J’ai cartographié mon système nerveux
Mon plan d'action sur moi-même, épisode 2
Le concept de régulation du système nerveux est un des plus importants quand on parle d’aménagements d’une vie autistique. Je te raconte comment j’ai appliqué le concept sur moi. Mais avant ça, petit erratum.
Hier je voulais te mettre un lien vers une vidéo mais j’ai oublié de le remettre à la relecture. C’était ça :
Je t’ai aussi parlé d’@Emma alors que je voulais te parler d’ Emma Schütz (l’arobase c’est un code dans mon outil pour créer le lien).
Ceci étant dit, on en vient à l’email du jour.
Le concept de régulation
Je ne saurais pas te dire où j’ai trouvé le concept de “régulation nerveuse”. Probablement dans un livre. Mais je me rappelle que le concept de “dérégulation du système nerveux” m’a immédiatement percuté.
Quelques jours après je disais déjà à ma compagne : non mais là je ne suis pas fâché, je suis simplement dérégulé.
Ça a eu deux effets bénéfiques.
Elle sort de l’inquiétude : elle n’a rien fait de spécial
La solution n’est pas émotionnelle mais sensorielle
Résultat : ça va mieux quand je prends une douche chaude ou quand je vais faire une marche le bord de l’eau.
Mieux encore, ça m’a permis de découvrir la phrase que je me répète le plus souvent : quand tu es autiste, tes émotions dépendent de ta sensorialité.
En d’autres termes, non seulement mes problèmes sont parfois uniquement sensoriels et non émotionnels mais en plus parfois mes problèmes émotionnels vont être réglés par des interventions sensorielles.
Cartographier son système sensoriel
Toute personne autiste devrait avoir une cartographie claire de son système sensoriel. Quelles sont tes hyper-réactivités ? Tes hypo-réactivités ?
Sur au moins 7 sens : les 5 que tu connais + la proprioception + l’interoception.
La proprioception c’est le sens qui te permet de savoir où sont les parties de ton corps même quand tu fermes les yeux. L’interoception c’est le sens qui te permet de repérer les signaux internes dans ton corps (faim, soif, fatigue, etc).
La première fois que j’ai fait ma cartographie sensorielle, ça ressemblait à ça :

Ce n’était pas parfait : en réalité je me trompais sur l’interoception, je suis hyper-sensible et non hypo-sensible.
Mais c’est pour ça qu’il vaut mieux préférer les termes hyper-réactif et non hypo-réactif. Car mon hyper-sensibilité intéroceptive s’est exprimée par une hypo-réaction pendant quasiment toute ma vie. Sauf que je me suis rendu compte que c’est parce que justement comme j’ai tout le temps soif, je ne prends plus en compte ce signal…
Aujourd’hui je suis hyper-réactif. Mais j’ai mis quasiment un an à le comprendre.
C’est une quête qui prend du temps. Mais déjà avec cette cartographie imparfaite j’ai pu commencer à aménager ma vie.
En effet, une fois que tu as cartographié tes hyper-réactivités, tu vas pouvoir repérer les irritants et les apaisants de ton système sensoriel.
Par exemple, mon hyper-réactivité tactile vient avec des irritants (déclencheurs) nombreux :
Je déteste faire la bise
Je déteste le vent
Je déteste avoir même un peu froid
Je n’aime pas les câlins
Je hais certaines textures en bouche
Je hais certains vêtements
…
Mais aussi avec des apaisants nombreux :
J’adore les douches chaudes mais genre au point que c’est souvent le moment le plus important de ma journée
J’adore certaines textures en bouche
J’adore certains vêtements
J’adore qu’on “m’écrase” en s’allongeant sur mon dos (bon malheureusement ça ne peut se faire qu’avec une personne intime)
…
Voilà ce que donne une cartographie partielle du sens tactile. Imagine maintenant que j’ai fait tout ce travail sur tous les autre sens. Pour au final connaître parfaitement mon système sensoriel.
