"Je ne suis pas TDAH"
Je ne suis pas TDAH, les traits ne me parlent absolument pas.
On est à l’été 2024, je viens d’accepter que je j’ai des chances d’être autiste.
Il faut savoir que ça fait déjà un moment qu’Emma Schütz et Héloïse m’envoient des perches sur whatsapp pour me suggérer que je suis autiste. Perches que je n’ai absolument pas vues sur le coup. Par exemple ici en février 2024, Emma m’écrit :
Et je l’ignore en beauté (ce n’est pas moi qui ait mis l’émoji oeil, vraiment j’ai juste lu et enterré)
Je t’en ai déjà parlé mais l’autisme faisait partie des sujets qui me repoussaient. J’ai toujours eu des sujets comme ça. La biologie en fait partie. C’est d’ailleurs ce qui m’a protégé de me perdre dans une obsession sur les fondements biologiques du cerveau autiste… parce que le sujet me gonfle. J’ai essayé de lire The autistic Brain je me suis endormi devant.
Bah l’autisme c’était comme la biologie : dès que je voyais ce mot je lisais blablabla.
Donc, je ne suis pas étonné d’avoir ignoré Emma à l’époque, même si je n’en ai aucun souvenir. Et que j’ai pas dû consciemment vouloir ignorer. Juste ça m’a pas donné assez de dopamine pour me rappeler de répondre au message.
Et donc, été 2024, j’annonce que je me demande si je suis autiste. Emma et Heloïse me poussent immédiatement sur la piste du TDAH.
C’est un excellent réflexe. Contrairement à ce que disait le DSM 4, l’autisme et le TDAH sont très souvent associés. Au point que désormais on se demande si c’est pas le même truc avec une racine commune. Aujourd’hui, une personne compétente dans l’autisme ou le TDAH va forcément te suggérer de creuser l’autre piste en parallèle. Dans le DSM 5 c’est d’ailleurs explicite que le TDAH une des co-occurrences les plus fréquentes.
Je réponds que ça ne me parle pas du tout. En même temps, plutôt que de me contenter du DSM 5 qui liste les traits en vrac, l’univers m’envoie un signe. Je vais à la Fnac de Montparnasse pour voir si y’a des livres sur l’autisme et je tombe sur ça :
Je le lis et je me dis que non je suis pas TDAH. Puis je tombe sur un autre ADHD explained… idem… je me regarde tout ça de l’extérieur. Et enfin je lis dirty laundry et décidément je me reconnais un peu mais pas assez.
En revanche je reconnais immédiatement une amie à moi : Nina Ramen. Parce qu’une fois que j’ai compris que le TDAH n’était pas un déficit de l’attention mais bien une difficulté à la maîtriser, tout s’est éclairé. L’auteur d’ADHD explained prend l’image d’une ferrari avec des freins de vélo. Ce qui veut dire qu’un·e TDAH peut être aspiré·e à fond dans des hyperfocus.
C’est ça qui va tout changer. D’ailleurs, dans le milieu où j’évoluais (le recrutement) y’avait un mec connu qui a annoncé qu’il était TDAH. C’était une des premières fois où j’entendais vraiment parler de ça. Et je me disais bah chelou, c’est le mec qui passe le plus de temps d’affilée derrière son ordi.
La formulation déficit d’attention est catastrophique. Là encore c’est le vocabulaire condescendant et pathologisant du regard psychiatrique. Comme la psychiatrie est une approche du déficit elle ne va même pas remarquer que c’est pas un déficit mais bien une différence d’attention. Ou alors, si on veut vraiment voir un déficit c’est plutôt un déficit de contrôle de son attention. Et non pas un déficit de l’attention.
Toujours est-il que je ne me vois toujours pas comme TDAH parce qu’il m’arrive un truc très courant :
L’autisme explique beaucoup de choses sans avoir besoin du TDAH
Ce qui me parle immédiatement dans le TDAH c’est :
L’hyperfocus
La myopie temporelle
Les lacunes de fonctions exécutives
Sauf que tout ça peut s’expliquer par l’autisme.
Même si… en réalité on a un souci : y’a des études qui pensent que jusqu’à 85% des autistes sont TDAH et 60% des TDAH sont autistes. Par conséquent, il est possible que certaines choses qu’on observe chez les autistes sont en réalité le TDAH.
On a même une stat que je trouve dingue :
“Les études menées sur des jumeaux et des familles ont constamment mis en évidence un chevauchement génétique significatif (d’environ 50 à 72 %) entre les deux conditions, ce qui suggère que des facteurs génétiques pourraient expliquer pourquoi elles coexistent fréquemment chez les mêmes individus et au sein des mêmes familles”1
Si ça se trouve, un jour on dira que c’est la même chose qui s’exprime différemment.
Mais du coup ça amène une difficulté. Quand on lit la statistique : 85% des autistes ont des lacunes de fonctions exécutives alors, que c’est plutôt un pilier du TDAH, on peut se demander si c’est pas juste que 85% des autistes sont TDAH.
Idem pour la myopie temporelle (qui est littéralement une lacune de fonction exécutive).
En ce qui concerne mes hyperfocus… c’était tout aussi bien expliqué par le concept d’intérêt intense autistique.
Mais surtout, j’ai très vite suivi une thérapie autistique sur une plateforme incroyable : auto-thérapie. Et, dedans, Florence va dire un truc qui va me marquer énormément.
Je ne sais plus où je l’ai vu et depuis je me suis posé des questions sur ma compréhension. Si ça se trouve elle ne dit pas ce que j’ai compris. Mais voilà ce que j’ai compris :
Tous les autistes ont ce qu’on aurait appelé avant un TDA. Pas forcément un TDAH mais la partie attention est systématique. On aurait parfois bien de la peine à distinguer si un autiste à un TDAH tellement ça va avoir des présentations identiques.
Encore une fois, je ne suis pas sûr que c’est ce qu’elle dit. Mais c’est ce que j’ai compris. Et ce jour là j’ai décidé que j’allais explorer les solutions pour TDAH. Qu’en fait en étant autiste j’ai une forme similaire au TDAH et que donc des solutions similaires vont m’aider. C’est comme ça que j’ai acheté :
Un planner TDAH
Un agenda géant mural
Un simulateur d’aube
Le paradoxe c’est que ça m’a renforcé dans l’idée que je n’étais pas TDAH. J’étais juste un autiste avec cette présentation similaire. Donc à la fois ça m’a retardé dans le cheminement mais ça m’a aussi accéléré. Parce que c’est quand je me suis mis à acheter des solutions pour TDAH que les autres personnes ont commencé à réagir en disant bah Nicolas, c’est chelou un peu, non ?
Mais ça je t’en parle demain.


