L’avènement des actrices autistes
Le dernier article du Newsweek - Special Issue On Autism In Girls And Women abordait le sujet de l’autisme à Hollywood.
Déjà à travers Julia Fox (Him) et Bella Ramsey (The last of us) qui sont ouvertement autistes tout en jouant des rôles principaux où l’autisme n’est pas le sujet.
Mais surtout à travers la représentation de l’autisme dans les séries et au cinéma. Si on note bien qu’avec la vague d’adultes qui comprennent qu’iels sont autistes on a en écho une vague de séries qui abordent le sujet, la première vague de série avait un problème évident : des personnages autistes qui ne sont pas joué·es par des personnes autistes.
Hollywood a encore beaucoup à faire. Une réalisatrice autiste reconnue, qui a souhaité garder l’anonymat, soutient que les portraits bien intentionnés tombent souvent à plat parce qu’ils sont filtrés à travers les idées reçues de scénaristes et de réalisateurs neurotypiques. « Je ne vois pas beaucoup d’héroïnes autistes crédibles », dit-elle, soulignant que les femmes sur le spectre sont encore trop souvent réduites à un catalogue de tics et de bizarreries. « Quand ça se retrouve à l’écran, c’est censé créer de la compréhension et de l’empathie, mais ça alimente en fait des stéréotypes négatifs, comme la Dre Virginia Dixon de Grey’s Anatomy en saison 5. »
Autre souci : même quand on commence à avoir une bonne représentation, ce sont souvent des femmes blanches.
La scénariste, productrice et professeure à l’université Loyola Marymount Michelle Amor Gillie, ancienne coprésidente du comité des auteur·ices noir·es de la Writers Guild of America West, estime que le problème est plus marqué encore pour les femmes noires. « Si on prend du recul, les récits sur l’autisme tournent encore majoritairement autour des hommes, ou de femmes qui correspondent à une version étroite et acceptable », a-t-elle déclaré à Newsweek. Les femmes noires, elles, « y sont à peine présentes ».
Si le diagnostic tardif est fréquent chez les femmes, Gillie affirme que c’est encore plus vrai pour les femmes noires, rarement représentées lorsque l’autisme apparaît à l’écran. La plupart des personnages autistes, ajoute-t-elle, dépeignent une version « plus blanche, plus précoce, plus simpliste de l’histoire ».
Or, pour les femmes noires, « l’autisme, ce n’est pas découvrir soudain qui l’on est, mais comprendre enfin pourquoi on a survécu de la manière dont on l’a fait ». Le plus grand obstacle qu’elle rencontre à Hollywood, dit Gillie, c’est d’être mal interprétée. « Ce qu’on perçoit comme de la concentration ou de l’intensité chez les hommes est qualifié de colère ou de caractère difficile chez les femmes noires. Du coup, au lieu d’écouter le travail, on juge le ton.
J’ai été marqué par cette phrase : pourquoi on a survécu de la manière dont on l’a fait. Je m’y reconnais énormément. Une des réalisations de mon identification autistique c’était à quel point ça jouait dans mon rapport au racisme. D’ailleurs, avant de réaliser que j’étais autiste, j’attribuais l’intégralité de mon sentiment de décalage au racisme.
Et oui, ça n’explique pas que ma vie, ça explique pourquoi j’ai choisi cette façon de survivre.
Pour renverser ce récit, Gillie co-crée une nouvelle série télévisée avec Ali LeRoi. Encore en développement et pas encore distribuée, elle a pour héroïne une femme autiste dont le diagnostic survient tardivement. « Ce n’est pas vécu comme une révélation, dit Gillie. C’est plutôt comme une lumière qui s’allume. C’est cette version-là que je ne vois pas assez à Hollywood. » Dans ce projet, le personnage principal est maire de Chicago, et son autisme est présenté comme une force. « Elle voit des choses que les autres ne voient pas et possède un sens aigu du bien et du mal, explique Gillie. Ce genre de femme existe, et c’est cette histoire-là que nous racontons. »
Les allistes trouvent que les séries caricaturales sont bien faites
Ce que je retiens le plus, c’est la fin de l’article. Déjà parce qu’il constate qu’on a fait des avancées : on a désormais des personnages autistes qui sont des personnes entières et non des faire-valoir. Des personnages qui sont décrits comme autistes mais également comme des personnes qui vont être dans toutes les situations humaines. Ensuite parce qu’il souligne le retard des films par rapport au série. Et c’est vrai que c’est fou ce décalage. On a aucun film américain digne de ce nom (et digne de l’autisme) avec un personnage autiste.
Enfin parce qu’il revient sur une étude qui montre un truc que je me tue à dire (parfois dans le vent) aux allistes : iels adorent les personnages autistes mal joués et caricaturaux.
Par exemple, j’ai adoré la série Atypical en tant que série, ça m’a tenu en haleine, je me suis attaché aux personnages… en revanche c’était très médiocre en terme de représentation de l’autisme.
Parce que le personnage autiste n’est pas joué par un autiste et qu’il n’est pas présenté comme une personne pleine, il est présenté uniquement à l’aune de traits autistiques sétérotypés.
Et donc une étude australienne a interviewé 77 membres de la communauté autistique (des autistes, des parents d’autistes, des partenaires d’autistes) :
Conclusion : bien que la série ait été jugée juste et instructive par le monde neurotypique, les personnes autistes ont estimé qu’elle renforçait au final le stéréotype étroit et axé sur les déficits de l’« adolescent blanc de sexe masculin », et qu’elle ne reflétait ni la diversité ni la nuance du vécu autiste.
Bon… en vrai c’est un peu catégorique par rapport à l’étude. Je viens de la lire et les autistes disent plutôt :
Oui c’est une représentation réaliste, le personnage est POSSIBLE dans la vraie vie
Mais c’est caricatural, ça renforce des clichés, ça invisibilise la diversité autistique.
Et je suis assez d’accord avec ça. C’est pour ça que Atypical c’est la pire des séries que je recommande quand même. La meilleure des pires.
Bon. Espérons qu’on ait mieux dans le futur, quand même.
