On est en 2014, j’ai fini mes études 2 ans auparavant. J’avais eu un prof tellement passionné par les startups que j’avais décidé de m’essayer à ce monde. Or, dans ce monde, le prophète s’appelle Steve Jobs.
À cette époque je suis fermement anti Apple. De manière viscérale. J’avais déjà dit à des vendeurs Apple qu’ils bossaient pour le Diable. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir une curiosité pour le personnage. À sa mort j’avais trouvé ça vraiment très étrange de voir des gens lire sa biographie… mais la curiosité a fini par prendre le dessus.
Si bien qu’un jour je tombe par hasard dessus dans une librairie d’occasion : il est à 5€. Je le prends.
Et je me prends une gifle.
Du mépris à la fascination
Je découvre une personnalité que je ne savais pas possible, hors des films. Il se balade pieds nus dans les bureaux d’Apple, il trempe ses pieds dans les toilettes…
Mais surtout, je me reconnais immédiatement sur un point, sa tendance à dire les choses :
directement
de manière tranchée
avec une irrévérence pour certains codes sociaux
Y’a deux passages où c’est évident.
Le premier c’est quand il veut débaucher John Sculley, le PDG de Pepsi, pour qu’il devienne PDG d’Apple. Et il lui balance :
Tu comptes vendre de l’eau sucrée toute ta vie ou tu veux changer le monde avec moi ?
Note : j’ai choisi de traduire en tutoiement, mais on peut pas savoir puisque c’est “you” en anglais.
Je trouve ça fou. Parce que normalement ça se dit pas, ou pas comme ça. Et je trouve ça cool.
Le deuxième passage c’est quand il fait passer un entretien d’embauche à un ingénieur. Et il finit rapidement par lui demander :
- Êtes-vous puceau ? Combien de fois avez-vous pris du LSD ?
- Je crois que je ne suis pas la bonne personne pour ce job
- Moi non plus, l'entretien est terminé
Bon bah là c’est juste un connard. Il parle pas à un PDG, il parle à une personne sur qui il a un ascendant énorme. Et puis c’est stupide comme manière de recruter.
Je ne suis donc pas béat devant Jobs. Toute la biographie, l’auteur nous invite à nous demander si c’était vraiment un connard. Ma réponse est bah oui.
Mais ça m’inspire quand même car je me dis que y’a moyen d’être une version non-connard de ça.
Je me dis qu’on peut être davantage “authentique” que ce que je pensais dans le monde du travail.
Sa mort me parle
Il est mort d’une manière assez absurde : on lui diagnostique un cancer du pancréas à traiter immédiatement en lui disant que c’est une chance incroyable de s’en rendre compte maintenant car c’est simple à traiter.
Mais il refuse.
Au grand désespoir de sa femme et ses amis, Jobs refusa l’opération chirurgicale de l’ablation de la tumeur, qui était pourtant la seule approche médicalement acceptable. « Je ne supportais pas l’idée qu’on m’ouvre le corps, alors j’ai décidé d’essayer d’autres méthodes », commenta-t-il quelques années plus tard avec une pointe de regret.
En particulier, il s’imposa un régime végétarien strict, à base de grandes quantités de carottes crues et de jus de fruits frais. À cette alimentation, il ajouta des séances d’acupuncture, divers remèdes à base de plantes, et de temps à autre quelques traitements dénichés sur Internet ou conseillés par des gens de tous horizons, dont un médium. Pendant un temps, il fut sous l’emprise d’un naturopathe qui dirigeait une clinique de soins en Californie du Sud.
Cet établissement promouvait l’ingestion d’herbes organiques, de jus de fruits et de légumes, de lavements fréquents du côlon, l’hydrothérapie, sans oublier l’expulsion de tous les sentiments négatifs. « Le problème, se rappelle Laurene, c’est que Steve ne voulait vraiment pas qu’on l’opère. C’est difficile de forcer quelqu’un à cela. » Pourtant, elle fit son possible pour le convaincre.1
Je ne me reconnais pas dans la partie aller voir la médecine alternative. Mais la phobie de l’opération qui fait perdre du temps… je vois tout à fait. Idem pour le fait de s’obstiner sur une voie. Il lui a fallu 9 mois pour revenir à la raison. Sauf qu’en 9 mois la situation s’était largement empiré.
