Je suis resté 6 ans avec quelqu'un dont je n'étais pas amoureux

Quand j’y repense je me demande comment c’est possible. Mais, en réalité, ça arrive super vite.

J’ai connu l’amour à 16 ans

C’était brutal. C’était violent. Quand ça s’est fini j’ai arrêté de manger pendant des semaines et j’ai écrit des chansons comme :

L’amour me poursuit et pourtant je n’en veux plus

Pas pour celle-ci qui déjà ne m’aime plus

Je n’ai pas eu le droit au sursis et cela m’a déplu

Pourtant avec des si je refais mon histoire avec elle

Tu vois le délire ?

C’était passionnel, c’était brûlant, ça rendait fou. Quand ça s’est arrêté j’étais comme un drogué en cure de désintox.

Je m’en suis remis totalement environ 12 ans après. Assez récemment, finalement.

Puis j’ai dit “je t’aime” à nouveau

Après la seconde rupture de mon premier amour, j’ai traversé une période sombre. Au sens littéral. Je ne savais plus faire la différence entre le bien et le mal. La seule chose qui m’a empêché de commettre des crimes c’était la mémoire ancrée de ce qu’on doit faire. Mais je ne sentais plus mon sens moral.

J’ai lu la Bible.

J’ai compris que je n’étais pas vraiment croyant.

Mais j’ai refusé de le croire. J’avais besoin d’être un croyant.

Je me suis enfoncé dans les ténèbres. Jusqu’à la rencontrer.

Je me suis remis sur pied, j’ai retrouvé un sens moral, j’ai construis à nouveau un couple.

Mais je m’étais précipité…

À cette époque, je ne faisais jamais vraiment le premier pas. Alors, dès que quelqu’un me témoignait de l’intérêt, je me précipitais sur l’occasion.

Rapidement, les signes d’incompatibilité sont arrivés.

Mais le problème c’est que je n’avais pas d’autre point de comparaison que la première relation.

Du coup c’est quoi qui était normal ? La première ou la seconde relation ?

Je me suis dit que c’était la deuxième. Je me suis dit que la première c’était de l’amour fou, de l’amour passionnel, de l’amour adolescent.

Deux, ce n’est pas assez pour comparer. Pour bien comparer il faut au moins trois éléments.

Tout le monde autour de moi le savait

C’était évident qu’on ne pouvait pas faire un bon couple. Mes amis étaient choqués. Certains essayaient de me le dire mais c’est dur de me tenir tête. D’autres insistaient et je leur disais “c’est fou comment on est dur avec un couple mais pas avec une entreprise”.

J’avais raison : la plupart des gens manquent d’exigence et travaillent dans une entreprise qu’ils n’aiment pas plus que ça.

Mais j’avais tort : ça ne veut pas dire qu’il faut baisser l’exigence du couple pour autant. Ça veut dire qu’il faut être exigent dans les deux domaines.

Mais avec le temps l’affection avait grandi

Quand on reste six ans avec quelqu’un, on finit par développer un puissant sentiment d’affection. Si en plus on est attiré sexuellement, on peut finir par confondre.

On cède à l’équation fausse suivante :

Affection + Libido = Amour

Alors que non. L’amour c’est pas juste avoir un pote avec qui on couche. Je dis bien “pote” et pas “ami”. Un ami avec qui on couche, je pense que ça donne un amour. Ou, pour le dire dans le bon sens : un bon partenaire amoureux est également un ami.

Là, je ne pouvais pas parler d’amitié mais bien d’affection. Parce qu’on se connaissait depuis si longtemps que j’avais un sentiment d’attachement, de familiarité.

J’étais pris au piège.

J’aurais pu rester éternellement dans le piège

D’ailleurs, beaucoup d’entre nous y restent pendant des décennies. Je les comprends. De l’intérieur il est presque impossible d’en sortir.

Heureusement, l’extérieur est venu me sauver. En trois étapes.

Première étape : How I met your Mother

Oui, je parle bien de la série. Nous sommes en 2014 et la dernière saison d’How I met Your Mother se dénoue sous nos yeux, chaque semaine.

