Le dauphin est-il un requin ou un hippopotame ?
Oui ça parle bien d'autisme et de TDAH
On va parler d’autisme et TDAH mais pour que tu comprennes la notion que je veux aborder, on va d’abord parler d’animaux.
Les dauphins et les requins se ressemblent tellement que dans les films on joue souvent dessus. Que ça soit à cause de la nageoire dorsale qui sort de l’eau ou de leur forme en général.
Si on ne te l’avait pas dit à l’école, tu aurais probablement pensé que les dauphins et les requins sont des animaux de la même famille.
Mais on te l’a dit : les dauphins sont des mammifères alors que les requins sont des poissons. Les requins sont une forme très ancienne de vie : ils ont cohabité avec les dinosaures. Alors que les dauphins n’ont jamais coexisté avec les dinosaures. Pour cause… il a d’abord fallu que les dinosaures s’éteignent, que les mammifères prennent le relais et que l’un d’entre eux donne “naissance” aux dauphins.
Or.. ce mammifère a aussi “donné naissance” aux hippopotames. On a pas encore trouvé de trace physique de cet ancêtre commun mais on sait qu’il existe grâce à la génétique.
Ça semble dur à croire. Mais c’est plus facilement visible avec l’ancêtre de la baleine et du dauphin, le Maiacetus

Le Maiacetus pouvait se déplacer brièvement sur terre. D’ailleurs, il n’accouchait pas dans l’eau mais bien sur terre.
Et donc le Maiacetus a un ancêtre dont on a pas encore trouvé les traces fossiles qui est le même que les hippopotames.
On le sait que depuis une vingtaine d’années. Et cette enquête a été résolue grâce à une connaissance fondamentale : la théorie de l’évolution. Comme on connaît précisément le mécanisme de “naissance” des espèces on peut reformer le puzzle.
On a longtemps cru que l’hippopotame était de la famille des rhinocéros ou des cochons… on sait désormais que non.
Et donc, les dauphins sont beaucoup plus proches des hippopotames que des requins. Même si nos yeux le voit pas.
On pourrait refaire le même exercice avec les oiseaux. On a cru qu’il existait une catégorie reptile et une catégorie oiseaux. On sait désormais que les oiseaux sont non seulement des “reptiles” mais que ce sont les descendants des dinosaures qui ont survécu.
Le DSM est une taxonomie d’observation
Ce problème qu’on a eu avec les animaux, on l’a avec les conditions psychiques. Le DSM a été construit sur l’observation. Il dépend donc des yeux qui regardent.
Voilà pourquoi tu as le trouble borderline dans le DSM alors que tout porte à croire que la réalité c’est que ça désigne simplement des personnes avec un trauma complexe.
Voilà pourquoi l’homosexualité, en soi, était classée comme un trouble psychique : l’orientation sexuelle egodystonique
Comme tous les mots que Freud a inventé, le mot egodystonique est inutilement compliqué pour rien. Mais prenons le temps de bien en peser la violence. Un trouble mental est egodystonique quand il est douloureux pour la perception de soi, quand il ne cadre pas avec la perception qu’on a de soi.
Par exemple, une personne qui a des TOC les conçoit généralement comme une perturbation de sa personnalité. Alors qu’un·e autiste qui s’apaise avec de l’auto-stimulation se sent généralement en accord avec sa personnalité.
L’orientation sexuelle egodystonique ça veut dire qu’on affirme que les personnes homosexuelles souffrent d’un décalage entre leur désir et leur vraie identité. Sous-entendu, un homme ne peut désirer que des femmes et des femmes ne peuvent désirer que des hommes.
Tout ça pour bien rappeler que le DSM non seulement repose sur le regard et donc va rater des mécaniques sous-jacentes mais aussi dépend des préjugés de l’époque.
Pire encore… nous sommes sûrs que les animaux ont une existence objective matérielle. En revanche, rien ne dit que les catégories psychiques ont une existence matérielle sous-jacente.
L’inattention et l’hyperactivité ne sont pas spécifiques au TDAH
Avoir choisi de caractériser le TDAH par l’inattention et l’hyperactivité amène énormément de flou. En effet, ce ne sont pas des choses spécifiques.
En 2022, Ducan Astle et ses collègues vont faire une revue de la littérature scientifique et résumer à cette occasion :
L’hyperactivité/l’impulsivité et l’inattention sont de larges constellations de comportements qui constituent la base principale des diagnostics de TDAH. Ce sont aussi des caractéristiques communes à d’autres populations neurodéveloppementales.
Des niveaux élevés de comportements hyperactifs/impulsifs sont fréquents chez les enfants présentant des difficultés liées aux apprentissages ; et, dans certains cas, une inattention élevée peut être tout aussi fréquente que chez des enfants avec un diagnostic de TDAH.
En outre, les comportements hyperactifs/impulsifs comme l’inattention sont fréquents chez les enfants autistes
La taxonométrie apporte par ailleurs des preuves que ces deux types de comportements sont distribués de manière continue dans l’ensemble de la population. Cette méthode statistique teste si les distributions de données sont mieux caractérisées comme continues ou comme catégorielles.