On peut pas dire avec certitude que c’est à cause de ça qu’il meurt 7 ans plus tard lors d’une rechute, mais on sait qu’il aurait eu beaucoup plus de chances.
Liste de traits autistiques de Jobs
Maintenant que j’ai le recul sur ce qu’est l’autisme, je comprends ce qui me parlait à ce point. Je me rappelle que je pensais je suis un peu comme Steve Jobs mais que cette phrase était si prétentieuse que je ne la disais jamais. Même moi je me rendais compte que c’était chelou.
Aujourd’hui je sais que j’ai résonné avec la biographie de Jobs parce que je suis autiste. On peut pas savoir avec certitude si Jobs était autiste en revanche c’est 100% mon autisme qui m’a connecté à lui.
Quelques exemples de traits qu’on voit dans la bio :
Obsession du détail : il veut que les appareils soient beaux, même à l’intérieur, dans les parties que personne ne verra à part les réparateurs
La communication directe : on en a parlé plus haut
La pensée absolue : on en a parlé aussi
L’irrévérence : idem
Son intensité dans les vengeances : que ça soit contre Bill Gates ou Android
Pleurer dans les réunions : c’est pas souvent qu’on raconte qu’un PDG fait fréquemment des crises de larmes dans les réunions. Et de manière générale plusieurs événements relatés ressemblent à des meltdowns de sa part.
Son co-fondateur, Steve Wozniak est probablement autiste : pour le coup on a davantage d’éléments pour étoffer ça, Wozniak partage régulièrement des éléments de son enfance qui sont classiquement attribués à l’autisme
Je ne te recommande pas ce livre
Je ne t’ai pas dit tout ça pour que tu lises ce livre. C’est un pavé et c’est relativement niche. Je ne peux pas te le recommander.
En revanche, c’est indéniable que y’a eu un avant/après chez moi. C’était un premier pas vers une identification autistique.
D’ailleurs, c’est marrant de voir ce que j’écrivais en 2017, donc bien avant de savoir ce qu’était l’autisme :
Enfin, la marque la plus durable que ce livre a laissé chez moi est la pratique de la radicalité. Il ne s’agit pas d’imiter Steve Jobs (ça ferait de vous quelqu’un d’odieux) mais de s’inspirer de la partie positive de sa radicalité. On croit souvent protéger les gens en disant sa pensée de manière tiède alors qu’en vrai c’est souvent un manque de courage de notre part. La plupart des gens dont on dit qu’ils sont gentils sont en fait des gens qui manquent de courage. Et ça porte tort à tout le monde.
(…)
Lire ce livre a un côté libérateur car vous comprenez d’un coup que le monde ne va pas s’écrouler parce que vous dites la vérité. Les gens ne vont pas moins vous aimer parce que vous dites la vérité, au contraire. Et même si les gens vous aiment moins ?
Les livres que je te recommande
Y’a des livres explicitement sur l’autisme. J’en ai lu plus d’une cinquantaine et j’ai décidé de te faire un genre de Nicolas Autistic Book Awards.
Ce sera une conférence en ligne gratuite, mercredi 23 septembre entre 12h15 et 13h45 et tu peux t’inscrire ici :
https://event.webinarjam.com/9y032/register/xp1w6fmk?utm_source=substack
Steve Jobs - Walter Isaacson

Si la légende Steve Wozniak n'est pas autiste, alors personne ne l'est.
Et l'épopée d'Apple est impossible sans que ça accroche fortement au niveau personnel entre les deux Steve, si complementaries
Malheureusement cette époque des pionniers de l'informatique obsédé par créer des belles choses a cédé la place vers 2010 à une génération de psychopathes admirant Musk et Zuck qui sont là pour se faire beaucoup d'argent très vite, move fast and break things, y compris la démocratie