Dans un épisode (pas de panique, y’aura zéro spoil), un personnage se met en relation avec un autre personnage. On voit leur couple se dérouler en moins de 5 minutes, en accéléré. Et le narrateur dit :

It was fine. But it wasn’t love.

J’ai eu l’impression qu’un camion me percutait de plein fouet. C’était pas mal, mais ce n’était pas de l’amour. C’était possible ça ?

C’était possible ?

Le doute a commencé à s’instiller. Était-ce mon cas ? Étais-je en train de passer à côté de l’amour ?

J’ai 25 ans, et je chasse cette pensée en me disant que de toutes façons à cet âge c’est trop tard pour rompre.

Oui, oui. Ça a l’air ridicule, hein ? Mais je le pensais vraiment. Je me croyais vraiment trop vieux pour rompre. Pour moi, passé 25 ans c’était fini : tout le monde était en couple.

Et puis… on habitait dans le même appartement, je connaissais ses parents, elle connaissait les miens. On était trop engagés pour reculer. J’avais même dit à ma mère qu’on se marierait en 2014, deux ans auparavant.

Deuxième étape : ma soeur

Je ne me rappelle absolument pas pourquoi. Je sais que je suis dans la maison de mes “beaux-parents”, probablement la semaine de Noël.

Ma soeur vient me parler et en arrive à me dire :

T’as remarqué, plus on vieillit, plus les sentiments sont forts ?

Ce à quoi je réponds :

Ah non pas du tout.

Et elle réagit d’un court et sinistre :

Aïe. Chaud.

Puis s’engage une discussion où elle m’explique que tout le monde pense que je ne suis pas avec la bonne personne pour moi.

Mais ce n’est pas possible. Ils se trompent. Je suis amoureux, je le sais.

Entre temps j’avais effacé le doute. J’étais amoureux. Certes, pas d’un amour passionnel, mais j’étais dans un amour raisonnable.

Tout simplement.

Troisième étape : l’amour me fauche

J’étais déjà tombé amoureux, deux ans auparavant. Mais j’avais réussi à l’étouffer. Ne rien faire. Cacher. Comme un bon chrétien. Mais ça avait été extrêmement douloureux.

J’ai eu l’impression de m’arracher le coeur.

Même si, sur le coup, je ne comprends pas encore que je suis tombé amoureux de la personne en question.

J’ai l’impression d’avoir une maladie.

Je me rends compte que j’écris vraiment comme un cliché : arracher le coeur, la maladie d’amour… mais c’était exactement ça.

Je finis par réussir à refermer la boîte comme on met un barrage de fortune sur un torrent déchaîné.

Mais quand le phénomène se reproduit avec une autre personne, je n’ai plus aucune force. Je ne peux plus m’opposer, je ne veux plus m’opposer. Je me laisse aller.

Les choses s’enchaînent très vite.

Je quitte ma partenaire de 6 ans.

Et là… je revis les mêmes sensations que les premiers jours avec ma première relation.

C’était donc ça la normalité !

Enfin…la normalité de l’amour. Parce que sinon, l’amour est rare. Je l’ai vu 4 fois en 30 ans.

En fait il n’y avait pas l’amour passionnel d’adolescent et l’amour raisonnable d’adulte.

Il y avait l’amour et le reste.

C’est à ce moment que je comprends que je n’avais jamais été amoureux pendant ces 6 ans.

Seulement à ce moment. Pendant les 6 années en question, j’étais persuadé d’être amoureux.

Depuis je me suis juré de ne plus jamais oublier le goût de l’amour

C’est déjà tellement dur de maintenir un couple. Alors un couple avec une personne que l’on aime pas…

Six ans…c’est long. C’est dur.

Mais au moins… six ans… ça vaccine.

Je n’ai plus peur d’être seul. Je préfère être seul qu’en couple avec quelqu’un que je n’aime pas. Peu importe le prix.

Peu importe qu’il faille quitter un appartement, et passer pour un méchant.

La sensation d’amour est bien trop belle pour passer à côté.

Même si l’amour c’est quand même très sale. On aime trop le glorifier. On en reparlera.