Kévin n'a pas de "savoir-être" au travail
Après Marie, Clémentine et Anissa, voici Kévin. Ça sera le dernier de notre série de personnages fictifs issus de mes discussions de ce mois-ci.
Mais avant de commencer : il ne reste plus que 6 créneaux la semaine prochaine si tu as envie qu’on regarde ensemble si je peux t’aider avec mon nouveau programme d’accompagnement LE GPS AUTISTIQUE.
⚠️ Si tu ne vois pas du tout de quoi je parle, ignore ce message, si tu fais partie des gens qui hésitaient à prendre un RDV ou alors qui n’a jamais été au bout de la réservation parce que t’as des galères exécutives ce bouton est pour toi :
Je vais te raconter l’histoire d’une personne fictive qu’on va appeler Kévin. Il est inspiré des personnes à qui j’ai parlé ces deux derniers mois.
Kévin a toujours été “trop”
Trop direct. Trop entier. Trop franc. Trop intense.
Au début de sa carrière, Kévin était enthousiaste. Il débarquait dans un nouveau job avec une énergie de dingue. Il voyait tout de suite ce qui n’allait pas, les process absurdes, les incohérences, les trucs qu’on pourrait améliorer en deux secondes.
Sauf que personne ne lui avait demandé son avis.
Et surtout, Kévin avait une sensation qui le rendait fou : il avait l’impression que personne ne savait ce qu’il faisait. Des process absurdes que tout le monde suivait sans réfléchir. Des pansements sur des os cassés. Des gens qui envoyaient des relances pour envoyer des relances. Du bullshit corporate partout.
Lui, il voyait les problèmes. Il avait des solutions. Mais au mieux on lui disait “ah c’est génial, on le fera jamais.”
La hiérarchie le trouvait trop cash, trop rigide, pas assez politiquement correct.
Kévin ne comprenait pas. Surtout que beaucoup de ses collègues trouvaient qu’il disait tout haut ce qu’ils pensaient tout bas. Mais même ces collègues là, comprenaient que ça ne passe pas car il ne met pas les formes.
Ça rend Kévin fou dans quel monde la forme est à ce point plus importante que le fond ?
Son aversion aux ordres
Bon… ça pour le coup Kévin comprend bien que c’est normal que son manager lui demande de faire des trucs. C’est genre tout le concept d’un manager. Mais il ressent quand même une pointe d’agacement à chaque fois.
Paradoxalement c’est pire quand son manager lui suggère de faire un truc que Kévin comptait déjà faire bientôt. Alors que ça devrait être l’inverse, il devrait être content d’être sur la même longueur d’onde.
Plus on lui laisse de l’autonomie et plus Kévin se met à faire le travail de 3 personnes.
Le cycle infernal
Ça se passe toujours de la même manière.
Mois 1-3 : Kévin est aspiré par la nouveauté. Nouveau bureau, nouveaux collègues, nouveaux problèmes à résoudre. C’est stimulant. Il donne tout.
Mois 4-8 : Le social le percute. Les réunions sans ordre du jour. Les pots de départ où il faut sourire. L’open space où quelqu’un sifflote. Les jeux politiques qu’il ne comprend pas. Il commence à s’épuiser mais il tient.
Mois 9-14 : Il pète un câble. Sur un collègue, sur un manager, sur un truc qui paraît anodin vu de l’extérieur. Les gens ne comprennent pas d’où ça sort. Lui non plus d’ailleurs. Il passe de quelqu’un de doux à quelqu’un qui attaque très fort. D’un coup.
Mois 15 : Il part. Ou on le pousse.
Et ça recommence.
Alternative limite pire… Kévina, son alter ego version meuf… ne pète jamais des câbles car c’est un privilège masculin, alors elle prend sur elle jusqu’au point de faire un burnout ou de ne partir qu’en étant vraiment à bout.
“Votre travail est irréprochable, mais…”
Au bout du troisième job, Kévin commence à se poser des questions. Au bout du cinquième, il se dit que c’est une fatalité.
Parce que c’est toujours la même phrase. En boucle. Dans chaque boîte :
Ton travail est très bien, Kévin. Mais tu devrais t’intégrer un peu plus. Déjeuner avec l’équipe. Participer aux afterworks. Faire un effort au niveau du savoir-être.
