare qu’un homme cis autiste me disent qu’il a besoin d’un diagnostic médical.
Mais surtout c’est de toute façon pas le but du diagnostic médical d’autisme.
Ce qui est logique, hein ? Quand tu as une gastro, ton médecin te fait pas une ordonnance en te disant comme ça on vous croira.
Le diagnostic ne sert pas à avoir la certitude que tu es autiste
Celui-ci est un peu plus compliqué à comprendre. Mais y’a une différence entre une évaluation fiable et une évaluation compréhensible par la personne.
Par exemple, le RAADS-R est un test pour identifier l’autisme dont la fiabilité a été éprouvée dans les recherches MAIS que les autistes trouvent flous.
Sauf que… même si tu ne comprends pas les questions, le test est fait de telle sorte à ce qu’il fonctionne quand même.
Le souci c’est que ça peut te braquer. La première fois que j’ai passé le RAADS-R, il a conclu que j’étais autiste. Mais j’étais tellement furieux de m’être fait insulter tout le long du test que j’ai immédiatement rejeté le résultat.
Idem ici, le but principal du système qui te diagnostique ne va pas être de te faire comprendre ou te convaincre.
J’ai des gens de mon audience qui ont recommencé 2 ou 3 fois le diagnostic médical (avec une réponse positive à chaque fois) uniquement parce qu’iels continuaient à douter, après.
Bon… heureusement, contrairement à ce que je te racontais sur le rejet de l’entourage, ce cas est plutôt minoritaire. Dans la plupart des cas, le diagnostic médical augmente la certitude d’être autiste quand il est positif.
Même si, en vrai, si vous saviez vraiment comment ça fonctionne sous le capot vous ne lui accorderiez aucune crédibilité. Mais le fait est que 99% des gens ne se renseigneront jamais sur les failles béantes des outils utilisés.
Ton travail peut te proposer des aménagements sans diagnostic institutionnel
On est déjà, davantage proche de la fonction du diagnostic. Sauf que… tu peux aussi faire, sans. Si ton/ta manager te croit, ça suffit. D’ailleurs tu n’as même pas besoin de nommer l’autisme, il suffit d’expliquer tes difficultés et surtout tes besoins spécifiques.
Allez, j’arrête de te faire mariner. Voici le but du diagnostic institutionnel.
Le diagnostic institutionnel sert à rationner la pénurie d’aides
Voilà.
Ça a la même fonction que quand tu remplis un dossier France Travail : on essaie d’écrémer un maximum.
C’est la même fonction que quand tu vas aux urgences et que tu dois attendre des heures à un endroit de répartition des malades.
Le système a décidé de fournir une aide ridicule. Par exemple, les CRA diagnostiquent 6500 personnes par an, ce qui veut dire qu’il faudrait plus de 100 ans pour diagnostiquer toutes les personnes autistes (à condition de geler les naissances, sinon y’a déjà plus de personnes autistes qui naissent chaque année que ce que le système peut diagnostiquer).
Donc… puisque t’as une goutte d’eau dans un océan… c’est les Hunger Games.
Du coup… forcément tu comprends que la fonction sociale des personnes que tu vas rencontrer sur le chemin du diagnostic c’est de te dissuader d’aller au bout.
Je ne dis pas que c’est une pensée consciente machiavélique qu’elles ont. Mais c’est juste leur obligation de rationner une ressource limitée.
Et donc le diagnostic médical va te servir à chaque fois que le système propose une aide limitée. Par exemple si tu veux recevoir l’allocation aux adultes handicapés (AAH). Ou alors si tu veux que l’école propose du soutien à ton enfant.
Mais… dans un monde sans pénurie : tout ceci serait inutile. En effet, il suffirait de dire j’ai besoin de ça et on te proposerait une solution adaptée, sans diagnostic.
Et ce monde est possible, hein ? C’est pas une incapacité mathématique, c’est parce qu’on a choisi ce monde capitaliste où des personnes s’accaparent les ressources pendant que la majorité se disputent les restes.
“Ne te trompe pas de combat ou tu te tromperas de victoire”
C’est une des punchlines préférées. Et c’est exactement ce que j’essaie de te dire depuis tout à l’heure. Bien sûr que tu peux avoir besoin du diagnostic institutionnel, mais pose-toi avant la question justement de est-ce que tu en as vraiment besoin ? Es-tu en train d’essayer d’accéder à une ressource institutionnelle rationnée (et dans ce cas, c’est ta seule voie) ? Ou cherche-tu autre chose ? Si la réponse c’est autre chose (comme savoir si t’es autiste, améliorer les relations à ton entourage, trouver des solutions concrètes dans ta vie)… bah tu peux le faire avec autre chose qu’un diagnostic institutionnel.

