Ce soir à 23h59, les inscriptions à ANTI-SURCHAUFFE ferment.
Mais avant, j’aimerais te proposer un petit voyage dans le temps.
Imagine-toi dans cinq mois
Nous sommes en mars 2027.
Au début j’avais mis 6 mois mais ça nous emmenait en avril 2027… le mois du carrefour politique. On aura probablement la tête ailleurs.
Tu es bloqué·e depuis deux heures devant une tâche.
La deadline approche. Plus tu te répètes qu’il faut avancer, moins tu arrives à faire quoi que ce soit.
Avant, tu aurais peut-être continué à forcer.
Tu aurais passé encore deux heures devant ton écran en te demandant pourquoi tu n’étais même pas capable de faire un truc aussi simple.
Cette fois, tu identifies ce qui se passe.
Le stresseur n’est pas uniquement la tâche.
C’est la pression de la deadline. Alors tu fais une vraie pause. Tu manges quelque chose. Tu laisses ton système nerveux redescendre.
Puis tu reviens et tu termines.
Ton corps t’envoie un signal
Quelques jours plus tard, tu remarques une sensation physique particulière.
Ce n’est pas spectaculaire.
Une tension au creux des lombaires. Avant, tu n’aurais peut-être même pas remarqué. Mais désormais tu sais que c’est ton signal précurseur de crise. Tu sais également qu’il y a toujours une pré-crise avant une crise, même si on a l’impression qu’elle arrive d’un coup.
Tu hésites encore mais tu sens que tes pensées se raccourcissent ce qui est un autre signal précurseur.
Tu sais donc qu’il te reste une petite fenêtre pour agir. Alors tu écoutes une musique que tu adores et tu files sous une douche brûlante.
Bien entendu, chaque personne va avoir des signaux qui lui sont propres et des actions correctrices qui lui sont propres. Je connais une personne qui, en pré-crise, a mal à la tête et va prendre des douches glacées. L’idée c’est d’identifier ton tutoriel à toi.
Tu ne mesures plus la réussite de tes relations à la qualité de ton masking
Tu retrouves des personnes que tu connais depuis longtemps. Sur le papier, tout devrait bien se passer. Ce sont des personnes que tu apprécies. La conversation est agréable. Personne ne fait rien de particulièrement problématique.
Et pourtant, tu rentres épuisé·e. Avant, tu aurais peut-être conclu que tu étais devenu·e antisocial·e. Ou que tu régressais.
Cette fois, tu regardes plus précisément ce que tu as dû faire pendant toute la soirée.
Surveiller le moment où tu pouvais parler. Parce que les gens font du ping-pong conversationnel.
Parler même quand le sujet ne t’intéresse pas.
Ne pas trop parler quand le sujet t’intéresse.
Faire attention à ton visage, à la dose d’eye contact et à la place occupée par ton corps.
Tu comprends que ce qui t’a épuisé·e n’est pas uniquement le fait d’avoir vu des gens. C’est la quantité d’efforts nécessaires pour rester avec eux en te suradaptant.
Cette prise de conscience peut d’abord être assez violente. Tu peux avoir l’impression d’être dans un piège : continuer comme ça et te sentir t’éloigner émotionnellement de ces ami·es ou arrêter de les voir.
Mais il y a une troisième voie : les personnes qui t’aiment n’auront pas besoin que tu te suradaptes.
Tu vas commencer à dire que tu es autiste et observer la réaction. Tu vas découvrir qu’une partie des gens que tu pensais allistes étaient en fait des autistes qui se suradaptent.
Et donc c’est con, chacun·e essaie de paraître alliste pour l’autre sans se douter que l’autre fait pareil et que c’est donc inutile.
Ce ne sont pas des transformations spectaculaires
Les 3 situations que je t’ai décrites sont inspirées de 3 situations vécues par des client·es de mon programme précédent : le GPS.
Je ne peux pas te promettre que dans cinq mois, tu n’auras plus aucune crise. Aucun·e d’entre eux n’en est là.
Je ne peux pas te promettre que tu identifieras toujours tes limites à temps. Aucun·e d’entre eux n’en est là.
Mais tu pourrais commencer à vivre des changements comme ceux que j’observe dans le programme :
comprendre que tu te suradaptes et que ça crée la fatigue, qu’elle n’est donc pas aléatoire
repérer un signal physique avant que la crise arrive
quitter une situation quand tu es épuisé·e au lieu d’attendre de ne plus tenir
utiliser des outils connus dans la communauté autistique comme le body doubling
revendiquer tes besoins, sans forcément utiliser le mot autiste
Pris un par un ce sont des petits changements. Mais accumulés semaine après semaine, ils peuvent transformer profondément ton quotidien.
Dans cinq mois, tu n’auras pas éliminé la surchauffe
Mais elle arrêtera d’être mystérieuse.
Tu pourras arrêter de la vivre uniquement comme une panne aléatoire ou comme la preuve que tu n’es pas un·e vraie adulte. Parce que tu auras une carte plus précise de ton fonctionnement, de tes stresseurs et des actions à essayer en priorité.
Et surtout, tu n’auras pas construit ce chemin seul·e.
Les inscriptions ferment ce soir à 23h59 et je ne sais pas encore quand elles rouvriront (ni même si ça rouvrira tout court si je suis honnête avec mon propre TDAH).
