J’ai trouvé un job d’autiste sans faire exprès
Mon plan d'action sur moi-même, épisode 3
J’ai eu la chance de trouver comment avoir une carrière professionnelle compatible avec le fait d’être autiste et TDAH.
Un an à IBM… un an à dormir
À mon époque on pouvait faire un stage d’une année entière. Ça s’appelait une année de césure. Je suis allé à IBM parce que chercher le stage m’angoissait et qu’une pote de deuxième année m’a présenté à sa manager.
J’ai tellement rien vérifié que je me suis trompé de métier. Je voulais être dans la vente mais j’ai fini dans le contrôle de gestion. Parce qu’à IBM ils appelaient ça Sales Assistant et Sales Operations au lieu d’un nom facile à comprendre.
Je découvre alors l’enfer de l’open space où tout le monde peut te regarder.
Je découvre à quel point je déteste gérer ma boîte email, surtout qu’on utilise un truc dépassé qui s’appelle Lotus.
Pendant 3 mois on me dit que y’a un projet horrible qui arrive chaque année mais qui sert pas à grand chose. Alors quand ça arrive, je joue au con. Je passe pour tellement stupide auprès de la coordinatrice du projet qu’elle s’inquiète et refile ma partie du projet à une autre stagiaire.
Mais du coup… je m’ennuie… je dors au milieu de l’open space. Heureusement, j’ai ce pouvoir de dormir discrètement.
De temps en temps j’arrive à choper une mission enthousiasmante que je remplis à fond. Par exemple, une analyse de l’état de la sécurité routière parce qu’IBM voulait proposer un projet logiciel à l’état afin d’économiser de l’argent ou encore une analyse des caisses de retraites.
J’étais tellement fier d’avoir créé ce graphique :
Et celui-ci :
En gros, j’étais Chat GPT avant que ça existe. Mais j’adorais ça : je pouvais me plonger pendant une semaine entière sur un sujet et ressortir une analyse propre. C’était clairement l’endroit où j’excellais.
Ma terreur en sortant d’école de commerce
2 ans plus tard, je me retrouve à devoir chercher un job. J’angoisse parce que je me dis que je ne pourrais jamais avoir un job durable si je ne sais pas gérer mon temps. Je vois bien que c’est une douleur anormale chez moi.
Alors j’achète plein de livres sur la gestion du temps. Mais ça marche pas.
Et surtout… la voie toute tracée pour moi m’a l’air tellement nulle. Je ne comprends pas pourquoi mes camardes de classes font ça. En gros on leur propose un job qui s’appelle consultant qui consiste à faire des power point ennuyeux mais avec un costard. Ou une variante, un job qui s’appelle auditeur qui consiste à faire des excels ennuyeux mais avec un costard.
Beaucoup d’entre eux sont revenus me voir 5 ans après en me disant : ah mais c’était nul, comment t’as su ?
Alors certes, c’est beaucoup mieux payé, mais si y’a un truc que j’ai appris à IBM c’est que : dans ma situation, l’ennui est plus douloureux que le manque d’argent.
C’est vraiment cette douleur de l’ennui qui m’a poussé à fuir ces traquenards. Non pas que j’aime pas l’argent, hein ? Je déteste juste trop l’ennui.
L’entrepreneuriat c’est pas pour moi non plus
Je me lance dans une création d’entreprise. Je me dis que si c’est moi-même qui gère mon temps ça ira. Parce que mon gos problème à l’époque c’est que je ne travaille qu’à la dernière minute. Si personne d’autre ne dépend de moi, ça va.
Sauf que, ce que je n’avais pas anticipé c’est l’immensité de la charge administrative quand on crée son entreprise. C’était un pur cauchemar.
Si je devais te lister l’étendue des galères qui me sont arrivées, on y serait encore demain. J’ai eu des lettres d’huissiers parce que j’avais sous-déclaré de 30€ à l’URSSAF…
J’ai eu un redressement TVA parce que je n’avais pas compris que je devais aller déclarer la TVA et que personne ne m’a fait signe. Et encore : c’est à un moment où je me suis dit mais attends, c’est bizarre, la TVA ne m’est pas prélevée, je vais aller prendre un RDV aux impôts.
J’étais totalement persuadé que c’était un truc automatique !
En fait ce qui m’a choqué c’est à quel point le pays est géré avec des feuilles et du papier, sur la base du déclaratif.
Même le PIB ! L’indicateur phare sur lequel on base toute la politique économique bah en fait c’est un formulaire papier que l’INSEE t’envoie et que tu dois remplir à la main, et ensuite ils consolident le tout.
C’est lunaire.
Mais ce qui m’a le plus traumatisé c’est le fait que techniquement rien ne m’obligeait à avoir un comptable. Or, comme j’avais eu des cours de comptabilité en école de commerce je me suis dit que je me débrouillerais. Grave erreur.
En fait on te dit à la fois que tu n’es pas obligé d’avoir un comptable mais que tu es obligé de faire des choses que seul un comptable peut faire sans erreur et que si tu te trompes tu peut être poursuivi. Ah bah d’accord.
