La volonté ne fonctionne pas

On a parfois une vision d’une volonté surpuissante. On le voit dans le développement personnel avec des expressions comme croyances limitantes.

Pire encore, la méthode Coué est devenue un véritable pilier de la discipline. On l’a renommée La loi de l’Attraction mais c’est toujours le même principe : croire que la volonté a un impact sur le monde extérieur. Qu’en voulant très fort quelque chose, l’Univers va nous l’envoyer.

Je sais pourquoi on dit ça : parce que ça permet de résoudre le problème des personnes qui sous-estiment la puissance de la volonté. Mais c’est un pansement sur une jambe de bois : surestimer est mieux que sous-estimer, mais le mieux reste d’estimer correctement pour avoir un rapport sain au monde.

Il y a des croyances limitantes, oui. Il y a aussi des limites aux croyances.

On ne peut pas tout régler par la volonté

Certaines choses ne se changent pas par la seule force de la volonté. Sinon personne ne ferait de dépression : il suffirait d’arrêter. Comme Barney Stinson :

Quand je suis triste, j'arrête de l'être et à la place, je deviens génial.

Sauf que Barney est un personnage pensé par ses créateurs pour nous montrer une personnalité dysfonctionnelle, c’est ce qui le rend drôle.

Croire qu’une personne déprimée peut se sortir de la dépression par sa seule volonté c’est vivre dans un monde illusoire.

De la même manière, dans les pays où une orientation sexuelle vous fait risquer la prison voire la mort, comment expliquer que les individus ne la changent pas, par la force de leur volonté ?

Comment expliquer qu’il n’y a pas de femme présidente d’un groupe du CAC 40 et seulement deux femmes DG ? Ce qui nous fait deux femmes sur les 80 présidents et DG ? Tu penses que c’est parce que les femmes manquent de volonté ?

Pourtant, même avec des preuves si flagrantes je sais qu’une partie des gens qui liront ces paragraphes continueront à penser la surpuissance de la volonté. Comment je le sais ? Parce que c’est une illusion d’optique si puissante que la psychologie lui a donné un nom : l’erreur fondamentale d’attribution.

L'erreur d'attribution fondamentale est un biais psychologique qui consiste à accorder une importance disproportionnée aux caractéristiques internes d'un agent (caractère, intentions, émotions, connaissances, opinions) au détriment des facteurs externes et situationnels (faits) dans l'analyse du comportement ou du discours d'une personne dans une situation donnée.

À l'inverse, ce biais nous incite à considérer les facteurs externes et situationnels parfois de manière disproportionnée par rapport aux caractéristiques internes quand nous sommes à l'origine de la situation.

En d’autres termes on a tendance à surestimer l’impact de la volonté par rapport aux éléments de contexte.

L’humilité d’accepter les puissances plus fortes que la volonté

Notre ego a du mal à l’accepter. On veut se sentir divin·e : soumettre le monde à notre volonté. Mais la réalité se contrefiche de nos illusions.

Je pense qu’il est beaucoup plus sain d’accepter nos limites. Surtout qu’accepter mes propres limites me conduit à être plus indulgent avec mes prochains. Je comprends qu’une personne qui fume ne peut pas s’en sortir par la simple force de sa volonté. De la même manière que je n’arrive pas à arrêter certains de mes comportements, malgré la volonté.

À ce titre, les travaux de Dan Ariely sur la rationalité m’ont profondément marqué. Il y présente plusieurs observations et expériences sur le concept de la volonté. L’une d’entre elles concerne le taux de don d’organe dans les pays européens. Ça a changé depuis mais à l’époque, Dan Ariely observe de grandes disparités : certains pays ont un taux de don d’organe de plus de 80% alors que les autres sont en dessous des 20%.

Il se demande alors pourquoi ? La culture ? Impossible puisque des pays limitrophes ont des résultats opposés. Il va alors fouiller et découvrir que c’est la faute de la formulation de la loi. En effet, il y a des pays où il faut dire qu’on veut donner ses organes (opt-in) pour que ça soit validé. Alors qu’il y a des pays où il faut dire qu’on ne veut PAS les donner (opt-out), sinon c’est validé par défaut.

Du coup, les pays où on donne par défaut sont ceux avec le taux de 80%. Les pays où on ne donne pas, sont ceux avec le taux de 20%. En d’autres termes : la plupart des gens suivent le chemin du moindre effort. S’il faut cocher une case dans un formulaire pour faire un truc, ils ne le font pas.

Mais ce n’est pas conscient. Si on demande aux gens est-ce qu’ils ont fait un choix assumé ils répondent que oui. Leur cerveau rationnalisent a posteriori leur choix. Ils pensent que c’est parce qu’ils avaient telle valeur qu’ils ont fait tel choix, alors que c’est justement parce qu’ils ont fait tel choix qu’ils le justifient avec telle valeur. Et ce choix a été influencé par le chemin par défaut.

L’expérience a été reproduite sur plein de sujets, plus ou moins graves avec à chaque fois la même conclusion : nous avons tendance à suivre le chemin par défaut.

Ce n’est pas pour rien si certaines entreprises nous font signer des contrats à reconduction tacite.

On peut mettre ces forces de son côté

La bonne nouvelle c’est qu’une fois qu’on a l’humilité de les reconnaître, on peut domestiquer ces puissances. En tout cas certaines d’entre elles. Par exemple l’habitude. Je viens de te montrer la puissance du chemin par défaut. Et bien tu peux t’arranger pour que le chemin par défaut soit celui qui t’arrange.

C’est ce que j’ai fait avec l’Atelier : en m’engageant à envoyer un email tous les matins à 09h00 j’ai dû mettre un effort de volonté gigantesque. Au début.

Mais j’ai profité d’une autre puissance externe : l’enthousiasme de la nouvelle idée.

Si je devais mettre cet effort tous les jours j’aurais déjà abandonné. Sauf que le fait d’avoir fait un rendez-vous récurrent toujours à la même heure l’a transformé en habitude. Je ne me pose pas la question d’écrire ou pas l’email. Tous les jours je sais que ça fait partie de ma journée de le faire, c’est devenu un incontournable.

Du coup, ça ne me coûte plus tant d’énergie que ça : c’est une habitude. Or, les habitudes sont plus puissantes que la volonté. Il faut énormément d’unités de volonté pour défaire une unité d’habitude.

Même si tu te le veux très fort tu n’arriveras pas à te concentrer

En revanche, tu pourras appuyer sur les leviers pour mettre les forces à ton service. Comment ? C’est ce que je t’explique dans ma nouvelle formation. Elle s’appelle

Focus : décupler sa productivité en diminuant les distractions. Sans jeter son smartphone.

Dedans je te montre notamment ce qu’on peut retenir de l’histoire d’Ulysse qui utilise ce type de raisonnement dans une de ses aventures. Mais surtout, je reviens à la racine de la puissance qui crée le besoin de distraction. En effet, si tu ne comprends pas d’où vient cette pulsion c’est beaucoup plus dur de lutter contre.

Comme d’habitude (et contrairement à ce que j’ai écrit par erreur), elle est disponible à son prix de lancement jusqu’à demain (vendredi) 23h59. Après ça, le prix triple.

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