La montée des concepts HPI et HPE vient du sexisme
80% des femmes autistes se voient annoncer à tort par les psychiatres qu’elles ne sont pas autistes.
50% des femmes autistes sont déclarées non autistes par l’ADOS-2, le test diagnostic le plus répandu
Y’a encore des gens qui disent que l’autisme est réservé aux hommes
Alors quand le livre Trop Intelligent pour être heureux a décrit les femmes autistes en les renommant « zèbres », ça a créé un appel d’air.
On appelle les femmes HPI et HPE parce qu’on leur refuse le droit d’être appelée autiste
Voici les 6 traits décrits dans le livre :
Le sentiment de décalage
Hypersensibilité sensorielle
Hyper réactivité émotionnelle
Hyper empathie
Une difficulté à détecter les implicites
Un camouflage constant et épuisant de qui on est (le faux-self)
Je pense que tu sais déjà que le sentiment de décalage, la difficulté à détecter les implicites et des réactions émotionnelles intenses à des petites choses sont des traits classiques de l’autisme.
Maintenant voici 3 des 7 spécificités de l’autisme féminin selon Gina Rippon, l’autrice de The Lost Girls of Autism :
Les femmes autistes sont généralement hypersensibles au rejet social
Davantage de soucis liées à leurs hypersensibilités sensorielles
Elles pratiquent davantage le camouflage autistique
Et on a bien nos 6 traits qui sont censés être ceux des HPI, zèbres, surdoué·es
Beaucoup de femmes autistes témoignent en expliquant que dans un monde où l’autisme n’était pas une option pour elles, elles ont été choquée de lire une description si fine d’elles-mêmes.
Le problème c’est que mettre le mauvais titre (ici HPI) à une description pertinente (l’autisme féminin) n’est pas un détail. C’est une catastrophe.
Car dire à une personne qu’elle est HPI c’est lui retirer la possibilité de trouver une solution. Y’a pas de solution à « avoir un trop haut QI », pour une raison simple qui est que ce n’est objectivement pas un problème. Un haut QI c’est un privilège corrélé à une meilleure santé mentale, une meilleure réussite scolaire et professionnelle ainsi qu’une plus grande facilité à s’intégrer avec les autres.
Une fois qu’on t’a dit que tu galères parce que tu es trop intelligente… tu es coincée. Alors que c’est l’inverse : tu galères MALGRÉ ton QI. Tu souffres parce que tu es autiste et/ou TDAH dans un monde qui refuse de s’adapter à ton fonctionnement.
Note : y’a aussi des hommes qui ont la présentation dite féminine de l’autisme, justement ceux qui ont une version moins stéréotypée. Donc ce que je viens de dire tiens aussi si tu es un homme autiste mais qui ne présentait pas le phénotype classique.
Mais surtout… revenons sur cet horrible beau d’hypersensibilité :
Tu n’es pas hypersensible tu es une personne dont les limites sont violentées tous les jours
C’est trop facile de dire aux gens qu’ils sont « hypersensibles » émotionnellement. Déjà, c’est extrêmement dur à déterminer. Moi par exemple, j’ai une allergie à l’injustice telle que je peux être la seule personne dans la rue en train de m’énerver. Mais est-ce que je suis hypersensible ou est-ce que ce sont les autres qui sont insensibles ?
Parfois je fais des crises d’angoisse parce qu’on me dit que j’ai l’air fâché alors que je le suis pas. Mais ce n’est pas de l’hypersensibilité, c’est parce que toute ma vie on m’a harcelé avec ça. Parfois des inconnus me demandent si je suis fâché alors que c’est juste ma tête normale ! J’en ai marre de devoir l’expliquer encore et encore.
Ça c’est de l’hypersensibilité où c’est le résultat d’un harcèlement constant sur ma nature ?
Idem les critiques sur ma voix peuvent me plonger dans un état quasi dépressif (un shutdown)… là encore c’est le résultat d’années de harcèlement quand j’étais au collège.
Les gens disent que je suis « too much », mais c’est à chaque fois sur des choses où ça me tient vraiment à coeur.
Dans trop intelligent pour être heureux l’autrice explique que les hypersensibles ont un seuil plus bas que les autres et que donc une émotion négative même petite peut les submerger. Je pense que c’est du gaslighting : on essaie de nous faire croire que le problème c’est notre seuil. Alors qu’on a exactement le même que les autres.
J’affirme que n’importe quel humain qui vivrait une émotion aussi intense que ce que je vis se mettrait à crier encore plus fort que moi. N’importe quel humain.
Et pourquoi j’ai autant d’émotions négatives ? Parce que je suis un autiste immergé dans un monde autistophobe, tout simplement. Mes besoins ne sont pas respectés parce qu’ils ne sont même pas compris. On enfreint mes limites en permanence et quand je riposte, on s’étonne ?
Bah non, c’est trop facile, en fait.
On dit que les autistes ont des réactions disproportionnées mais c’est juste LE MONDE qui n’est pas proportionné pour nous. D’ailleurs t’as remarqué comment la plupart des autistes ont adoré le confinement pendant que la plupart des allistes (les non autistes) HURLAIENT A LA FIN DU MONDE ?
Bah moi j’ai trouvé que leur réaction était vachement disporitionnée de mon point de vue autistique. On aurait vraiment dit que le totalitarisme était de retour. Y’en a qui disent qu’on leur a volé un bout de leur vie.
