L’autobiographie d’autiste est devenu un genre littéraire à part entière. Ça commence souvent par je me demandais où était les autres personnes de ma planète. Y’a quasiment toujours l’idée que le diagnostic à l’âge adulte sauve la vie. Et ainsi de suite.
Je le sais parce que j’en ai lu facilement une dizaine.
D’ailleurs, avant la bascule de 2022, les autobiographies d’autistes étaient un des seuls endroits où on pouvait lire sur l’autisme du contenu qui ne déshumanise pas les autistes.
La plus connue étant celle de Temple Grandin, Emergence: Labeled Autistic (titre traduit en français par “ma vie d’autiste”). Aujourd’hui, Temple Grandin est plutôt mal vue dans les milieux militants. Parce qu’elle a une position de “collabo”. Un peu comme Badinter dans le féminisme : la personne n’arrive pas à se mettre à jour en vieillissant.
Mais quand on replace dans le contexte de 1986 ça a été une vraie avancée : une personne autiste qui décrit l’autisme de l’intérieur et qui est lue par un grand nombre de gens.
L’importance de l’intériorité
On en a déjà parlé mais seule la personne autiste peut savoir qu’elle est autiste car tout se joue à l’intérieur. Une personne peut décider de réprimer toute manifestation “observable”.
Par conséquent, avoir un récit de l’intérieur est une mine d’or. Ça m’a, moi-même, énormément aidé.
J’ai donc logiquement recommandé de biographies d’autistes à des proches qui se questionnaient sur l’autisme.
Ça a été un échec cuisant quasiment à chaque fois.
La personne reviens toujours me dire la même chose.
“C’était bien, j’ai appris plein de choses mais je ne me suis pas reconnu·e”
Annie Kotowicz, l’autrice de What I mean when I say I’m autistic a commenté le livre Is this autism ? ainsi :
Tu pourrais passer des années à chercher des points communs (patterns) dans les témoignages de personnes autistes sur la façon dont l’autisme se manifeste chez chacune d’entre elles ou tu pourrais lire ce livre
Elle synthétise le problème : il faut différencier l’autisme de l’autisme d’une personne.
Or, dans une autobiographie, c’est quasiment impossible. Ce n’est d’ailleurs pas le sujet. Par définition, la personne te décrit sa vie donc l’autisme chez elle.
Par conséquent, si tu ne sais pas ce qu’est l’autisme, ta seule manière de le comprendre avec des biographies est d’en lire beaucoup.
Voilà pourquoi je te déconseille fortement de COMMENCER par lire des biographies si tu doutes de ton autisme.
Ça peut empirer ton doute.
Oui, je connais quelques personnes qui ont lu la différence invisible et qui se sont reconnues. Mais je connais bien bien plus de personnes qui l’ont lu et ont conclu qu’elles ne se reconnaissaient pas totalement.
C’est normal
Ce n’est même pas une critique à faire aux autobiographies, ce n’est tout simplement pas leur positionnement. Ne serait-ce que parce que la plupart écrivent au début de leur découverte de l’autisme et n’ont donc pas de notion scientifique qui permettrait de différencier leur expérience particulière du concept général.
Ensuite, il est évident que l’autisme ne se vit pas pareil quand tu cumules une autre oppression. Une femme noire autiste, ne va pas le vivre pareil qu’une femme blanche autiste qui ne le vit pas pareil qu’un homme blanc autiste.
Notons au passage que le genre de l’autobiographie est très majoritairement produit par des femmes autistes. C’est aussi pour ça qu’il est populaire : c’est tellement rare de trouver une description de l’autisme qui ne se limite pas à l’autisme chez les hommes cis, que ça amène une vraie bouffée d’air.
Enfin, l’angle mort qui fait le plus de “dégâts”, c’est le TDAH. Comme la majorité des autistes sont TDAH, la majorité des personnes qui écrivent ces biographies sont TDauH (AuDHD). Mais… elles ne le savent pas.
Du coup j’ai souvent la discussion avec des gens qui me disent mais je ne trouve pas de ressources sur le TDauH, comment faire ?
Et je réponds : tu as déjà lu plein de trucs sur le TDauH, c’est juste que tu ne le sais pas car la personne elle même ne le savait pas en écrivant.
Lis des biographies si tu ne doutes pas
Mon but n’est pas de rejeter ce genre que j’adore. Seulement, je ne le conseillerai pas à une personne qui doute.
Et si vraiment ce dont tu as besoin c’est un récit de l’intérieur y’a 3 options.
What I mean when I say I’m autistic - C’est marrant car Annie a identifié le problème et donc son livre à elle est à mi-chemin entre autobiographie et prise de recul sur ce qu’est l’autisme
L’année suspendue - La particularité c’est que ça décrit une seule année, celle d’attente du diagnostic. Mais surtout, c’est écrit par une romancière de métier, Mélanie Fazi, qui du coup a plus de talent à parler l’universel par le biais du particulier, c’est tout le concept de l’art.
Le film Différente - Comme c’est une “biographie inventée”, ça marche beaucoup mieux. Le personnage n’existe pas, il est une synthèse. On a essayé de faire la femme autiste blanche de 35 ans type. Du coup, c’est beaucoup plus facile de se reconnaître
Que lire à la place ?
Ah bah plein de choses ! Des essais militants, des livres d’autodiag, des tutoriels pour aménager ta vie…
On en parle demain à 12h15 dans un live gratuit. Pour y accéder et/ou recevoir le replay c’est par ici : https://event.webinarjam.com/9y032/register/xp1w6fmk?utm_source=substack
