L'allergie à l'argent

J’écoutais Backseat, une émission politique Twitch que j’adore, quand la chroniqueuse a dit quelque chose du style :

Non mais je trouve pas ça normal que le programme de la France Insoumise soit vendu 3€ en librairie.

On lui a alors répondu qu’il était disponible gratuitement en version intégrale sous format PDF sur le site.

Mais même ! On ne doit pas tout monétiser !

Pourquoi ça dérange tant d’avoir une alternative payante ?

Ce n’est pas la première fois que j’observe cette réaction. Je dois reconnaître qu’elle me dépasse.

Sur Twitter c’est pareil : certaines personnes s’en prennent à des militantes qui mettent un lien Paypal en bio.

Comme si l’existence d’une option payante, gâchait le plaisir du gratuit ?

On en a déjà parlé, on en reparlera, mais l’obsession du gratuit est un auto-sabotage. C’est à cause de ça qu’on a des médias qui tournent en boucle sur Zemmour.

Parce que “gratuit” ça existe pas. Gratuit ça peut vouloir dire :

subventionné,

bénévole,

(…)

financé par la publicité.

Je serais totalement d’accord pour une économie où l’État subventionne beaucoup plus de choses. Quand on me dit que ma formation sur le racisme est d’utilité publique et donc devrait être gratuite, j’imagine qu’on se réfère au modèle économique de la subvention. Moi ça me va… mais j’attends encore l’appel du ministère pour me subventionner. En attendant…

Quant au bénévolat, il n’est possible que s’il est financé par quelque chose d’autre (par exemple un travail salarié le reste du temps).

Mais souvent, gratuit ça dire financé par la publicité. En effet, les médias ne sont pas publics. Parfois j’entends mais je paie la redevance. Certes. Mais ça finance les médias publics. BFM TV doit trouver une manière d’être viable.

Cette manière c’est la pub. Or, la pub veut dire audience peu importe le contenu. Avec tout ce que ça implique. Puisque BFM vend un espace publicitaire, il faut un maximum d’audience. Même si cette audience est de piètre qualité. Même si cette audience ne regarde qu’à moitié : ce qui compte c’est le volume qu’on pourra annoncer à son client qui passe les pubs.

BFM ne peut donc pas se passer de Zemmour. Je dis bien ne peut pas. Mais c’est nous qui l’avons acculée là. En refusant de payer pour l’info.

En effet, payer directement obligerait à obtenir une audience de qualité, une audience qui est prête à s’engager. Or, pour faire ça, il faut forcément un contenu de qualité. Les gens sont prêts à partager et liker du contenu superficiel gratuit, mais pour payer ils exigent de la qualité.

C’est un cercle vertueux dans ce sens, vicieux dans l’autre (celui avec la pub).

Quand on prend conscience de ça, je me dis qu’on ne peut plus glorifier le gratuit.

Gratuit ça veut dire publicité. Publicité ça veut dire Coca-Cola qui achète ton temps de cerveau disponible. Coca-cola qui achète ton temps de cerveau veut dire peu importe si ce temps est épanouissant.

Pourquoi ça te dérange qu’un truc que tu ne voulais pas soit payant ?

Pire encore, parfois, des gens se plaignent qu’un truc est payant alors qu’ils ne voulaient pas l’acheter.

Je l’ai vu des centaines de fois. Je l’ai donc encore vu en proposant la formation sur Twitter. Quelqu’un m’a dit ça peut pas être payant, on ne peut pas faire de l’antiracisme un business.

J’ai alors répondu : j’espère que pour dire ça tu as au moins lu un livre gratuit de Martin Luther King ?

Bien sûr, tu connais déjà la réponse. La personne n’avait pas lu et n’a pas répondu oh ! Je ne savais pas qu’il existait un livre de Martin Luther King.

Elle a plutôt répondu “Non et alors ?”.

Parce qu’elle n’avait pas l’intention de s’intéresser à l’antiracisme de toutes façons. Dans sa tête elle était plutôt une sorte d’Elise Lucet débusquant les arnaques.

Mais, le problème c’est que…

Les arnaques n’existent pas

Bon… bien sûr que cette phrase est trop absolue. Surtout que moi-même, je me suis fait arnaquer cet été par une boîte qui m’a vendu une fausse table de nuit. Longue histoire.

Mais ce que je veux dire c’est que les arnaques sont bien moins courantes ce que tu penses. Généralement, si quelqu’un te propose quelque chose à un prix donné, c’est qu’il y a une raison.

Si tu ne la vois pas ce n’est pas la peine de t’énerver : dis-toi plutôt que tu ne vois pas.