Il a le même souci que Marguerite1 dans La Différence Invisible :
Il a essayé de changer de secteur. D’être salarié, freelance, chef de projet, exécutant. De bosser en open space, en télétravail, en hybride. Du haut de l’échelle au bas de l’échelle.
Le constat est le même partout : il donne tout, il s’épuise, il craque.
Le paradoxe de Kévin
Ce qui est cruel c’est que Kévin adore travailler. Il est brillant dans ce qu’il fait. Quand on lui fiche la paix et qu’on le laisse se concentrer sur un problème, il est redoutable.
Mais le monde du travail ce n’est pas que du travail. C’est aussi du small talk à la machine à café. Des e-mails diplomatiques. Des sous-entendus qu’il ne capte pas. Des “ça va ?” auxquels il faut répondre “ça va” même quand ça va pas.
Kévin a l’impression d’être pris au piège dans cette machine.
Heureusement, la consolation c’est qu’à chaque job il a un ou une collègue qui est un peu comme lui, avec qui il s’entend mais que les autres trouvent un peu étrange.
Parce que ce ou cette collègue est autiste et Kévin…
Kévin n’a pas un problème de savoir-être. Il est autiste.
L’histoire de Kévin je l’ai entendue sous plusieurs variantes :
J’ai toujours l’espoir de trouver une place dans ce monde pro… mais ça a toujours fini en échec.
J’arrive pas à tenir un boulot, c’est le truc le plus handicapant de ma vie
Ce que je crains le plus c’est le monde du travail.
Le problème n’est pas Kévin. Le problème c’est un monde du travail conçu par et pour des allistes.
Le monde du travail moderne repose sur des compétences implicites que personne ne t’enseigne : les jeux de pouvoir, les non-dits, les codes vestimentaires, le rythme imposé, les interruptions permanentes. Pour une personne alliste, c’est instinctif. Pour une personne autiste, c’est une épreuve quotidienne qui vide la batterie.
Et quand ta batterie est vide, tu ne peux plus travailler. Pas parce que t’as un problème de savoir-être. Pas parce que tu es une personne fragile. Tu es une personne de solidité normale qui subit beaucoup plus de violences que les autres.
La mauvaise nouvelle c’est que c’est sur de trouver un cadre de travail qui n’est pas toxique pour les autistes. La bonne nouvelle c’est que quand tu sais ça, tu peux commencer à chercher un cadre professionnel adapté à ton fonctionnement au lieu de te forcer dans un moule qui n’a jamais été fait pour toi.
Si ça te parle …
… en ce moment je lance un programme d’accompagnement qui s’appelle :
LE GPS AUTISTIQUE : l’itinéraire pour mieux gérer son énergie, affirmer ses limites et survivre à la vie d’adulte
L’idée c’est de t’aider à avancer sur les 8 chantiers suivants :
Solidifier ton identité autistique (lever le doute ou t’affirmer davantage)
Diminuer la fatigue autistique en apprenant le fonctionnement de ta batterie
Revendiquer tes besoins spécifiques de manière claire
Former au moins une personne de ton entourage qui va devenir ton alliée
Savoir naviguer pendant les crises autistiques
Survivre à la vie d’adulte (ménage, administratif, cuisine, agenda etc)
Trouver une voie professionnelle compatible
Trouver d’autres personnes autistes avec qui échanger de vos vécus
Pour y arriver on va condenser ces 8 chantiers en 3 phases :
Découvrir ton véhicule (se rendre compte que tu conduis pas une voiture mais un camion)
Gérer les imprévus (tes triggers autistiques que l’humain le plus proche de toi va activer)
Se débrouiller sur l’autoroute (comment tu te crées une vie d’adulte et professionnelle compatible avec ton fonctionnement.
Et on va le faire avec des vidéos sur les chantiers, une communauté et des lives hebdomadaires. Le premier commence ce lundi 13 avril à 20h.
Si c’est une formule qui peut t’intéresser, viens en discuter en visio. On va regarder ensemble si c’est compatible avec toi en terme de problématique, timing et budget.
Il ne reste plus que 6 places pour la semaine qui arrive : https://calendar.app.google/yxFMKxYV8XQG1RJV8
La Différence Invisible - Julie Dachez, Mademoiselle Caroline