Morale de l’histoire… je me dis à l’époque que l’entrepeneuriat, non plus, ce n’est pas pour moi.
L’école du recrutement : viens monétiser un intérêt intense
Le recrutement était un sujet qui me fascinait. D’ailleurs, l’entreprise que j’avais créée était autour du recrutement. Et donc je finis par atterrir dans cette boîte qui ne s’appelle pas encore L’école du recrutement.
Le fondateur, Laurent Brouat me propose un monde où :
Je peux m’adonner intensément à mon intérêt et écrire deux articles par semaine dessus
Faire autant de télétravail que je veux (on est bien avant le covid, c’était super rare). Toute la semaine si j’ai envie.
Choisir moi-même les objectifs de mon travail
L’insulter si je veux et réciproquement
Donner des formations autour de mon intérêt intense
En plus de ça, il est en guerre contre la langue de bois… un des trucs que je déteste le plus dans le monde de l’entreprise. Le paradis.
Forcément, avec de telles conditions, ça a attiré plein d’autistes/TDAH et je me suis retrouvé dans une boîte où je me sentais super bien tout simplement parce que nous formions la majorité.
J’ai vécu cette situation géniale où nous étions la majorité. C’était pas totalement une utopie neurodivergente car, comme aucun d’entre nous ne savaient qu’iel était neurodivergent·e, il restait des choses à améliorer. Mais c’était déjà pas mal.
D’ailleurs, j’ai vite exigé à ce qu’on passe aux congés illimités… et quelques années d’après on a adopté la transparence totale des salaires à l’intérieur de la boîte.
On a accepté mes besoins. Parfois il a fallu que je crie fort. Comme quand j’ai expliqué à Laurent que faire des factures me consommait une énergie inacceptable, qu’il me disait que ça prend 5 minutes à faire mais que moi, ces 5 minutes, pouvaient me pourrir une journée entière voire une semaine entière. Alors il a délégué.
Puis je lui ai expliqué que je ne voulais plus répondre aux emails… alors il a répondu à ma place.
Bon… en écrivant ça je réalise que ça fait partie du privilège masculin. Mais c’est fou parce que je rencontre tellement de gens qui cherchent le diagnostic de l’autisme pour légitimer leurs besoins. Alors que, moi, bah… si j’ai un besoin alors je l’exige.
Découvrir que je suis autiste c’est plutôt que j’ai mis le mot sur des besoins que je n’arrivais pas à formuler.
Il n’y a pas de jobs impossibles en soi pour les autistes, mais il y a des cultures plus ou moins toxiques
On me demande souvent quels sont les jobs les plus compatibles quand on est autiste. Et je peux te refiler des listes qui circulent. Par exemple celle de Lindsey Mackereth :
Analyste de données / Data scientist
Graphiste / Artiste visuel·le
Chercheur·euse
Développeur·euse logiciel / Programmeur·euse informatique
Bibliothécaire / Archiviste
Écrivain·e / Rédacteur·rice
Spécialiste IT / Administrateur·rice réseau
Archiviste / Conservateur·rice de musée ou de galerie d’art
Soigneur·euse animalier·ère / Vétérinaire
Spécialiste du contrôle qualité / Testeur·euse
Développeur·euse web / Designer UX/UI
Ingénieur·e du son / Designer sonore
Mais… c’est restrictif. Ce n’est pas faux : les développeurs/développeuses sont en général dans des cultures de travail où on accepte beaucoup plus les comportements autistiques. Mais c’est passer sous silence le fait que tous les jobs pourraient avoir une version autistique de les faire. De la même manière que moi j’ai été un formateur autiste et un recruteur autiste.
Bien sûr… toutes les cultures n’ont pas le même degré de toxicité. Que ça soit la culture du métier mais aussi la culture d’entreprise. Donc il faut apprendre à recruter son employeur de manière à atterrir dans un endroit pas trop toxique de base. Puis, ensuite aménager le poste.
Idem si tu te mets à ton compte : tu peux être toxique pour toi-même car tu recopie des façons de faire neurotypiques.
Il faut donc faire une cartographie de tes forces professionnelles, tes exigences, tes besoins, tes allergies. En vrai… autiste ou pas, faut le faire, ça s’appelle un bilan de compétences. Mais a fortiori quand t’es autiste et/ou TDAH car tes besoins sont moins répandus et moins connus y compris par toi-même.
Ça c’est un des chantiers sur lesquels on va travailler dans mon nouveau programme d’accompagnement, le GPS autistique.
Si tu veux en discuter avec moi pour qu’on évalue si ce programme est adapté à toi, réserve ton appel de 45 minutes maintenant.
Je ne peux plus prendre que 5 personnes entre lundi 30 mars et vendredi 03 avril avant d’être complet. Ce seront les dernières puisque la semaine du 06 je me consacre à la production et que ça commence le 13.
👉🏾 https://calendar.app.google/SYcnbPyFfhxgrCoo6
PS : si tu as besoin d’un créneau après 16h45 et que depuis le début tu cliques sur les créneaux en espérant en trouver à ces heures-là, écris moi directement par retour à cet email et on voit ensemble. Je t’en ajouterai un manuellement.