Pour les scores d’hyperactivité/impulsivité comme pour ceux d’inattention, les résultats issus d’échantillons en population générale et de grands échantillons d’enfants avec ou sans diagnostic de TDAH ont, de façon constante, plutôt favorisé l’idée d’une continuité dimensionnelle, avec peu de preuves en faveur de difficultés catégorielles spécifiquement liées au TDAH.
Et c’est là que tu comprends pourquoi quand tu parles de TDAH aux gens, un de leur premier réflexe est mais tout le monde est un peu TDAH ?
Oui… si on ne définit le TDAH que comme ça, alors c’est bel et bien un continuum.
Définir le TDAH par l’inattention et l’hyperactivité c’est un peu comme si on avait défini les poissons comme les trucs qui vont dans l’eau.
Bah le souci c’est que y’a aussi des mammifères marins.
Pire encore, les auteurs de la revue de littérature alertent sur le fait que, comme le DSM est la fondation, les recherches ont tendance à exclure les individus qui vont dans plusieurs cases.
Mais du coup, ça se mord la queue : si tu exclus les TDauH (40 à 80% des autistes) des recherches sur les autistes, tu biaises énormément les résultats.
Et j’ai exulté tout seul devant mon écran quand j’ai lu cette phrase dans la revue de littérature :
“La conséquence inévitable de ce troisième problème, c’est que les présentations « pures » / isolées des troubles dominent la littérature scientifique, alors même qu’elles sont relativement rares.”
C’est EXACTEMENT ce que je me tue à répéter autour de moi. C’est cette conviction profonde qui m’a poussé à me pencher sur le sujet. Y’a un biais énorme à parler de TDAH ou d’autisme comme deux choses distinctes (et elle les sont peut-être) en minimisant que c’est très rare d’avoir un·e autiste pur·e ou un·e TDAH pur·e.
Or, quand tu ne tombes pas dans la définition exacte de l’un ou de l’autre tu as l’impression d’être chelou·e… alors que tu es littéralement la majorité.
L’approche transdiagnostique
Y’a toute une branche de la recherche qui pousse pour une abolition pure et simple du DSM.
Comme ce qu’on a fait avec les animaux. Dans le langage courant on continue à dire les oiseaux et les reptiles ou bien les grenouilles pour parler d’une variété d’espèces qui n’ont rien à voir les unes avec les autres à part de se ressembler. Mais les scientifiques n’utilisent plus cette taxonomie. Iels se basent désormais sur les recoupements génétiques et les ancêtres communs.
Y’a plusieurs approches possibles. Dans la revue de littérature d’Astle et ses collègues, on en décrit 2 :
L’approche par clusters
L’approche dimensionnelle
L’approche par clusters, on en a déjà parlé : tu fournis des données à une machine sans lui fournir les étiquettes diagnostics et tu vois comment elle fait ses sous-groupes.
L’approche dimensionnelle: tu repars des traits qu’on connaît sauf que tu ne cherches pas à les accumuler.
Par exemple tu pourrais avoir :
Difficultés d’attention
Impulsivité
Dysfonctions exécutives
Difficultés à décrypter le non-verbal
Difficultés sensorielles
Dysrégulation émotionnelle
Difficultés sociales
Et chaque personne aurait son score sur chaque dimension. Mais ensuite on chercherait pas à donner un nom au cocktail.
Imagine, Mohamed qui aurait les scores suivants (on met une échelle sur 100) :
Difficultés d’attention : 20
Impulsivité : 5
Dysfonctions exécutives : 70
Difficultés à décrypter le non-verbal : 95
Difficultés sensorielles : 100
Dysrégulation émotionnelle : 90
Difficultés sociales : 99
Aujourd’hui, avec les catégories du DSM on dirait qu’il est autiste.
Prenons maintenant Julie qui aurait ces scores :
Difficultés d’attention : 95
Impulsivité : 90
Dysfonctions exécutives : 90
Difficultés à décrypter le non-verbal : 20
Difficultés sensorielles : 30
Dysrégulation émotionnelle : 80
Difficultés sociales : 5
Julie ressortirait avec un diagnostic de TDAH.
Mais que faire de Mélanie :
Difficultés d’attention : 100
Impulsivité : 0
Dysfonctions exécutives : 10
Difficultés à décrypter le non-verbal : 100
Difficultés sensorielles : 100
Dysrégulation émotionnelle : 5
Difficultés sociales : 5
Aujourd’hui, Mélanie ne rentrerait dans aucune des deux cases diagnostiques. Mais dans l’approche transdiagnostique on s’en fout : on va l’aider sur les dimensions où elle a besoin d’aide. On a pas besoin d’un nom au profil complet pour aider.
On en parle dans la conférence en ligne
Comme tu le sais, ça fait une semaine que je prépare une conférence en ligne sur le sujet du TDauH, le cumul entre autisme et TDAH. Dedans on va justement aborder ces thèmes et essayer d’y voir plus clair sur les différences et ressemblances entre la case Autisme et la case TDAH.
RDV par ici pour t’inscrire et accéder au replay quand il sera dispo : https://event.webinarjam.com/9y032/register/wwzqmsov