Mais comme j’ai l’habitude de vivre dans leur monde, j’ai fait l’effort d’empathie et de comprendre que pour les allistes, sortir régulièrement est un besoin. J’ai pas dit « oh mais pourquoi vous sur réagissez comme ça ? On nous demande juste de rester chez nous, c’est le truc le plus facile à faire ».
Je l’ai pensé très fort, néanmoins.
Et toi ? Est-ce qu’on t’a fait croire que tu es HYPERSENSIBLE alors que tu es simplement une personne neurodivergente violentée par la neuronorme ?
Hypersensibilité is the new Hystérie ?
On revient à l’impact du sexisme : autant on a le cliché de l’autisme comme cerveau hypermasculin, on a l’hypersensibilité comme étant le trait de la féminité exacerbée.
Voilà pourquoi on dit moins aux hommes autistes qu’ils sont hypersensibles. Le nombre de fois où on me décrit qu’un mec se met en colère pour un oui ou pour un non, qu’il est peut-être autiste, qu’il s’agace quand on range pas les choses au bon endroit… on me dit jamais que c’est de l’hypersensibilité
D’ailleurs je ne sais pas si j’ai déjà rencontré un seul homme (autiste ou pas) qui me dise « je suis hypersensible ». Ça devrait mettre la puce à l’oreille. Au final hypersensible ça fait quand même vachement penser à l’ancien diagnostic de l’hystérie.
Je me rappelle la thérapeute de couple qui m’avait dit que j’avais moins d’émotions que la moyenne (alors que je me suis toujours dit l’inverse) et qui juste après m’a trouvé trop en colère.
Bah ? Faut savoir ?
Le truc c’est qu’en fait quand on dit hypersenible aux émotions on exclut la colère. T’as remarqué ? On veut dire les émotions associés aux clichés de la féminité : angoisse, manque de confiance, tristesse, peur… mais jamais la colère.
Je trouve ça extrêmement suspect. Mais bon, j’ai pas de source scientifique, c’est ma théorie personnelle.
L’hypersensibilité sensorielle
C’est important de bien séparer les deux types d’hypersensibilités. Car autant l’hypersensibilité émotionnelle est, selon moi, une étiquette teintée avant tout par le sexisme, autant ce n’est pas le cas de la sensorialité. Ou du moins j’en ai pas l’impression.
Grâce au livre Is this Autism ? j’ai appris à mieux nommer en hyper-réactivité sensorielle. Parce que c’est trop dur et subjectif de savoir si on est davantage sensible aux sens. En revanche c’est un brin plus facile de voir si on a une hyper-réactivité. Si tu te bouches le nez, que tu as une nausée face à beaucoup d’odeur alors tu peux observer ce comportement d’hyper-réactivité.
C’est beaucoup plus simple et ça permet de pas chercher le fond… de conclure grâce à la surface. Par exemple, jusqu’à récemment j’ai cru que j’étais hyposensible à la soif (interoception). Aujourd’hui je me dis que je suis probablement hypersensible à la soif.
Commment est-ce possible ?
Parce que c’est dur de jauger le fond. Alors qu’observer la surface est un jeu d’enfant : j’ai été jusqu’à récemment hypo-réactif à la soif. Je ne buvais quasiment jamais; au point que ça m’a généré des problèmes de santé. Je buvais 2 verres d’eau par jour.
Puis j’ai mis en place des solutions et je me retrouve à boire entre 3 et 4 litres tous les jours. Je suis devenu hyper-réactif.
Voici mon hypothèse : j’ai toujours été hypersensible à la soif. Mais du coup, quand j’étais petit, je ne comprenais pas quoi faire de l’info. J’ai soif moins de 3 minutes après avoir bu un verre. Donc j’ignore ce stimuli. Comme j’ai soif en PERMANENCE ce n’est pas un très bon thermomètre de quand boire.
Désormais que je m’autorise à boire plus souvent, je me rends compte que, ouais, j’ai vraiment soif tout le temps et j’ai appris à boire quand j’ai très soif.
En gros j’ai toujours :
un peu soif
soif
très soif
très très soif
très très très soif
agonie de la soif
J’ai quasiment pas l’état « j’ai pas soif », alors avant je ne buvais que quand j’étais à « très très très soif » ou « agonie de la soif ». Désormais je bois dès que je suis dans l’état « soif » ou « très soif »
Pour le coup, l’hyper réactivité sensorielle est un des critères d’identification de l’autisme. Mais ce qu’on oublie souvent de dire c’est que y’a souvent également des hypo-réactivités, parce que forcément ça dérange moins.
Une conférence pour débunker le concept de HPI
Comme tu l’as vu, je suis remonté contre le livre Trop intelligent pour être heureux. Je te propose de venir approfondir le sujet lors d’une conférence en ligne gratuite.
C’est le jeudi 22 janvier à 12h15, viens avec nous et :
Découvre l’histoire du concept HPI, du QI jusqu’au zèbre
Le QI a une histoire violente et sombre qu’il est important de comprendre pour savoir dans quel contexte il a été créé. Pour arriver ensuite au concept de zèbre/HPI qui a été un point de bascule dans le narratif, notamment à cause du catastrophique et dangereux livre Trop Intelligent pour être heureux ?Débarrasse-toi de la confusion entre HPI, autiste et TDAH
Il y a plusieurs facteurs qui font que le concept du HPI est un véritable aiment à autistes et à TDAH. Mais pour le comprendre il faut rappeler ce qu’est l’autisme (à rebours des clichés). On verra ensuite la notion de fonctions exécutives qui percutent celle du QI. Tout ceci afin de comprendre le biais d’échantillonnage du concept de HPI.Tu as accès au replay et aux slides que tu sois là où pas
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