"Je suis autiste et je ressens toutes les émotions"
J'avais 9 ans quand mon chien, Pepper, est mort. Un jour, je suis rentrée de l'école, la porte de la maison était ouverte, et il avait disparu. J'ai cessé de parler pendant un an.
(…)
Si être autiste c’était vraiment manquer d’empathie peut-être que perdre Pepper n’aurait pas déchiré une partie de moi
On est toujours dans Newsweek - Special Issue On Autism In Girls And Women et cette fois c’est Adrienne Caldwell qui écrit sur l’empathie. La citation que je viens de te faire est tronquée. J’ai collé une des premières phrases avec une des dernières phrases pour créer cette juxtaposition. Car je trouve que ça résume bien le truc.
Beaucoup des observations sur l’empathie des autistes sont des observations sur l’alexithymie
On en a déjà parlé quand on a fouillé le sujet de l’alexithymie : l’autrice rappelle qu’en réalité y’a des choses qu’on attribue au manque d’empathie alors que c’est plutôt l’effet de l’alexithymie.
Attention, je trouve qu’elle tombe un peu dans le piège de sous entendre que les personnes alexithymiques manquent d’empathie, alors que c’est tout aussi faux.
Cependant… l’alexithymie peut donner cette impression. En effet, si une personne a déjà du mal à identifier ses émotions, elle peut avoir du mal à identifier celles des autres.
Mais ce n’est pas toujours vrai, ça non plus.
La synesthésie tactile miroir
La recherche commence aussi à explorer une forme d’empathie appelée synesthésie miroir du toucher (Mirror-Touch Synesthesia, MTS), où voir quelqu’un être touché, blessé ou en détresse peut déclencher la même réponse physique et émotionnelle dans son propre corps. Dans une étude, près de la moitié des personnes présentant une MTS étaient autistes — ce qui contredit directement l’idée que les personnes autistes ne ressentent pas d’empathie.
« Les personnes ayant une MTS ont tendance à présenter une empathie émotionnellement réactive accrue, m’a expliqué Michael Banissy, chercheur de premier plan sur la synesthésie miroir du toucher à l’Université de Bristol, au Royaume-Uni. Elles ne ressentent pas moins ; au contraire, elles partagent davantage de ce que ressent l’autre. »
Je ne pense pas avoir cette synesthésie parce que quand je lis la définition je vois des personnes qui sentent qu’on touche leur joue quand elles voient une autre personne toucher sa joue.
En revanche sur la douleur je sens bien que j’ai un truc atypique. Regarder des films où les gens se blessent gravement me met dans un état proche de l’évanouissement. Pour ça que j’évite de regarder des films gore.
Je sais pas où ça se classe ni si ça a un rapport avec cette synesthésie. Ce qui est sûr c’est que c’est un autre levier de mon empathie. Si j’ai autant de mal avec l’idée de frapper les autres personnes c’est aussi parce que ça me fait mal de l’imaginer.
Faudrait que je creuse.
Le problème de la double empathie
Enfin, l’autrice rappelle le problème de la double empathie, la thèse de Damian Milton. On en a déjà parlé ici : l’idée qu’en réalité les autistes ne manquent pas d’empathie, c’est juste que les autistes ne comprennent pas les allistes ET les allistes ne comprennent pas les autistes. C’est donc plutôt comparable à des langues étrangères.
Et voilà. L’article est très court et j’ai hésité à l’intégrer à ma sélection mais j’ai trouvé le concept de Mirror-Touch Synesthesia tellement intéressant que je voulais te le partager.