Les protections et les apaisants
Une fois qu’on a découvert les apaisants, on peut s’en servir pour réguler son système nerveux. Une fois qu’on a découvert les irritants on peut commencer à chercher des outils de protection. Par exemple, pour le sens de l’ouïe, l’outil de protection le plus connu c’est un casque anti-bruit.
Protéger son système nerveux pendant la journée est ce qui va faire la différence entre une journée où tu finis en surcharge et une journée où ça va.
La différence peut vraiment être radicale.
L’impact de la surcharge sensorielle qui se cumule
Je t’ai déjà dit que le burnout autistique venait de la suradaptation à un monde alliste (non-autiste). Mais je sais qu’on pense plus spontanément aux adaptations sociales.
Ça joue également, bien sûr.
Mais on rate ce truc de la surcharge sensorielle. Or, si tu passes des mois, des années, à surcharger ton système sensoriel, il est normal que ton système nerveux finisse par dire stop.
Ce n’est pas propre aux autistes, d’ailleurs. Tout système nerveux qui passe par une surcharge sensorielle trop longue finirait comme ça. Si je met quelqu’un dans une pièce avec une musique à fond qu’il ne peut pas arrêter, il finira très mal au bout de quelques jours. Si je le met dans une pièce silencieuse avec un bruit de goutte qui tombe en permanence, idem.
Simplement, comme le monde n’est pas construit par des personnes autistes, on a laissé des sources de mini-torture un peu partout.
Si les autistes dirigaient le monde on aurait interdit les motos ou on aurait appris à les construire pour qu’elles ne fassent plus ce bruit horrible, par exemple.
L’importance de découvrir son manuel d’utilisation
La semaine dernière je t’ai raconté comment j’ai découvert que j’étais autiste. Aujourd’hui je vais te raconter comment j’ai appliqué sur moi-même le deuxième chantier : cartographier mon système nerveux.
Parce que savoir qu’on est autiste c’est bien. Mais ça ne suffit pas. C’est comme savoir qu’on conduit un camion sans avoir le manuel du camion
La bonne nouvelle c’est que les bénéfices sont assez immédiats au quotidien : dès que tu commences à identifier ce qui te coûte de l’énergie, tu peux commencer à aménager.
Voilà pourquoi je te disais que le chantier : savoir avec certitude si je suis autiste n’était pas le plus important.
Comme tu le sais probablement, en ce moment, je lance un programme d’accompagnement qui s’appelle :
Le GPS autistique : l’itinéraire pour mieux gérer son énergie, affirmer ses limites et survivre à la vie d’adulte
La première phase du GPS inclut justement un travail sur ta carte sensorielle. L’idée c’est que tu saches exactement ce qui te coûte de l’énergie et ce qui t’en redonne, pour aménager ta vie en conséquence.
Ça dure deux mois et le premier live se déroulera lundi 13 avril à 20h00.
Avec des vidéos, une communauté et les lives on va travailler sur les huit chantiers, réunis en 3 phases :
🚗 Phase 1 — Connaître et aménager son véhicule
Objectif : comprendre ton fonctionnement autistique (et/ou TDAH) pour arrêter de lutter contre toi-même et commencer à adapter ton quotidien à qui tu es vraiment.
👥 Phase 2 — Gérer les passagers
Objectif : apprendre à naviguer tes relations (entourage, famille, collègues) en posant tes limites, en communiquant tes besoins et en t’entourant de personnes qui te comprennent.
🛣️ Phase 3 — Survivre sur l’autoroute
Objectif : construire une vie d’adulte (travail, administratif, vie sociale) qui soit soutenable sur le long terme, sans t’épuiser ni te suradapter.
⚠️ J’arrête les appels de présentation du programme, le vendredi 3 avril. C’est donc les dernières places pour rejoindre le GPS Autistique.
Si tu veux en discuter avec moi pour qu’on évalue si oui ou non ça correspond bien à tes problématiques réserve ton appel de 45 minutes maintenant.
Il me reste plus que 8 créneaux.