Quand j’étais anti-Apple, j’étais scandalisé par les prix. Entre temps j’ai fini par comprendre le pourquoi. Entre temps j’ai fini par compter combien je dépensais en ordinateurs bas de gamme que je changeais tous les deux ans, pour me rendre compte que ça me coûterait moins cher d’acheter un ordi de qualité.

Depuis, ça m’a servi de leçon. Quand je vois un produit cher, je demande à la personne qui le vend le pourquoi du comment. Parfois je comprends, parfois je ne comprends pas. Mais il n’y a pas de raison de s’énerver.

Je ne parle évidemment pas du cas où quelqu’un essaie de profiter de ta position de faiblesse pour te vendre un produit vital.

On ne sait pas mesurer une valeur

Pourquoi avons-nous cette hantise de l’arnaque ? Parce que nous sommes incapables d’estimer des valeurs correctement.

On a tous en tête l’exemple des personnes qui boivent un vin de mauvaise qualité dans une bouteille de bonne qualité et sont prêtes à le payer cher. C’est ça qui nous fait peur : on veut pas être le dindon de la farce.

Voilà pourquoi les gens sont prêts à payer plus cher un serrurier qui défonce une porte claquée plutôt qu’un serrurier qui l’ouvre en 5 minutes avec une radio.

Alors que pourtant il vaut mieux que ça aille vite, sans porte défoncée ! Sauf que comme on ne sait pas valoriser l’expertise, on valorise le temps passé et donc, en l’espèce, on valorise l’incompétence.

Ce qui donne le paradoxe économique suivant : plus un serrurier est incompétent plus les gens acceptent de le payer cher sans rouspéter.

L’anecdote du disque dur

Récemment, ma meuf a perdu tout le contenu d’une clé USB. Il y avait dessus tout un weekend non stop de travail. Elle était dévastée.

Heureusement, je savais qu’une clé USB effacée une fois n’est jamais vraiment entièrement effacée. Souvenir de mes cours d’informatique en école de commerce. Je suis désormais incapable d’expliquer pourquoi. Je me rappelle vaguement d’une analogie avec des couches de peintures. Du style : si tu repeins une maison, tu détruis pas la peinture en-dessous, donc tu peux restaurer, même si c’est dur.

En tout cas j’avais bon espoir de pouvoir récupérer. J’ai donc téléchargé plusieurs logiciel de récupération.

L’un d’entre eux m’a retrouvé le fichier en quelques secondes, mais il fallait payer 90€. Si ça avait été pour moi je me serais arrêté là.

J’ai continué. J’ai fini par en trouver un qui a récupéré gratuitement le fichier en une heure.

Elle était aux anges. Mais quand je te dis aux anges c’est extatique.

Pourtant… elle maintenait que 90€ c’était un scandale pour un truc sur lequel on a appuyé sur un bouton. Parce que ça n’avait rien coûté au créateur du logiciel que nous on l’utilise.

Arrête d’estimer la difficulté de production, essaie d’estimer ce que ça t’apporte

C’est un biais économique normal et largement étudié par la littérature en microéconomie. Je l’ai découvert pour la première fois dans un livre de Dan Ariely. On a la fâcheuse tendance à vouloir valoriser la difficulté de production plutôt que ce que ça nous a apporté.

Alors que ça n’a aucun sens. Imaginons qu’on te propose un logiciel qui te permet d’économiser 1 000€ par an. On te le facture à 100€.

Plus tard, tu apprends que le logiciel coûte 1€ à produire pour la personne. Qu’est-ce que ça change ? Rien.

L’argent sert à optimiser ce que les économistes appellent ta fonction d’utilité. Mais nous on pourrait appeler ça “le kiff”.

Donc, plutôt que de te demander combien ça a couté à produire, demande-toi à quel point ça facilite ta vie, à quel point ça t’amène du kiff.

Je peux t’aider à te débarrasser de ces biais

Conscientiser les biais cognitifs les plus fréquents sur l’argent est fondamental pour progresser dans son éducation financière.

Dans ma formation Comment devenir libre financièrement sans gagner au loto, je t’avais proposé un module sur Changer son rapport à l’argent dont les emails de cette semaine sont en réalité des extraits.

Donc, si tu veux aller plus loin, tu sais ce qu’il te reste à faire.

La formation est disponible à nouveau pour l’occasion à son tarif de lancement. Jusqu’à vendredi : https://nicolasgalita.podia.com/comment-devenir-libre-financierement-sans-gagner-au-loto?coupon=HXJVK9G

PS : si tu es premium tu sais ce qu’il te reste à faire